APW de Tizi-Ouzou : Journée thématique sur l’enseignement

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Cette ultime conclusion a été effectivement soulignée aujourd’hui à l’occasion de la journée thématique sur l’enseignement organisée par l’Assemblée Populaire de Wilaya de Tizi-Ouzou au niveau même de son siège ; rendez-vous auquel ont pris part les politiques, les acteurs du secteur concerné comme les responsables de la direction de l’éducation de Tizi-Ouzou, les enseignants, les syndicalistes, des observateurs avertis, des hommes de culture et tant d’autres personnages dont le profil a une corrélation avec l’enseignement.

Après l’observation d’une minute de silence à la mémoire des martyrs de la démocratie, le président de séance, en l’occurrence Mr Saädi Hadibi, premier vice-président de l’APW, a donné la parole en premier au directeur de l’éducation de la wilaya de Tizi-Ouzou. Ce fonctionnaire a présenté un tableau très « reluisant » de la situation de l’enseignement au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou. L’intervenant a même appuyé sa thèse par des données chiffrées et officielles. Les infrastructures éducatives, les situations socio-professionnelles des travailleurs de l’éducation, le meilleur score dans la réussite du baccalauréat au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou pour l’année écoulée, la grande prise en charge de l’enseignement de tamazight sont autant de « preuves » de l’excellent état de santé de l’enseignement au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou.

A propos justement de l’enseignement de tamazight, le premier responsable du secteur éducatif de la wilaya de Tizi-Ouzou a affirmé que « les wilayas de Béjaia et Bouira arrivent très loin derrière Tizi-Ouzou ». L’écart existant entre Tizi-Ouzou et les deux autres wilayas citées en terme temporel est d’au moins une quinzaine d’années, selon ce commis de l’Etat. Toutefois, l’intervenant ne nie pas le retard existant dans la perception des salaires par les travailleurs. Toutefois, la parade est vite trouvée. « Il faut savoir dit-il, sûr de lui, qu’il y a le contrôleur financier, les services du trésor et les services de paiement des PTT qui sont aussi concernées par ces opérations de paiement. Et mes propres services comptables n’ont jamais mis le moindre retard dans leurs missions », a déclaré sans ambages l’intervenant.

L’intervention du directeur de l’éducation de la wilaya de Tizi-Ouzou a été fort brillante. Mais nonobstant cela, ses propos ont été contredits à plusieurs reprises et par plusieurs intervenants, notamment les représentants des syndicats dits « autonomes ». En effet, pour le représentants du CNAPEST, l’opacité dans la gestion des affaires du secteur éducatif au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou est des plus flagrantes. Selon cet intervenant, les droits les plus fondamentaux des travailleurs de l’éducation sont bafoués au su et au vu de tout le monde. Le représentant du SATEF a abondé dans le même sens. Celui-ci est allé même jusqu’à parler de maux dont souffre le secteur éducatif, tel l’Hôtel des enseignants de Tizi-Ouzou, qui- selon lui – abriterait des activités immorales qu’il n’ose pas répéter dans la salle « par respect à ces dames ». La geste des œuvres sociales qui reste « la chasse gardée de certains » a été évoquée par l’intervenant. Le représentant du l’UMPEF a aussi contredit le directeur de l’éducation en mettant en avant la question financière relative aux rappels et autres indemnités.

Selon le représentant de l’UGTA, la véritable problématique dont souffre le monde éducatif réside surtout à l’échelle des établissements scolaires. Sans aller à citer des noms, le représentant de l’UGTA a quand même dénoncé certaines pratiques aussi dictatoriales qu’immorales dont sont coupables certains chefs d’établissements scolaires. Dans certaines écoles, selon cet intervenant, pour pallier au manque du personnel qualifié, des jeunes femmes sont recrutées dans le cadre de l’IAIG (indemnités d’activités d’intérêt général). Et au fil du temps, ces « pimbêches » deviennent les maîtresses des directeurs. Et dès lors, la gestion de l’école leur revient entièrement. Elles y font la pluie et le beau temps. Par manque d’éducation et du fait de leur indigence morale, il n’est pas rare que ces femmes sanctionnent sans aucune raison valable des enseignants qui sont presque à l’âgede la retraite. Le pire c’est que le malheureux enseignant ne trouve pas oreille attentive auprès du directeur. Celui-ci justifie toujours la décision, aussi injuste et aussi injustifiée soit-elle,de celle qui compense son manque d’affection conjugale. En ce qui concerne la gestion des œuvres sociales, le représentant de l’UGTA a affirmé qu’elle ne souffre d’aucune opacité. A travers son explication, on peut comprendre que chaque famille syndicale veut s’impliquer dans la gestion de l’argent des travailleurs pour pouvoir se sucrer au passage.

