Artillerie déployée : Le Maroc en état d’alerte maximale

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MAROC (Tamurt) – Depuis le 15 août 2014, une lourde artillerie militaire a été déployée dans certains sites dits stratégique du pays et fait état d’une préparation préliminaire à une possible menace terroriste imminente.

Aucune information officielle n’a filtré sur cette escalade militaro-sécuritaire alors que le dispositif exceptionnel et sans précèdent est trop ostensible et a surpris beaucoup l’opinion publique nationale et internationale qui se demandent si le pays est en guerre.

Beaucoup d’internautes ont rapporté des photos et des vidéos tournées par des amateurs, montrant un matériel militaire impressionnant dans l’espace urbain des grandes villes du pays à Casablanca, Tanger et Marrakech etc.. Ni le gouvernement, ni le ministre délégué à la Défense, ni l’armée n’ont diffusé des informations à ce propos. Il n y a que certains médias qui spéculent sur les raisons de ce déploiement inhabituel sans pouvoir trancher sur les raisons de ce grand agissement. D’aucuns avancent que 70.000 militaires sont mobilisés à travers le pays.

Les sites stratégiques concernés

Les frontières avec l’Algérie et la Mauritanie ainsi que les sites sensibles, situés sur ses côtes maritimes, sont ostensiblement gardés.

Différent sites sont concernés par ce déploiement militaire, les armes de guerre qui y ont débarqués prouvent que le niveau de préparation a été relevé.

A Casablanca, les forces armées royales (FAR) ont investi le quartier de la corniche en bord de mer et ont établit un campement militaire, à deux pas de la Mosquée Hassan II. Des camions, des tentes, des batteries de missiles sol-air et des canons pointés vers l’Atlantique y ont été aperçues.

A Tanger, un convoi transportant des batteries antiaériennes qui seraient de type M167 Towed Vulcan à longue portée .

A l’aéroport de Marrakech-Ménara, des batteries antiaériennes Type 90 Skyguard, ont été aperçues sur place et se révèlent identiques à celles observées à Casablanca.

A La raffinerie pétrolière de La Samir à Mohammedia, des tanks, des batteries de missiles et des troupes présentes en nombre encercleraient ce fleuron industriel précieux pour l’approvisionnement en carburants du Maroc.

A Jorf Lasfar un port marocain en eau profonde à vocation minéralière, énergétique et diverse à proximité du cap blanc à 17 km de la ville d’El Jadida est aussi concerné par ces mesures.

Au barrage Al Wahda prés de Fez. Il est le grand barrage du Maroc, connu pour la production d’énergie et l’alimentation en eau potable et un grand rôle en matière d’irrigation.

Différentes explications

Il y a d’abord les menaces de l’organisation terroriste d’Abu bakr al Baghdadi – l’Etat islamique. A rappeler plus de 3000 combattants marocains sont à l’œuvre en Irak et en Syrie ;

La situation sécuritaire en Libye, Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI)

Différentes raisons peuvent justifier le redéploiement des FAR, l’affolement et la « panique » générée en conséquence. Il y’a d’abord le climat régional, la instabilité sécuritaire dans le sahel, en Libye ainsi que la recrudescence de la violence au Moyen-Orient.

Mi aout 2014, les autorités algériennes, égyptiennes, tunisiennes et marocaines ont été alertées par les services de renseignements américains sur les « dangers sécuritaires et politiques auxquels fait face la Libye ». Le redéploiement des FAR serait donc fortement lié à la situation sécuritaire chaotique et l’anarchie des armes en Libye : l’absence d’Etat central et d’une armée disciplinée, pousse le Maroc à prendre toutes les précautions.
Le Maroc craint que le chaos libyen déborde sur ses frontières d’autant plus que ces dernières sont réputées être poreuses. Certains médias rapportent que des tunnels ont été découverts sur les frontières entre la Tunisie et la Lybie et aux frontières du Maroc avec Algérie sans que l’information soit confirmée. Une situation qui pourrait être exploitée par les djihadistes.
La disparition à l’aéroport de Tripoli de 11 avions civils libyens avec la possibilité de voir ces aéronefs soient tombés aux mains de djihadistes qui ont menacé de mener une campagne d’attentats et de frapper des places “vivantes” au Maroc, en Tunisie et en Algérie (Moussaoui El Ajlaoui, expert en stratégie et professeur d’études africaines à l’Université Mohammed V à Rabat). Ce qui laisse penser la menace terroriste a dépassé le stade des frontières terrestres. Le journal algérien Al-Fajr a rapporté que des djihadistes libyens, dont les brigades de Zentane, ont pris possession de certains avions dans les combats à l’aéroport de Tripoli. Le lundi 18 août 2014, l’agence Reuters a relayé une information de la chaîne télévisée nationale libyenne, des avions de guerre non-identifiés ont été localisés en vol au-dessus de Tripoli. Par ailleurs, la Libye est connue comme étant un carrefour des djihadistes internationaux, dont des milliers marocains qui reviennent de l’Irak et de la Syrie.

Mi juillet 2014 le ministre de l’intérieur Ahmed HASSAD a mis en garde contre le risque d’attentat dans le pays par des marocains qui ont servis en Syrie et Irak. Le 14 aout 2014 le ministère de l’intérieur a publié un communiqué annonçant le démantèlement d’une cellule terroriste supposée collaborer avec l’EIIL.et l’arrestation de ses neuf membres. Cette cellule terroriste active à Tétouan, Fès et Fnideq et elle mobilisait des combattants marocains pour rejoindre les rangs de l’EIIL en Irak et en Syrie et leur procure l’appui financier nécessaire», selon un communiqué du ministère publié, jeudi, par l’agence de presse officielle marocaine (MAP)

Manœuvre de routine

D’autres encore soutiennent, comme le cas d’Al Massae, journal arabophone marocain, que ces manœuvres participent des entrainements pour les forces armées, afin de développer les capacités de combat et de la routine de l’Armée pour une surveillance étroite de l’espace aérien marocain. Ce qui est sûr c’est que l’espace aérien national est sous contrôle strict des FAR, et aucun avion civil ne peut entrer sur le territoire national sans l’autorisation des ces dernières qui disposent selon certains sources de missiles air-air, air-sol et des systèmes de repérage, d’identification et de radars ultra sophistiqués.

Enfin, d’autres encore vont jusqu’à expliquer que ce déploiement n’est ni plus ni moins, un stratagème fin et spectaculaire pour induire le peuple en erreur, une manœuvre qui a pour finalité de détourner l’attention de l’opinion publique et occulter l’impasse et la crise socioéconomique et politique dans laquelle est plongée le pays, ceci en créant un climat psychologique pour souligner la force et l’engagement de l’armée pour la sécurité dans le pays contre toute menace extérieure.

Le département d’Etat américain émet régulièrement des Travel Warnings sur le site internet du département, des consignes de vigilance pour ceux qui se rendent au Maroc pour cause d’un potentiel d’attentat contre les intérêts américains dans le pays, les bâtiments publics et les sites stratégiques.

Algérie, pas de démonstration spectaculaire

En Algérie, le déploiement militaire est moins spectaculaire que cela et les militaires ne veulent pas faire dans la démonstration, cependant la menace est autant prise au sérieux. L’effort est concentré plutôt sur le renseignement et la frontière avec la Tunisie. Les hautes autorités militaires du pays sont préoccupées par la situation sécuritaire en Libye et appellent à la constitution d’une force militaire nord-africaine, incluant l’Egypte pour répondre aux menaces de déstabilisation de la région.

Rachid OUFKIR