Chérif Kheddam enterré hier dans son village natal

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En dépit d’un service d’ordre impeccable assuré bénévolement par la jeunesse de Boumassaoud, il était difficile pour tout un chacun de se frayer un chemin jusqu’à la maison mortuaire où était exposé dans son cercueil le défunt.

Rien que pour arriver au village, il fallait faire plusieurs kilomètres à pied. Les files de voitures en stationnement se sont étalées également sur une distance de plusieurs kilomètres. A croire effectivement que tous les Kabyles et tous les Algériens se sont retrouvés à Boumassaoud.

En ce qui concerne le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK), il va sans dire qu’elle s’y était rendue massivement pour accomplir ses obligations morales. Parmi les responsables, nous pouvons citer MM. Bouaziz Aït-Chebib, Razik Zouaoui, Moussa Aït-Amara, Karim Rahmane et le Dr Mehdaoui. Les couleurs kabyles ont vivement flotté à Boumassaoud.

Bien sûr, les partis politiques n’ont pas manqué non plus de rendre hommage au génie du luth. C’est le cas effectivement du Front de Libération Nationale (FLN), le Rassemblement National Démocratique (RND), le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), le Front des Forces Socialistes (FFS) et tant d’autres. Il était impossible d’identifier toutes les personnalités politiques et culturelles présentes sur les lieux. Cependant, du côté du parti du Dr Saïd Sadi, nous avons pu remarquer la présence du Président de l’APW de Tizi-Ouzou, M. Mahfoud Belabbès, le sénateur Mohamed Ikherbane et la député Leïla Hadj-Arab. Le président de l’APW a même accepté de poser.info. La présence du FFS au village natal du défunt était même officielle. En effet, une délégation conduite par MM Youcef Sahli, Secrétaire National chargé de la Solidarité et Chérif Aït-Ahmed, cadre du parti, devait présenter ses condoléances aux noms du président du parti, M. Hocine Aït-Ahmed et du premier secrétaire, M. Ali Laskri.

Parmi les autres personnalités nationales, nous pouvons citer la présence du wali de Tizi-Ouzou, le secrétaire général de l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA), M. Madjid Sidi-Saïd, des officiers supérieurs de l’ANP, de la police et de la gendarmerie nationale.

Parmi la famille artistique, nous pouvons citer des noms tels que Moh-Saïd Fahem, Boudjemaâ Agraw, Moh Oubélaïd, Abdennour Ammour, Akli Yahiatène, le chérubin Djafer etc.

Nous réitérons que plusieurs autres personnalités du monde politique, artistique et autres étaient présentes à l’enterrement de Chérif Kheddam mais qui ont échappé à notre regard tant les lieux étaient envahis par une véritable marée humaine. Faut-il s’en étonner ? Bien sûr que non.

Chérif Kheddam était un monument. De son vivant même, il était une légende. Le président du MAK, M. Bouaziz Aït-Chebib, dira à son sujet : “Dda Chérif, de la même manière qu’il a modernisé notre musique, il a révolutionné la pensée kabyle en traitant dans ses œuvres dès la fin des années I950 des thèmes avant-gardistes tels que les droits et l’émancipation de la femme, la protection de l’environnement, notre identité millénaire, la lutte contre l’obscurantisme et l’archaïsme. Dda Chérif était en avance par rapport à son époque ; voire même à la nôtre. Il reste et restera pour nous un repère et une référence, une source d’inspiration pour notre combat présent et future. C’est vraiment une grande perte pour la culture universelle en général et particulièrement la Kabylie. Nonobstant les maintes tentatives de récupération par le régime d’Alger de sa dimension à des fins idéologiques reposant sur l’arobo-islamisme, Dda Chérif est resté fidèle aux causes justes. Aussi, en ce jour de son enterrement, le peuple kabyle lui rend un hommage à la mesure de sa grandeur” .

Oui, il n’est que vrai que feu Chérif Kheddam, tout au long de sa vie, était reste probe. Par ailleurs, dans les moments les plus difficiles qu’a traversé l’Algérie, à savoir durant les grandes années de feu, l’artiste a choisi son camp, et ce périple de sa vie. En effet, au moment où la guerre faisait rage, feu Chérif Kheddam a composé une chanson en hommage et en guise d’encouragement aux vaillants éléments de l’ALN.

A l’indépendance, l’artiste a plaidé les bonnes causes mais jamais fait le moindre dithyrambe aux nouveaux maîtres d’Alger, contrairement à certains, car ils ont trahi la révolution.

Sur le plan purement artistique, en sus de la verve poétique, feu Chérif Kheddam a su donner à ses chansons un cachet spécial par l’apport de sa musique. Sa façon de jouer du luth a subjugué même les mélomanes occidentaux. Feu Georges Brassens était et demeure la fierté des Français et feu Chérif Kheddam était et sera pour toujours la fierté des Kabyles.