APW de Tizi-Ouzou : Le FFS, le RND et le FLN boycottent la cession extraordinaire convoquée par M. Mahfoud Bellabès, président de l’institution élue

7

TIZI-OUZOU (Tamurt) – « Est-il en notre temps de plus odieux que de ne pas croire en Dieu… ». C’est ainsi que feu Georges Brassens a débuté sa célèbre chanson intitulée « le Mécréant ». Dans cette superbe chanson, le défunt poète français a voulu démontrer que si Dieu venait réellement à exister, il se baserait dans ses jugements sur les qualités réelles de l’homme et non sur ses pratiques religieuses. En clair, le grand chanteur français a dénoncé les papelards et leurs discours mensongers et hypocrites.

Pour les élus APW de Tizi-Ouzou, issus des formations politiques du Front des Forces Socialistes (FFS), le Rassemblement National Démocratique (RND) et le Front de Libération National (FLN), il semblerait qu’il n’y a pas plus odieux à leurx yeux que de critiquer le pouvoir, notamment, en ce moment de préparations des élections législatives. « Nous n’allons pas offrir une tribune au président de l’APW (M. Mahfoud Bellabès) pour qu’il critique le pouvoir », telle aurait été la raison qui a motivé les élus de ces trois formations politiques à ne pas répondre à la convocation du président de l’APW de Tizi-Ouzou pour la tenue d’une session extraordinaire programmée pour avant-hier sur les conséquences désastreuses provoquées par les intempéries du début du mois dernier au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou.

D’aucuns n’ignorent que les chutes de neige et les pluies diluviennes qui se sont abattues sur tout le nord algérien ont provoqué une situation chaotique en Kabylie et les hauts responsables algériens ont fait dans l’inédit en affichant une position inertielle vis-à-vis de la région meurtrie. « Pendant les intempéries, nous affirme le président de l’APW de Tizi-Ouzou, il était impossible de réunir tous les élus vu que bon nombre d’eux eux étaient coincés chez-eux. Il ne m’a été possible que de réunir un nombre restreint d’élus pour former une cellule de crise pour suivre l’évolution de la situation et donner les directives nécessaires. Ce n’est que maintenant, avec l’ouverture des routes, que la réunion de toute l’assemblée est possible. L’objectif est de faire le bilan des pertes et arrêter des mesures adéquates de l’heure ainsi celles d’avenir ».

C’est dans cette perspective que M. Mahfoud Bellabès a usé de l’article 13 du code de wilaya lequel stipule : « L’assemblée populaire de wilaya peut se réunir en session extraordinaire à la demande de son président, du tiers de ses membres ou à la demande du wali ».Hélas, seuls 18 élus ont répondu à cette convocation. Ces élus sont issus du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), deux autres sont des ex-militants du RND et le 18ème, c’est M. Mohand-Akli Aoudj, lui-même est ex-militant du RCD. En conformité avec le code de wilaya, le P/APW a décidé de lancer une deuxième convocation pour la journée du dimanche prochain, soit le 04 de ce mois. A la question de savoir si cette deuxième convocation n’aura pas plus d’effet que la première, notre interlocuteur nous répond qu’il usera dès lors de l’article 15 du code de wilaya lequel stipule : « L’assemblée populaire de wilaya ne peut tenir ses réunions qu’en présence de la majorité de ses membres en exercice. Quand, après deux convocations successives, à trois jours au moins d’intervalle, l’assemblée populaire de wilaya ne s’est pas réunie, faute de quorum légal, ses délibérations prises après la troisième convocation sont valables, quel que soit le nombre des membres présents ». Donc, en cas de non écho pour cette 2ème convocation, la session se tiendra quand même mercredi, 7 mars de l’année en cours.

A l’issue d’une longue conversation, notre interlocuteur nous a informé qu’aucun ministre de la république n’a daigné se déplacer à Tizi-Ouzou excepté le ministre de la santé qu’ « en ma qualité de président de l’APW, j’ai refusé de recevoir et, au même temps, refusé d’accompagner dans ses déplacements ».

Pourquoi donc une fin de non-recevoir pour M. Djamel Ould-Abbas ?

