Aseggas ameggaz 2960/2010

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KABYLIE (Tamurt) – Pour que ce vœu soit exaucé, nous savons tous que nous devons dépasser nos divergences stériles, prendre conscience de nos égarements politiques, ne serait-ce que pour répondre à l’effervescence d’une jeunesse avide d’une Kabylie digne et solidaire. Inutile de nous attarder davantage sur nos échecs. Ils ne proviennent ni de nos tares, ni d’un quelconque asservissement. Nous n’avons d’autres démérites que le poids de notre erreur à vouloir imposer à toute l’Algérie une option ancrée dans notre culture millénaire; l’attachement à toutes les libertés, à la démocratie et à la tolérance. Cette option adoptée par des pays lointains ne cesse de prodiguer à leurs habitants sécurité et richesse. Et c’est justement ces Eldorados lointains que nos jeunes tentent de rejoindre dans des embarcations de fortune, au péril de leur vie.

Pour certains profanes, l’an 2960 inspire beaucoup plus un évènement-fiction qu’un quelconque fait historique. Pourtant 950 années avant Jésus-Christ, 1520 ans avant l’avènement de l’islam dans la péninsule d’Arabie, les Amazighs, peuples souverains sur toute l’étendue de l’Afrique du Nord, se fédéraient autour d’évènements culturels hautement symboliques. Était-ce par esprit avant-gardiste ou par prémonition annonciatrice des agressions en cascades que nous continuons de subir, à ce jour?

Aujourd’hui, la Kabylie continue de résister. Elle sait pertinemment qu’elle ne perd strictement rien en optant pour son autonomie. C’est sa seule garantie contre un pouvoir qui cherche à l’appauvrir et la déstructurer pour finalement l’anéantir. Que peut-il nous arriver de pire que la tragique situation dans laquelle nous sombrons aujourd’hui? Comment demeurer naïf après le printemps noir? Par quel culot certains Kabyles appâtés par l’argent sale ou par une promotion sociale facile, se permettent-ils encore la politique de l’entrisme, en ignorant le mémorable échec du RCD en 2000. Difficile de laver l’affront infligé à ce parti pris en flagrant délit de naïveté! Comment accepter la reconduction de la pire des politiques, combien même elle émane de personnalités kabyles jouissant d’une grande considération? Continuer à gesticuler dans l’indigne assemblée d’Alger ne revient-il pas à livrer la rebelle Kabylie sur un plateau d’argent à ses bourreaux? Autant de questions qui nous rappellent un dicton du terroir : Neṭṭamaɛ udi deg uḥulli.

L’illusion, la patience, les ajustements conjoncturels ont atteint amplement leurs limites. Aujourd’hui, l’exigence immédiate d’une autonomie pour la Kabylie s’impose comme un acte citoyen incontournable. Nous parlons d’une autonomie réelle. Celle qui nous mettra à l’abri des pratiques mafieuses et nous détachera définitivement du carcan arabo-baathiste et son corollaire l’islamisme politique. C’est l’exigence pour nous retrouver en phase avec notre histoire et appréhender un avenir serein intégré à l’universel. Ne soyons pas distraits, le monde d’aujourd’hui n’attend pas.

La Rédaction