Par ailleurs, le repésentant de l’UGTA n’a pas dénoncé « la fermeture constante » des portes de la direction contrairement aux autres syndicats. « Même durant les journées de réception, le directeur refuse de nous recevoir », se sont plaints effectivement les représentants du CNAPEST, SATEF et UNPEF. Des maires ont placé aussi leur mot. Cependant, sans le vouloir certainement, ils ont dévié de l’ordre du jour. En effet, chacun a formulé des doléances qui méritent d’êtres inscrites et retenues dans le cadre de la cession de l’APW et non àl’occasion de ce rendez-vous, qui, rappelons-le, est initié pour sortir l’école du sinistre. D’aileurs, le correctif n’a pas tardé à être apporté. En effet, M. Arezki Tirouche, universitaire et homme politique, originaire de Mizrana, a vite recadré le débat en rappelant que « l’enseignement algérien relève d’un problème de fond. Et par conséquent, seules les réformes peuvent apporter des solutions ». Pour appuyer le bien fondé de sa thèse selon laquelle c’est le système éducatif qu’il faut revoir de fond en comble, M. Tirouche n’hésite pas à dire que les enfants de la nomenklatura font leurs études à l’étranger.

Un autre compétent et courageux homme politique, en l’occurrence M. Derridj, crève à son tour l’abcès en portant à la connaissance de toute l’assistance la vraie nature du problème de l’école algérienne. « Il faut absolument la refonte du système éducatif algérien et pour que cela soit réalisable, il faut impérativement donc la refondation de l’Etat algérien : », a-t-il clamé. S’agissant, du fonctionnement de la direction éducative de la wilaya de Tizi-Ouzou, M. Derridj a appuyé les rapports des représentants des différents syndicats. « Les institutions de la république appartiennent au peuple et ne constituent nullement un bien privé/ », a-t-il martelé. Ce dernier constat est à interpréter comme le procès du directeur de l’éducation de la wilaya de Tizi-Ouzou. En ce qui le concerne, le président de l’APW, M. Mahfoud Bellabès, malade mais présent dans la salle des débats, a fait sa déclaration par écrit, qui a été et lue par un élu. La voici dans son intégralité : « Il n’est un secret pour personne que l’école algérienne traverse une crise grave. Une crise qui n’est certes pas nouvelle mais qui atteint aujourd’hui des proportions inquiétantes, qui nécessitent une refonte en profondeur, devenue inévitable et plus qu’urgente. Un constat unanime et admis par tous. Pourquoi, dès lors les pouvoirs publics tergiversent ? Chacune sait, à plus forte raison dans un pays de 25 millions de jeunes demoins de 30 ans, que l’investissement dans l’éducation, la formation professionnelle et l’enseignement universitaire est vital pour une nation. Un investissement dans la ressource humaine plus que capital parce qu’il est déterminant pour l’avenir et qu’il construit et constitue la vitalité de l’économie d’un pays. Une donnée à laquelle notre pays ne peut pas prétentdre aujourd’hui. Une jeunesse, en plein désespoir, qui se jette à l’eau pour partir ou qui exprime sa rage dans des émeutes destructrices qui emportent sur leur passage le peu d’acquis sociaux existant. Une désespérance que les pouvoirs publics traitent avec mépris. Quelle autre explication peut-on donner au silence de l’Etat devant tant de violence ? Comment interpréter leur immobilisme coupable ? la bonne qualité de l’enseignement constitue sans doute la clé de voûte de toute démocratie parcequ’elle donne au jeune citoyen le savoir qui lui est nécessaire pour construire son libre arbitre et s’émanciper de toute forme de tutelle. Une bonne éducation met également entre les mains du sujet les compétences indispensables pour bâtir son destin et pour participer à l’édification de celui de la communauté. Sans doute ce que ne souhaitent pas les gens qui gouvernent notre pays. C’est pourquoi l’école est traitée en parent pauvre et qu’elle ne dispose pas de moyens indispensables à son rayonnement sur la société.

