Bouaziz-Aït-Chebib à Iloulen-Oumalou : « Ulac lvot Ulac ! »

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KABYLIE (Tamurt) – A Thavoudha, chef-lieu communal d’Illoulen-Oumalou, où a eu lieu le meeting, les banderoles, à elles seules, renseignent d’une façon on ne peut plus claire sur le courant idéologique auquel appartiennent les habitants. On pouvait effectivement y lire : « Gloire à Méziane », « le peuple kabyle soutient et reconnaît l’indépendance de l’Azawad », « Pour le Gouvernement Provisoire Kabyle », « A bas le pouvoir islamo-baâthiste et sa politique d’arabisation », « Ulac l’vote ma Ulac Timanit » et « Taqvaylit – Talwit – Timanit ».

Avant même la prise de parole, l’adrénaline est provoquée par l’écoute des chants patriotiques kabyles lesquels sont diffusés par ces gros appareils électroniques. Au moment du coup d’envoi du meeting, seul un étroit passage est laissé aux véhicules de passage. Et comme d’habitude, le coup de starter fut marqué par l’observation d’une minute de silence à la mémoire des martyrs de la démocratie. Ensuite, c’est un cadre local du MAK qui est également Secrétaire National à l’organique, Mahmoud Chebri, qui prit le micro le premier pour signaler le « flagrant ridicule » à aller à contre-sens des intérêts du peuple kabyle en allant voter ou participer à cette élection qui n’arrangera que le pouvoir. A peine son intervention terminée, son téléphone cellulaire sonne. C’est le président du Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK) en personne qui appelle. M. Ferhat Mehenni appelle pour faire passer un message. Dès que l’assistance fut informée de l’identité de l’auteur de l’appel, elle se rapprocha d’avantage de la tribune. Pas question de rater le contenu du message que voici : « Azul fellawen dhahmayan, comment voter alors que la Kabylie est toujours prise en otage par le pouvoir ? Qu’est-ce que les députés peuvent faire pour la Kabylie ? Si l’ intention du pouvoir est d’aider la Kabylie, pourquoi donc il ne l’a pas fait depuis 50 ans ? Les candidats à cette députation ne sont motivés que par les biens matériels. Alors, nous aussi disons comme disaient l’aârachs : « Ulac l’vot Ulac ! »Tanemirt » . A peine la communication finie, l’assistance reprend en chœur : « Ulac l’vot, Ulac smah ». L’opinion de l’assistance est déjà forgée à propos de ces élections.

Toutefois, M. Mohand-Ouamar Hachim prendra le micro pour apporter des preuves quant à la légitimité du peuple kabyle à exiger son autonomie. L’orateur mettra en valeur des éléments économiques et sociaux pour prouver « la culpabilité indiscutable » du pouvoir vis-à-vis de la Kabylie. Quand M. Mohand-Ouamar Hachim posera le micro, il sera repris par M. Hocine Azem. Celui-ci signalera d’emblée que ces élections ne feront qu’apporter de mauvaises choses pour la Kabylie. L’orateur ne manquera pas de donner une signification à ce soudain foisonnement de partis politiques. Après avoir signalé que ces nouveaux partis politiques sont « l’œuvre du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) », M. Hocine Azem annoncera que l’objectif recherché par le pouvoir à travers cette multitude de partis est de « mettre des obstacles sur le chemin du MAK ». « En ce qui nous concerne, plaide l’orateur, nous disons à ce pouvoir que vous pouvez corrompre certains Kabyles mais jamais tu ne réussiras à corrompre tous les Kabyles ». M. Hocine Azem ne ratera pas aussi cette occasion de fustiger les partis islamistes et, au même temps, avertir l’assistance du danger qu’ils représentent. L’orateur révèlera également que pas moins de 21.000 militaires voteront en Kabylie. Plus loin, il expliquera que si ces nouveaux partis réussissent à remplir les salles pour les meetings, c’est grâce aux initiatives du DRS. « Si non, comment expliquer, s’interroge l’orateur, qu’un homme comme Hocine Aït-Ahmed ne réussit pas à remplir la salle à Relizane alors que quand il s’agit d’un rendez-vous avec le MPA (parti d’Amara Benyounès), il faut jouer des coudes pour avoir accès à la salle ? ». Après avoir énuméré encore une multitude de points sur les insuffisances dont souffre la Kabylie, et ce, par la volonté du pouvoir, M. Hocine Azem conclura : « Ce que nous autres Kabyles voulons est tout simplement l’autonomie de la Kabylie ». A signaler également que l’orateur n’a pas manqué de lancer un appel aux « frères du FFS pour se retirer de la course électorale pendant qu’il en est encore temps ».

En ce qui le concerne, le président du MAK, se montrera prolixe comme d’habitude. Et comme d’habitude, il marquera les esprits de son discours. M. Bouaziz Aït-Chebib commencera son intervention par rétablir la vérité concernant certains faits historiques et, du coup, tourner en ridicule les détracteurs amateurs du MAK et particulièrement du président du GPK. « C’est avec des hommes comme Ferhat Mehenni que nous avons réussi à crier notre douleur », tels sont les premiers mots du président du MAK à l’issue de son intervention d’aujourd’hui à Illoulen-Oumalou. « Pour émerger, dit ensuite l’orateur, certains Kabyles n’hésitent pas à dénigrer et à tenter de salir d’autres Kabyles.