« Ma condition de recevoir et d’accompagner le ministre, souligne le président de l’APW, était de nous rendre dans les localités les plus touchées par les intempéries telles que Iferhounène, Ath-Zkki, Aïn El haammam etc. Son protocole a refusé ma condition ». M. Bellabès nous a appris que le ministre de la santé s’est rendu au CHU de Tizi-Ouzou où il a déclaré que son département ministériel a envoyé pour Tizi-Ouzou 35 tonnes de médicament dont le chargement a été assuré par trois fourgons. « Je défie quiconque, avance avec véhémence notre interlocuteur, de nous prouver que ces 35 tonnes de médicament sont réellement parvenus à Tizi-Ouzou » avant d’ajour : « Est-ce vraiment possible, M. le journaliste, de faire transporter 35 tonnes de médicament dans trois fourgons en un seul voyage ? ».

« Nos populations, lors de ces intempéries, continue M. Béllabès avec une colère difficilement contrôlée, avaient surtout besoin de vivres et non de médicament » avant de lancer ensuite une véritable « bombe » : « Des familles ont passé 12 jours avec seulement une boîte de tomate concentrée ». « Pourquoi ce n’est pas le ministre de la solidarité nationale qui s’est déplacé ?», s’interroge le président de la première institution élue de la wilaya de Tizi-Ouzou pour ajouter ensuite que « même le site internet de son département ne fonctionne pas ».

Cependant, le plus grave n’est pas tant l’abandon de la Kabylie par l’Etat algérien qui, d’ailleurs, ne date pas d’aujourd’hui mais les élus de la région. Nous avertissons que les lectrices et lecteurs trop sensibles ont intérêt à fermer cette page car ce qui est proposé à la lecture risque de choquer. En effet, lors de la session extraordinaire du premier août 2006, l’APW de Tizi-Ouzou, alors sous la houlette du FFS et dont la présidence était assurée par feu Rabah Aïssat, avait accordé une enveloppe financière aux peuples palestinien et libanais. Au cours de cette année, Palestiniens et Libanais étaient rassemblés au Liban-Sud et subissaient des difficultés. Il est vrai qu’aujourd’hui, les esprits, notamment ceux intéressés par la participation, sont préoccupés par les législatives. Mais est-ce une raison de privilégier les étrangers à ses propres frères ? Le coup de fouet est venu surtout du FFS, lui qui n’a pas l’habitude de badiner sur les questions de principe. Les élus du RND et du FLN ont l’habitude d’obéir à leurs chefs d’Alger comme le fait un janissaire à son maître.

Il est vraiment très difficile d’imaginer aujourd’hui que les élus du FFS accordent plus de considération aux étrangers en difficulté qu’à leurs propres frères souffrant le martyr. Les intempéries, selon le Président de l’APW de Tizi-Ouzou, ont provoqué beaucoup de pertes. Des pertes beaucoup plus importantes que ne l’imaginent certains. En sus des milliards de dinars de dégâts matériels et des pertes en cheptel, cinq vies humaines sont à déplorer, rien que dans la wilaya de Tizi-Ouzou. Pour M. Mahfoud Bellabès, il est nécessaire d’aller jusqu’à recenser les pertes de chaque famille de la wilaya pour pouvoir la faire dédommager. Comment dédommager ces familles si l’ensemble des élus de l’APW de Tizi-Ouzou ne se mobilise pas comme un seul homme ? Quand nous avons posé la question à notre interlocuteur sur la date spéciale du 29 février pour convoquer la session extraordinaire, il répond qu’en « premier lieu, il est question d’identifier tous les dysfonctionnements que subit notre wilaya ; deuxièmement trouver des mécanismes nécessaires pour y remédier ; troisièmement réussir à sensibiliser les autorités nationales et régionales afin de reconnaître la wilaya de Tizi-Ouzou comme zone sinistrée et enfin pouvoir rendre un hommage mérité à feu Mouloud Mammeri à l’occasion du 23ème anniversaire de sa mort ». Hélas ! Encore mille fois hélas ! Des intérêts personnels pour certains et victimes d’une logique « pouvoir équivaut à Dieu » pour certains l’ont emporté sur la logique des intérêts légitimes des citoyens avant tout.

Il est vraiment à espérer que les élus de qui il est attendu beaucoup reviennent à de meilleurs sentiments. Notons enfin, que les dernières intempéries ont « prouvé » que les hauts dirigeants algériens ont toujours menti sur la situation infrastructurelle de la Kabylie en général, particulièrement la wilaya de Tizi-Ouzou. A titre indicatif, le centre enfûteur de Oued-Aïssi ne fonctionne qu’à un taux de 40% de sa capacité réelle.

Notons enfin que dans notre prochaine édition, il sera question de la publication dans toute leur intégralité des rapports établis par les services de la wilaya de Tizi-Ouzou sur les dégâts occasionnés par les intempéries.

COMMENTER

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrez votre nom ici