Il nous suffit de scruter l’état dans lequel est l’enseignement primaire et secondaire. Un véritable naufrage, un état de fait également reconnu, replâtré régulièrement par des réformes sans aucune efficacité. Le cerveau de nos petits potaches est rempli de « tout-venant », un processus qui se poursuit dans le secondaire et à l’université. Des institutions de la république qui sont à l’image de la société algérienne d’ aujourd’hui. Une société immature, désarticulée, désorganisée, désespérée et violente. Le mal est profond et seule une réelle volonté politique de refonder notre système d’enseignement peut, avant qu’il ne soit trop tard, donner des résultants. Mais chacun de nous, ici, a un rôle à jouer. Dans le pays, où le respect des institutions est sacré, les autorités accordent une importance capitale aux compétences et aux élites, notamment celles qui sont en charge de l’éducation et de la formation de la relève. Ce n’est pas le cas chez nous. Quelle signification peut-on attribuer à l’instruction du premier ministre demandant au ministre de l’habitat de réserver un quota de logements sociaux aux enseignants universitaires ? Se peut-il que nos cadres universitaires soient des cas sociaux ? Une insulte à leur statut, une insulte à l’intelligence de ce pays. En tout cas, une irresponsabilité. Non, l’école algérienne n’est pas une priorité. Les enseignants qui vivent dans une précarité totale sont des laissés pour compte de l’aisance financière dans laquelle baigne notre pays. En oubliant d’offrir à l’école algérienne les moyens de rayonner sur la société et de garantir l’après pétrole, le pouvoir fait preuve de négligence et d’irresponsabilité. Il hypothèque l’avenir des générations futures et met en danger la souveraineté de la nation. L’Apw de Tizi-Ouzou se tient aux côtés de la famille de l’éducation dans ses luttes pour la démocratie, la performance, l’autonomie et la dignité de l’école algérienne. Nous demandons la fin du népotisme, des archaïsmes et de la répression et de mettre à sa disposition les moyens, tous les moyens nécessaires à son épanouissement. Cest l’une des conditions pour garantir le développement intellectuel, moral et politique du pays.

Cette dégradation del’enseignement dans notre pays et son inadéquation avec le marché de l’emploi sont, entre autres, des conséquences directes des choix adoptés par le pouvoir. Le gouvernement improvise des réformes sans concertations et il avoue les contre- performances une fois les dégâts constatés. Pour autant, la famille de l’éducation a toutes les raisons d’exprimer sa colère. Son statut n’a pas évolué depuis des années. Pire que cela, il s’est dégradé au fur et à mesure que l’environnement économique national, qui a subi des transformations structurelles importantes, a réduit substantiellement son pouvoir d’achat et l’ a précipité dans la pauvreté. Des fonctionnaires de l’Etat qui se sont progressivement paupérisés et qui ont perdu le minimum vital qui garantissait, quelque peu – il faut le souligner – la sauvegarde de leur dignité, et celle de l’image positive et structurante indispensable pour que l’enseignant inspire à ses élèves respect et autorité. Deux fondements sans lesquels toute transmission du savoir à nos enfants est impossible et toute préservation des valeurs de l’institution que représente l’école, est compromise. Nous ne pouvons pas prétendre à la stabilité de notre système éducatif si nous ignorons le pilier le plus important de ce secteur : la ressource humaine, autrement dit les enseignants. La mission de la protection du bien-être de ces derniers (enseignants) incombe au pouvoir.

