Carte d’identité kabyle : Le symbole d’un destin retrouvé

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COMMUNIQUE (Tamurt) – Le projet de création d’une carte d’identité kabyle a été abordé pour la première fois le 18 janvier 2009 lors de l’Assemblée générale du MAK-France.

A l’occasion de la fête de l’humanité qui a eu lieu le 12 Septembre 2009 à Paris, M. Ferhat Mehenni, alors président du MAK, a évoqué ce projet lors d’une conférence. Dans le riche débat qui s’en est suivi, beaucoup sont revenus sur le phénomène de la perte des référents identitaires du peuple kabyle qui a commencé sous le colonialisme français et s’est accentué dans l’Algérie arabo-musulmane et de la nécessité de les sauvegarder.

Les patronymes kabyles en sont un premier exemple. En effet, ces derniers ont une forme unique (At Winnat, Uwinnat, Iwinnaten…) et diffèrent de ceux que l’on porte officiellement. Ceux-ci ont été créés par les « bureaux arabes » installés par le colonialisme français dans le but de créer un état civil commun à tous les « indigènes », sans tenir compte de leurs spécificités linguistiques et culturelles.

Autre exemple : le découpage administratif kabyle. La Kabylie avait son propre système : la famille, le quartier (adrum), le village, l’aârch et la confédération. Ce système qui reflétait une organisation politique efficace de la Kabylie a été tout bonnement remplacé par celui de la France coloniale. En effet, le colonialisme avait tout intérêt à mettre fin à cette organisation pour empêcher toute tentative d’insurrection comme celle de 1871. C’est ce même système qui a été reconduit après la décolonisation de l’Algérie. Aujourd’hui, taddart (le village) n’a plus aucun statut politique et les termes Aârch et taqvilt sont méconnus des nouvelles générations et sont remplacés par la mairie (baladiya), la préfecture (daïra) et le département (wilaya). Ainsi un Kabyle des Ath Aâidel se dit aujourd’hui être de « la commune de Seddouk », celui qui est du Aârch Inezliwen se dit être de Draâ El Mizane. Sans parler des aârchs qui se trouvent aux limites de la Kabylie et qui sont annexés à des « wilayas » majoritairement arabophones (Setif, Bourdj Bouariridj, Jijel, Boumerdes) dans le but de diviser la Kabylie et accélérer son assimilation.

L’exemple par excellence reste la nationalité kabyle. L’on sait que les Kabyles, qui étaient souverains jusqu’à la colonisation française de 1857, partagent le même passé, la même culture, la même langue, les mêmes traditions, la même mémoire collective et forment ainsi une même communauté de destin, soit en termes politiques : un peuple et une nation. Cependant, les circonstances du début du 20ème siècle ont fait que la Kabylie a intégré le mouvement national algérien en taisant son identité pour rallier la majorité arabophone. Cette démarche avait sérieusement affecté le sentiment national kabyle. Un sentiment que nous commençons à reconquérir après l’ébranlement du « rêve algérien », essentiellement suite aux évènements de 2001.

C’est principalement pour ces raisons qu’une carte d’identité kabyle conservant par écrit ces référents identitaires importants devient une nécessité.

Le MAK a donc lancé un concours pour sa réalisation et toute personne ayant plus de 16 ans pouvait y prendre part. Les candidats devaient soumettre leurs modèles entre le 01/12/2009 et le 31/01/2010. Une trentaine de modèles ont été ainsi reçus par la commission d’organisation du concours et 17 d’entre eux ont été soumis au vote des internautes, qui devaient élire leur modèle préféré entre le 31/01/2010 et le 28/02/2010.

Le 1er juillet 2010 furent rendus publiques les 3 meilleurs modèles. Leurs auteurs sont : Ilelli et V.A-V – les vainqueurs qui ont préféré rester anonymes -, Mohand Hadj Amar en seconde position et Aghilès Touahri en troisième position. Des noms que l’histoire de la Kabylie retiendra.

La clôture de la 4ème université d’été du MAK, le 29 Juillet 2010, fut l’occasion de remettre les prix aux lauréats. Une somme de 1000€ à partager : 500€ pour le vainqueur, reçus symboliquement par Ahviv Mekdam, cadre du MAK, 300€ et 200€ respectivement pour Mohand Hadj Amar et Aghilès Touahri. Dans un acte de générosité et de militantisme, les deux premiers lauréats ont fait don de leurs chèques à la trésorerie du MAK.

Il est dit dans le communiqué du MAK que la réalisation et la mise en circulation de la carte d’identité kabyle relève désormais du Ministère des institutions et de l’administration du Gouvernement Provisoire Kabyle dont le délai et les modalités d’obtention vont être communiqués.