Célébration de Yennayer 2962 à Taguemount-Azzouz : un riche programme festif

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Sous l’impulsion de l’association culturelle Tizizwit, la population de Taguemount-Azzouz, daïra d’Ath-Douala, a célébré en grandes pompes, hier, la journée de Yennayer 2962 qui correspond naturellement à la date du I2 janvier 20I2.

Il faut avouer que l’événement a été marqué indiscutablement du sceau de l’authenticité. En effet, épithalames, antiennes, poèmes, citations et dixit, anecdotes, chants patriotiques, caravane, conférence, allocution à connotation politique, exposition d’objets artistiques authentiquement kabyles et documents historiques etc, ont été au menu de ce programme qui s’est étalé au long de toute la journée.

Le coup de starter pour la fête a été donné par les chérubins lequel a été traduit par une caravane pédestre autour du grand village de Taguemount-Azzouz. Habillés en tenue traditionnelle kabyle dont principalement le burnous incrusté de couleurs nationales kabyles en ce concerne les garçons et les robes et fodhas pour les filles, la troupe, en rangs impeccablement ordonnés, marchait sous les airs musicaux d’une troupe de troubadours. Une fois de retour au point de départ, c’est-à-dire au siège de l’association Tizizwit, ont droit à un thé au pain de différentes qualités, à savoir galette tendre (thamthount), galette dure (thahvoult), beignets (el khfaf) et (lemsemen ou aheddour). Une fois « la panse » bien remplie, les chérubins se sont retirés pour laisser place aux vielles femmes lesquelles ont réellement bercé l’assistance avec leurs épithalames et antiennes. Lors d’une pause, une autre met à profit ce temps pour chanter un poème ou raconter une anecdote ou dixit faisant partie du terroir kabyle. Il faut bien reconnaître que certaines de nos vielles femmes peuvent être de vraies « écoles ». En effet, ce qu’elles savent de certains symboles peut orienter facilement les chercheurs et universitaires sur certaines pistes menant vers la vérité historique d’un fait ou ayant trait à ce fait. D’ailleurs, les jeunes présents à cette représentation féminine dont la plus part sont universitaires n’ont pas manqué de prendre notes sur certains passages.

Il va sans dire aussi que les responsables et cadres du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK), à l’instar de MM : Bouaziz Aït-Chebib, Razik Zouaoui, Hacène Graïchi, Mohand Hachim n’ont pas raté ce rendez-vous instructif. D’ailleurs, plus tard le président du MAK interviendra pour souligner le grand mérite du peuple kabyle et sa capacité indiscutable à prendre en main sa destinée. Toutefois, l’intervention remarquable de M. Bouaziz Aït-Chebib se fera après la conférence animée par le professeur Kamel bouamara autour du thème « Yennayer ». Ce spécialiste de l’amazighité ayant le titre universitaire de « professeur » a donné une grande leçon pédagogique à l’assistance sur l’origine de yennager, sa symbolique et sa portée. La célébration de Yennayer selon le Pr Kamel Bouamara revêt une grande importance dès lors qu’« il fait partie de notre identité, notre culture et nos traditions et constitue le témoignage de notre histoire ». Par la même occasion, le conférencier rappellera que Yennayer est célébré dans toute Tamazgha ; donc pas seulement en Kabylie ».