Ces personnes sont des mères et des pères de familles qui ont un amour propre et des problèmes domestiques auxquels ils ne peuvent plus faire face parce que leur statut s’est dégradé et parce qu’ils sont « devenus pauvres » et que leur quotidien leur est particulièrement pénible et humiliant. Nous savons tous que les femmes et les hommes qui travaillent dans le secteur de l’éducation sont toujours en colère et que la reprise des cours a toujours été un sursis momentané qui est offert aux pouvoirs publics. Le pouvoir ne peut pas et ne doit pas continuer à tourner le dos aux revendications des enseignants qui sont justes et légitimes et laisser passer cette opportunité et cette trêve pour agir et trouver, avec les syndicats et les représentent, les solutions à même de réduire de façon définitive l’injustice qui frappe ce corps professionnel. Un salaire et un statut qui leur permettent de vivre dignement afin d’assurer correctement leur mission. Une amélioration du régime indemnitaire des autres corps professionnels de l’éducation par l’institution de nouvelles primes. Enfin, une gestion autonome, transparente et démocratisée des œuvres sociales et une facilité d’accès à la médecine du travail. Par ailleurs, je voudrais saisir cette occasion – en tant que président de l’Assemblée Populaire de Wilaya de Tizi-Ouzou – pour attirer votre attention sur la situation qui prévaut dans le secteur de l’éducation plus spécifiquement dans notre région.

Les multiples difficultés et tracas rencontrés par le personnel de l’éducation, tous corps confondus, dans la wilaya de Tizi-Ouzou sont chroniques et datent de plusieurs années. Voici quelques uns d’entre eux:
-Les échelons attribués par la fonction publique sont mis en application mais ne sont toujours pas suivis d’effet sur le plan de la rémunération.
-Les heures supplémentaires, notamment celles des classes d’examen, sont rétribuées au compte gouttes au mieux, au pire elles ne le sont pas du tout.
-Les vacataires dont certains sont embauchés depuis plusieurs années ne sont pas payés avec régularité. Pour certains, ils ne le sont pas du tout. Nous pensons notamment aux enseignants de tamazight.
-Les salaires sont toujours honorés en retard.

Il est facile de comprendre les difficultés dans lesquelles se débattent les enseignants de notre wilaya. Pour autant, ils ont continué à honorer leur mission et à hisser notre région à la première place à l’examen du baccalauréat, et ce, depuis plusieurs années. Notre wilaya jouit de 2I 000 travailleurs environ dans ce secteur. Une ressource humaine considérable et certainement difficile à gérer. Il est facile d’en convenir. Ne serait-il pas possible, pour résoudre tous les problèmes de gestion et de retard des salaires, de décentraliser les activités de la direction de l’éducation de Tizi-Ouzou et de créer, à l’instar de ce qui s’est fait dans la wilaya d’Alger, des sous-directions de l’éducation ? Un vœu formulé par de nombreux cadres de l’éducation de notre wilaya. Je voudrais également vous informer que des mises à la retraite des enseignants qui arrivent à ce terme sont exécutées, quelques fois, au milieu de l’année en dépit du bon sens et au détriment des considérations pédagogiques, notamment quand il s’agit de classes d’examen. Une situation pour le moins incongrue et qui doit cesser. Le secteur de l’éducation est une sensibilité extrême. Il appartient d’être à l’écoute de ses pulsations et de ses convulsions. Les solutions à apporter sont évidentes et ne souffrent d’aucune équivoque. Les mesures de rétorsion ne sont pas la réponse. Les revendications des enseignants sont un droit légitime. Vivre dignement, dans le respect et « la horma ».

Une exigence qui ne peut se passer, dans tous les cas, d’une juste rémunération de leur travail et de leurs efforts. En ce qui nous concerne, élus de l’APW de Tizi-Ouzou et moi-même, nous sommes disponibles et disposés à mettre toute notre énergie pour contribuer à trouver une issue définitive à ce conflit. La contestation qui a perturbé et perturbe encore les rentrées scolaires n’aura pas suffi à alerter les responsables. Au lieu de saisir l’opportunité des vacances pour nouer les fils de dialogue, les autorités de tutelle tablent sur la lassitude et jouent au pourrissement. Depuis des années, rien n’a changé dans l’école algérienne. Nous tenons à dénoncer une détérioration du système éducatif qui a ruiné le pays. L’école algérienne, au lieu de former le citoyen, forme un militant politique. L’APW de Tizi-Ouzou se tient aux côtés de la communauté universitaire dans ses luttes pour la démocratie, la performance, l’autonomie et la dignité de l’université algérienne. Nous demandons la libération de l’enseignement supérieur du népotisme, des archaïsmes et la répression et mettre à sa disposition les moyens, tous les moyens nécessaires à son épanouissement est l’une des conditions pour garantir le développement intellectuel, moral et politique de notre pays. »

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