CNDC : Repli sur la Kabylie

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Tizi-Ouzou favorable à l’appel de la CNCD

De Tizi-Ouzou, par Saïd Tissegouine

Le cortège de manifestants, divisé intelligemment en plusieurs carrés et lesquels étaient espacés de plusieurs mètres l’un de l’autre, a eu comme point de départ le carrefour du 20 Avril et comme point d’arrivée la place de l’Ex-Mairie. Notons cependant que le début de la manifestation a été programmé initialement pour 10 heures mais finalement n’a commencé qu’une heure plus tard, soit avec une heure de retard.

S’agissant de slogans mentionnés sur les banderoles et chantés en chœur par les marcheurs, ils sont multiples et d’une extrême dureté. « Bouteflika – Tewfik, Berra, Out ! », « Bouteflika, Ouyahia, Houkouma irhabia/ (Bouteflika, Ouyahia, gouvernement terroriste ! », « Tewfik, dégage ! », « Le peuple veut la chute du système », « 155 milliards » (allusion au montant de I55 milliards de dollars de réserve de change). Même le directeur de la maison de la culture Mouloud Mammeri, en l’occurrence Mr Ould-Ali El-Hadi n’a pas échappé à la colère des manifestants. En effet, une fois arrivés devant cette institution culturelle, les marcheurs ont marqué une longue halte et proféré des slogans aux couleurs menaçantes à l’endroit de son premier responsable. Certains organes de presse et leurs représentants n’ont pas échappé eux aussi à la colère des manifestants. C’est le cas de l’équipe de l’ENTV, d’Echerrouk et Ennahar. Il n’est pas erroné de noter que l’équipe de l’ENTV a passé un très mauvais moment. Non seulement, les malheureux reporters et leurs camarades techniciens ont été empêchés d’assurer la couverture médiatique de l’événement mais ont été sommés de quitter les lieux de la manifestation sans ménagement. Cette scène où il y a eu plus de peur que de mal a eu pour théâtre le portail de l’université. Concernant les titres arabophones Echourrouk et Ennahar, le geste signifiant qu’ils sont « indésirables » a été marqué d’une autre façon. Cela s’est produit devant la maison de la culture. Deux manifestants, grimpés sur un mur et l’un tenant enroulé dans sa main le journal Echourrouk et l’autre Ennahar, les ont carrément brûlés, et ce, sous les cris de joie et d’encouragement des autres manifestants. Pourquoi donc cette hostilité à l’endroit de ces trois médias ? Il leur est reproché de faire dans la partialité dans le traitement de l’information et, surtout, d’être « favorables à la politique dictatoriale d’Abdelaziz Bouteflika ». Cependant, nous devons réitérer que si les représentants de ces trois titres, notamment l’équipe de l’ENTV, n’ont pas pu jouir de la sympathie des manifestants, ils n’ont pas été non plus agressés physiquement. Hormis donc ces anicroches, la marche s’est déroulée dans de bonnes conditions

Signalons enfin que c’est la famille du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) et ses sympathisants qui ont dans la réalité initié et exécuté cette manifestation même si officiellement la paternité revient à la CNCD, section de Tizi-Ouzou. Autrement dit, ce sont les citoyens et les politiques kabyles qui se sont mobilisés ce matin à Tizi-Ouzou. Et pour preuve, les personnalités nationales ayant pris part à cette manifestation appartiennent au parti de Said Saâdi. C’est le cas effectivement du sénateur Mohamed Ikherbane, des députés Leïla Hadj Arab, Hakim Saheb, Achour Imazatène, Boussad Boudiaf, Nourrdine Aït-Hamouda quoi que nous nous n’avons remarqué la présence de celui-ci qu’au niveau du carrefour du 20 Avril. Pour le commun des mortels, cela n’a rien d’étonnant. D’ailleurs, même à Alger, les manifestants acharnés et motivés par le changement du système sont les éléments du RCD. Les autres, pusillanimes et peu engagés, n’ont été, de toutes les manifestations organisés jusque-là, que de simples figurants. Faut-il s’en étonner ? Assurément non. les kabyles, contrairement aux autres visiblement, ont toujours exprimé leur attachement à la démocratie, la liberté et la dignité.

La CNCD- Partis politiques- à Bougie (Béjaia)
Par Meziane.T

Des centaines de personnes ont répondu à l’appel de la CNCD- partis politiques, pour une marche ce 19 mars à Bougie (Béjaia). La marche qui se voulait pour le « changement du système et non dans le système », s’est ébranlée vers 11 heure de l’esplanade de la maison de la culture pour se diriger vers Radio Soummam considérée par les Kabyles comme un instrument de propagande du régime. Sous les cris « le peuple veut la chute du régime » ou « Ouyahiha, Bouteflika, gouvernement terroriste », les marcheurs ont brandi des banderoles où on peut lire « on ne veut pas être un ¾ de citoyen » ou « Bouteflika et El gueddafi, même combat ».

Devant le siège de Radio Soummam, un rassemblement a été improvisé et une minute de silence a été observée à la mémoire de tous les martyres de la démocratie en Algérie. Sous le regard de quelques policiers postés devant l’entrée du siège de la radio, une déclaration a été lue par un membre de la CNCD- partis politiques.

«Les tenants du pouvoir, qui ont usé de la répression et de la violence contre les jeunes et qui ont mené le pays à la faillite morale et politique, doivent savoir que notre combat aboutira et que les Algériennes et les Algériens se souviendront d’eux comme des exemples de déshonneur », notent les rédacteurs de la déclaration.

Après la lecture de la déclaration, les marcheurs se sont dispersés dans le calme.

Addenda: Lors de la marche de Tizi-Ouzou, les agents de renseignements des différents corps des services de sécurité ont été fortement mobilisés. Toutefois, il est impossible de déterminer leur nombre exact. Si les éléments des R.G de la police, à savoir ceux dont les visages sont connus du monde de la presse, ont tous été remarqués à l’occasion de cette marche, ce n’est pas le cas des autres, notamment ces « gentlemen » du DRS. Ceux-ci, fidèles à leurs méthodes traditionnelles, à savoir la discrétion, ne se sont pas fait remarquer.

Il n’en demeure pas moins que rien ne leur a échappé. En ce qui nous concerne, nous avons pu remarquer, et cela plus que d’habitude, plusieurs individus à l’allure et à l’accoutrement de paysans et d’ouvriers de bâtiment présents dans la marche. Ce qui trahit « ces paysans » et ces « ouvriers de bâtiment » sont leurs mains, la peau de leurs visages et, surtout, leurs regards et les traits de leurs bouches. Un paysan et un ouvrier de bâtiment ont le visage buriné par le soleil et les mains dures et rugueuses à force de manier la faucille, la cognée, le marteau et tant d’outils durs à manier. Les « paysans et ouvriers de bâtiment » remarqués ce matin à la manifestation avaient le torse bombé, l’allure svelte et athlétique, des mains habituées au maniement du stylo et le regard inexpressif.

Par ailleurs, les paysans et ouvriers de bâtiment authentiques ont l’habitude d’accrocher autre chose qu’un talkie-walkie à leurs ceintures et du côté de la hanche. Par ailleurs, chez les paysans et les ouvriers de bâtiment authentiques, on entend souvent des soupirs et des haleines de fatigue et non des grésillements d’appareils électroniques de communication. En définitive, la manifestation initiée aujourd’hui par la CNCD, section de Tizi-Ouzou a été suivie de très près par le pouvoir.