Avril 80 : 39 ans après, la situation a empiré en Kabylie

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Les Animateurs d'Avril 80
Les Animateurs d'Avril 80

KABYLIE (TAMURT) – Trente-neuf ans après les événements du printemps berbère de 1980, les kabyles sont toujours otages d’un pouvoir arabo-islamique, corrompu qui ne cesse de se régénérer. Rien n’a absolument changé depuis ce soulèvement populaire en Kabylie encadré par des militants sincères et dévoués.

Pis encore, on assiste, de plus en plus, à l’arabisation et à l’islamisation progressives et fatales de toute la Kabylie. Même dans les villages kabyles les plus reculés et les plus enclavés, les femmes voilées et les hommes en tenues afghanes deviennent de plus en plus nombreux. Ce qui était inimaginable en 1980 et même durant toutes les années quatre-vingt et le début des années quatre-vingt-dix. Le fanatisme islamique gagne aussi du terrain un peu partout en Kabylie qui n’est plus, malheureusement, cette terre de tolérance et d’ouverture qu’elle fût pendant longtemps.

Le système éducatif de l’école fondamentale inspiré directement de la charia islamique est toujours celui qui enseigné dans les écoles de toute la Kabylie. Les enfants, dès la première année du primaire, voire dès la maternelle, sont endoctrinés prématurément par des versets coraniques, ce qui est en totale contradiction avec les bases les plus élémentaires de la pédagogie scolaire. Le soulèvement d’avril 80, qui avait pour but de mettre un terme à la dérive arabo-islamique du régime de Chadli Bendjedid, resté fidèle à celui de Houari Boumediène, surtout sur le plan idéologique, n’a pas été couronné de fruits. En dehors de la célébration folklorique à laquelle nous assistons chaque année pendant la semaine du 20 avril, concrètement, rien de palpable n’a été produit par cette énergie qui avait pourtant des capacités pour créer un véritable changement de fond.

On en veut pour preuve, entre autres, le fait que dans la région de Kabylie, et depuis le début du soulèvement du 22 février dernier, pas mal de groupes de manifestants éprouvent un grand plaisir à scander fièrement et pompeusement, des slogans en langue arabe alors que la génération de 80 s’était justement soulevée pour que la langue tamazight reprenne sa première place notamment dans les régions berbérophones. Mais les dommages énormes engendrés par l’école algérienne et par les médias, surtout télévisés, sont d’une ampleur telle que la démocratie, la modernité et la laïcité risquent de devenir des utopies même en Kabylie. Surtout quand on sait que la guerre actuelle entre le clam de l’armée et les résidus du clan de Bouteflika risque d’aboutir à l’intronisation d’un nouveau président qui serait issu du courant islamo-conservateur.

Ça pourrait même être Ahmed Taleb Ibrahimi, celui-là même qui a instauré le système éducatif de l’école fondamentale, en 1976, lorsqu’il était ministre de l’Education nationale. Les Kabyles devraient de ce fait être plus que jamais vigilants et ne pas se laisser emporter par l’euphorie illusoire de cette « révolution » de laboratoires.

Tarik Haddouche