Aux abords du tribunal de Draâ El Mizan : Manifestation populaire pour soutenir des plaignants face à leur voleur

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KABYLIE (Tamurt) – Notons d’emblée que les manifestants, nombreux, ont programmé de tenir leur rassemblement devant le palais de justice, mais suite au refus des autorités qui ont chargé la force publique d’interdire l’occupation de cet espace, le choix de la manifestation fut alors porté sur ses abords. Nos lecteurs doivent savoir que cette affaire, portée désormais devant les autorités compétentes, semble d’apparence toute banale, mais risque cependant de connaître une dimension inattendue.

En tout cas, nous avons recueilli deux versions concernant les faits qui remontent à lundi dernier. La première, à savoir celle recueillie auprès de la majorité des manifestants : Les plaignants, en l’occurrence Abdellah A.K et Omar M., commerçants associés en produits électroménagers, ont surpris en flagrant délit de vol, le nommé Smaïl T, la vingtaine bien sonnée, dans leur magasin en cette journée du lundi à trois heures du matin. Aussitôt maîtrisé, ils l’ont emmené au siège de la brigade de la gendarmerie nationale. Cependant, la version note au passage qu’un complice du voleur, répondant à l’initiale Z., a été également présent à la brigade de la gendarmerie au moment de la présentation du principal accusé. La même version laisse entendre qu’une partie du matériel manquant au magasin a été retrouvée par les victimes du vol dans le fourgon appartenant justement au nommé Z. L’autre partie aurait été cachée quelque part. Cela veut dire donc que le voleur et son complice auraient été surpris alors qu’ils s’apprêtaient à faire un deuxième voyage.

Une chose est certaine : lorsque les gendarmes ont reçu la plainte, ils ont gardé dans leur cellule le nommé Smaïl T., c’est-à-dire le voleur. Mais en revanche, ils ont demandé aux deux plaignants et au complice Z. de revenir le lendemain matin, soit donc mardi dernier, en se faisant accompagner des membres de leurs comités de villages respectifs. Les gendarmes ont également pris le soin de confisquer au nommé Z. sa pièce d’identité qui n’était autre que le permis de conduire. Par ailleurs, dans sa déposition, le nommé Z aurait confié aux gendarmes ainsi qu’aux deux plaignants qu’il a accepté de mettre son véhicule au service de Smaïl T sous la menace d’un couteau. « Il m’a placé son couteau sous la gorge et m’a intimé l’ordre d’assurer le chargement de ses objets de vol », aurait confié le nommé Z.

Le mot « lynchage » est tiré à partir du nom d’un certain William Lynch [[Le mot « lynchage » est tiré à partir du nom d’un certain William Lynch, un aventurier américain du 19e siècle, qui a lancé cette idée de faire justice soi-même. Il a surtout suggéré cette façon de punir aux éleveurs de bétail et aux chercheurs d’or pour tenter de décourager les hors-la-loi, fort nombreux à cette époque dans les vastes territoires de l’Ouest américain où les juges et shérifs éprouvaient un grand mal à venir en aide aux nombreuses victimes des bandits. Cependant, William Lynch a réussi à faire perdre ses traces, ce qui fait que les histories savent peu de choses sur lui.]], un aventurier américain du 19e siècle, qui a lancé cette idée de faire justice soi-même. Il a surtout suggéré cette façon de punir aux éleveurs de bétail et aux chercheurs d’or pour tenter de décourager les hors-la-loi, fort nombreux à cette époque dans les vastes territoires de l’Ouest américain où les juges et shérifs éprouvaient un grand mal à venir en aide aux nombreuses victimes des bandits. Cependant, William Lynch a réussi à faire perdre ses traces, ce qui fait que les historiens savent peu de choses sur lui.

La deuxième version que nous avons réussi à recueillir grâce à quelques indiscrétions suite à notre propre enquête diffère de la première sur au moins deux détails importants. En effet, les deux victimes du cambriolage, qui avaient loué leur local chez le propre père du voleur, ont constaté leur infortune le matin du dimanche 12 septembre, lorsqu’ils ont, comme d’habitude, ouvert leur magasin. Aidés par leurs proches et amis, ils ont mené une enquête qui les mena rapidement à l’auteur du vol. Et une fois identifié le coupable, au lieu de le remettre directement aux gendarmes, ils l’ont d’abord passé durement à tabac. Nos interlocuteurs affirment qu’ils l’ont « massacré ». C’est donc dans un état lamentable qu’ils l’ont présenté aux gendarmes lesquels n’ont pas manqué de leur faire la remarque de leur geste illégal. C’est aussi grâce à cette méthode inventée par William Lynch (lynchage), l’aventurier américain du 19e siècle, que le nommé Z. a été entraîné dans l’affaire. En somme, les gendarmes ont agi dans le strict respect de leurs prérogatives légales.

C’est tout cela que les magistrats doivent tirer au clair pour rendre leur verdict ensuite. Et en marge de cette agitation, nous avons appris que le voleur Smaïl T. est un garçon qui a toujours filé du mauvais coton. En effet, il est connu sur la place publique comme un dealer des plus dangereux et est connu comme tel par les services de sécurité. Au village d’Ath Abdelmoumène, village natal des plaignants et du voleur et aussi lieu des faits, le jeune Smaïl est fort craint. Il manie le couteau avec une compétence presque égale à celle d’un samouraï. Et il n’y a pas longtemps, il a agressé quelqu’un avec cette arme blanche. Par ailleurs, il a connu la vie derrière les barreaux. Une fois, il a été condamné à trois ans de prison par défaut et une autre fois, à six mois de prison par le tribunal de Bordj-Ménaiel (Boumerdès).

Toutefois, Smaïl T. n’est pas le seul à rendre la vie si amère aux habitants de la commune de Tizi N’slatha. Beaucoup de jeunes gens ont effectivement signé un pacte avec le diable. Leurs gestes se traduisent par des vols, des agressions de tout genre et autres comportements réprimés par la loi et la morale. L’insécurité au niveau de cette commune rurale, dont sont directement responsables ces voyous, a atteint des dimensions telles que les paisibles habitants ont été dans l’obligation de saisir les autorités.

Dans une lettre adressée à celles-ci et dont nous détenons une copie, les citoyens de Tizi-N’slatha notent leur regret face « à l’inefficacité des services de sécurité au sein de notre localité ». Mettant en avant leur droit à la sécurité tel que le mentionne la constitution de l’État algérien, les signataires de la missive déplorent « le banditisme qui a atteint son apogée lequel est marqué par des vols répétitifs, des agressions caractérisées (…) ». Les habitants de Tizi-N’slatha accusent également les pouvoirs publics de ne pas donner suite aux plaintes déposées par les citoyens.