Ath-Ouabane (Akbil) – Le président du MAK hôte du village à l’occasion de Timecheret

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En premier lieu, il y a lieu de savoir que les habitants d’Ath-Ouabane appellent cette timechret « timechret ousnefel trigwin bwamane (la déviation des rigoles vers les jardins potagers et vergers). C’est une fête ancestrale. Elle est organisée le dernier vendredi du mois de mai de chaque année.

Après donc cette timechret, les habitants de village peuvent procéder au pompage des eaux à partir du ruisseau ou tout simplement dévier l’eau par le moyen de rigoles à partir du ruisseau vers leurs jardins potagers et vergers pour arroser leurs cultures. Avant la tenue de cette timechret, aucun habitant n’a le droit de procéder à asenfel targa (déviation d’une rigole ou canal). C’est donc en
cette heureuse circonstance que le président du MAK s’est retrouvé, hier, à Ath-Ouabane. Et parallèlement à cette timechret, une exposition des habits et outils de travail et utilitaires traditionnels ainsi que différents légumes et plantes s’est tenu au village, plus exactement au siège de l’ex-centre de formation professionnelle (CFPA). C’est d’ailleurs par cette exposition que le président du MAK a commencé sa visite dans ce village perché au pied de la montagne Djerdjer. Il faut reconnaître que cette exposition est d’une richesse extraordinaire. Une curiosité pour découvrir ou redécouvrir des objets que la famille kabyle ancienne utilisait dans sa vie quotidienne. C’est le cas par exemple de l’outre (ayedith), la terrine (takhchacht), la lampe à pétrole, la faucille, le mors et la bride, lourde chaîne d’immobilisation de chevaux et mulets (el kidh), jarres, cruches, moulin manuel à moudre le blé et l’orge et tant d’autres éléments que les temps modernes ont poussé, bon gré mal gré, à l’oubliette. Cependant, si le progrès se trouve en droit de pousser à l’inutilité de ces objets, les hommes et les femmes n’ont quand même pas le droit de perdre le vocabulaire y afférent, c’est-à-dire les termes désignant ces objets. Dans ces salles d’exposition, le visiteur fait un retour dans le passé.
Aujourd’hui, la voiture a remplacé le cheval, le tracteur et le camion ont remplacé les mulets et les ânes, le petit moulin manuel a cédé le pas devant la minoterie moderne, l’eau qui coule dans le robinet a anéanti l’outre (ayedith), la carafe en verre a pris le dessus sur la terrine et ainsi de suite. La science et ce besoin toujours insatiable de l’homme en matière de confort en sont « responsables ».

Après avoir longtemps examiné ces objets, témoins de la vie quotidienne de nos grands-parents, le président du MAK prit la direction de la place où se déroule timechret. Celle-ci, de par son mode organisationnel et opératoire, semble échapper aux « exigences » temporelles. En effet, chacun s’occupe de sa tâche. Surtout, pas de chef. Dans les travaux qu’exigent timechret, le concept de chefferie n’a aucune signification. Sur ce point précis, les anarchistes d’Occident applaudiraient. Ath-Ouabane est un village de 3 500 habitants. Pas moins de six taureaux ont été immolé hier à l’occasion de cette timechret, et ce, sans compter les moutons et les boucs qui ont fait l’objet d’une donation.
Pourquoi le président du MAK a été invité à cette timechret ? Le village d’Ath-Ouabane est kabyle. Et en tant que tel, il fait face alors à ses obligations et devoirs. Au cours des intempéries de l’hiver dernier, ce village a beaucoup souffert. C’est la grande famille militante et patriotique du MAK qu’il a trouvé devant lui comme secouriste. Les hommes et les femmes de ce village n’ont donc pas oublié leur bienfaiteur. Cette invitation est à interpréter donc comme une reconnaissance. Par ailleurs, le village d’Ath-Ouavane est célèbre par son esprit solidaire et organisationnel. S’il est vrai qu’à cause de son relief géographique, le village a été durement frappé par ces chutes de neige, il n’en demeure pas moins, que ses habitants ont fait face à la situation collectivement. Selon certaines sources, Ath-Ouabane est l’un des villages les mieux organisés de toute la Kabylie comme il est aussi l’un des villages les plus respectueux de la tradition ancestrale. La timechret d’ousnfel trigwin en est la preuve.

De Tizi-Ouzou, Par Said Tissegouine