L’origine de Yennayer : Selon le Pr Kamel Bouamara, Yennauer remonte aux temps les plus lointains, beaucoup plus loin avant le christianisme.
D’où vient le calendrier actuel des Amazighs ? D’après le conférencier, le calendrier actuel est établi par l’Académie Berbère laquelle est crée par feu Bessaoud Mohand Arab. Le fondateur de l’Académie Berbère et ses collaborateurs se sont basés sur l’année où le roi numide Chachnek a envahi l’Egypte, une partie de la Palestine actuelle et une autre d’Israël comme année de référence à l’établissement du calendrier berbère actuel. Dans le même ordre d’idée, le conférencier a expliqué que le premier calendrier solaire pris comme parallèle référencier était celui dit « Julien ». Cependant, pour sa non précision, le pape Grégoire Ier corrigea les lacunes relevées. C’était en I582. C’est pourquoi le calendrier universel actuel est celui dit « le calendrier grégorien ». Le Julien était relatif à Jules césar. Quant à l’apport berbère dans recherches les mises de fondations de ce qui est appelé communément « la civilisation romaine », le Pr Kamel Bouamara affirme avec véhémence qu’il n’était pas des moindres. Apulée, Saint-Augustin et tant d’autres scientifiques berbères ont apporté beaucoup à la civilisation romaine. Même l’écriture de la Bible, faite la première fois en latin, a été l’œuvre d’un savant amazigh. Le conférencier explique qu’à l’époque du prophète Jésus Christ, on parlait l’araméen en Palestine, sa région natale. « Donc, le Jésus Christ, parlait l’araméen qui est une langue qui ressemble à la fois à l’hébreu et l’arabe. Mais point de latin. C’est pourquoi, le conférencier a catégoriquement rejeté les concepts d’invasion et de colonisation de la Numidie par Rome. A partir de raisonnement, le conférencier arrive à « démontrer » que l’emprunt de Tamazight au latin était des plus naturels. Revenant sur le principe selon lequel l’existence de la grande civilisation amazighe ne relève pas de l’imagination, le Pr Bouamara signale que le premier roman dans le monde a été écrit par un romancier amazigh, Apulée en l’occurrence. Plus tard, le conférencier rappellera à l’assistance que les Romains n’ont jamais dépassé le territoire de Djelfa lors de leur présence en Numidie, particulièrement en Algérie actuelle d’où sa conclusion sur ce chapitre précis : la civilisation dite « romaine » était en réalité la civilisation berbéro-romaine. C’est à partir de cette succession de principes basiques que le Pr Kamel Bouamara justifie les appellations des mois constituant l’année, à savoir de janvier à décembre, sont d’origine et à connotation latine. Poursuivant sa communication, le conférencier dira également que lors de l’arrivée de l’islam en Numidie, ce sont les Amazighs qui l’ont propagé aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. L’islam en Espagne est l’œuvre des Fatimides et El-Moravides qui des dynasties berbères. C’est également sous l’influence de l’islam que la langue arabe qui est par essence langue de l’islam s’ancra dans les esprits des Amazighs. De nos jours encore, le calendrier musulman au féminin est de rigueur. « Dans leurs calculs, expliquera le conférencier, nos vielles femmes utilisent le calendrier musulman ». Le professeur Kamel Bouamara citera encore une multitude de faits et de références ayant trait à la civilisation berbère dont Yennayer lequel a été établi par références agraires. Et pour conclure, l’auteur de la communication sur Yennayer a averti que si les Kabyles continuent à s’affirmer par l’identité des autres, ils finiront par disparaître. C’est à ce moment que le président du MAK, M. Bouaziz Aït-Chebib, prend le micro pour prononcer un discours avec une connotation politique. L’homme ne manquera pas de rappeler l’histoire du peuple kabyle à travers le temps conclure qu’aujourd’hui, seule l’autonomie de la Kabylie constitue la solution idoine ». Pris par son élan, l’orateur fustigera Abdelaziz Bouteflika et Ahmed Ouyahia et criera à la foule, fort nombreuse et compacte à ce moment-là, que la solution est désormais entre les mains du peuple kabyle. Le président du MAK se voit souvent obligé d’arrêter sa phrase en plein milieu tant les ovations l’exigent. Faut-t-il s’en étonner ? Assurément non/ Taguemount-Azzouz, à l’instar de tous les villages et toutes communes de la Kabylie militent depuis juin 200I en faveur de la Kabylie.

Par Said Tissegouine