Ferhat Mehenni n’a jamais volé, n’a jamais non plus failli. Ce n’est qu’après avoir compris que l’homme est inattaquable que les détracteurs de tous bords sont allés puiser dans le mensonge. Ils sont allés colporter que lors du boycott scolaire, Ferhat Mehenni a emmené ses enfants en France pour les y scolariser. Ces allégations sont fausses et sans fondement aucun. J’en ai les preuves ». Alors, le président du MAK, d’une voix sereine et pleine d’assurance, commence à relater les faits concernant la situation du président du GPK à cette époque tels qu’ils se sont déroulés exactement. Il commence par préciser qu’en date du 27 octobre 1994, il était à la salle Harcha (Alger) aux côtés de feu Améziane, l’aîné du président du GPK alors qu’à cette date, les détracteurs de Ferhat Mehenni prétendaient déjà qu’il (feu Améziane) était en France. A cette époque déjà, le président du GPK a essuyé plusieurs attentats. N’ayant pas le toucher, ses ennemis, tapis dans l’ombre, ont décidé de changer de stratégie : l’attaquer à son point le plus faible, à savoir s’en prendre aux membres de sa famille. Dès lors, M. Ferhat Mehenni, comme n’importe quel père de par le monde aurait fait, a décidé de mettre sa famille à l’abri. Cet abri en question n’était autre que la France. Le président du MAK dira que « même en France, Ferhat Mehenni n’a pas échappé aux criminels puisque n’ayant pu l’atteindre lui, ils ont réussi à cibler son fils ». Après ce témoignage saisissant où il était difficile de retenir la larme, le président du GPK axa son intervention sur un autre volet, à savoir celui portant sur les différents motifs justifiant la demande du peuple kabyle à demander son autonomie. L’orateur, comme d’habitude, rassura l’assistance des bienfaits qu’apportera l’autonomie de la Kabylie.

Ces explications sont également une réponse aux détracteurs de la famille du MAK qui, maladroitement, tentent de faire croire qu’il n’y aurait pas de perspectives économiques dans cette Kabylie autonome. M. Bouaziz Aït-Chebib a apporté des preuves scientifiques indiquant plutôt le contraire. S’agissant du développement de la langue et la culture kabyle, l’orateur a également prouvé, et ce, en se basant sur les affirmations de savants connus à l’échelle mondiale pour leur probité intellectuelle, que seul un Etat kabyle peut s’acquitter de sa mission. Toujours en réponse aux détracteurs qui tentent de développer la thèse selon laquelle le MAK cherche à diviser le pays, le Président du MAK a, encore prouvé, que c’est le pouvoir qui est le diviseur et « cette division est déjà de fait ». Comme exemple, M. Bouaziz Aït-Chebib reviendra sur les événements du Printemps Noir où « nous étions seuls à faire face à la
tragédie qui nous a frappés ». Ce passage sera aussi l’occasion à l’orateur de signaler que Rédha Malek, Taleb Ibrahimi, Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour, Abdelhamid Mehri n’ont pipé mot pendant que les enfants kabyles tombaient sous les balles explosives des gendarmes. « Et il est connu de tous et de par le monde que celui qui garde le silence devant un crime est aussi coupable que le criminel », précise le président du MAK.

Plus loin, M. Bouaziz Aït-Chebib abordera le thème concernant la sécurité. Ce sera l’occasion pour lui de parler « d’armée d’occupation » tant le nombre des militaires déployés en Kabylie est important sans pour autant que le citoyen kabyle se sente sécurisé. Les kidnappings, les vols, les actes terroristes et tant d’autres phénomènes de nature agressive en sont des preuves. « Personne ne peut se targuer de nous donner des leçons de nationalisme et de patriotisme ! », s’écrie le président du MAK qui ne manque pas de rappeler que la déclaration de Novembre 1954 a été faite à Ighil-Illoulen (Kabylie) et le congrès du 20 août 1956 a été tenu à la Soummam (Kabylie).

S’agissant de cette dimension de la citoyenneté amazighe, l’orateur dira encore avec véhémence : « Il n’est pas permis à quiconque d’être Amazigh ». Plus encore, le président du MAK s’attaquera à M. Abdelaziz Bouteflika, Ahmed Ouyahia et Khalida Toumi. Concernant le premier cité, le président du MAK dira de lui que le peuple kabyle ne le reconnaît pas comme étant son président de la république. Le second sera accusé de menteur et d’égoïste. Quant à la troisième, elle sera accusée de vendue et d’opportuniste. Bien sûr, l’orateur étalera les thèses sur lesquelles reposent ses accusations. Et en dernier, avant d’appeler au rejet des élections, le président du MAK lancera à son tour un appel en direction du FFS et du RCD pour tourner le dos à toute échéance électorale, et ce, jusqu’à la satisfaction de la demande du peuple kabyle et qui n’est autre que l’autonomie. Quand M. Bouaziz Aït-Chebib posa le micro, l’assistance, après des ovations, éclata : « Ulac l’vote Ulac ! », « Ulac l’vote Ulac ! », « (…) ».

Saïd Tissegouine

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