“Colloque scientifique” autour de Moahmmed Dib à Tizi-Ouzou : Même mort, Dib attire les charognards

6

CULTURE (Tamurt) – C’est le cas de feu Mohamed Dib. Motivés par le besoin de se faire une grosse galette, encore une fois, avec l’argent du contribuable, la ministre algérienne, Madame Khalida Toumi, qui n’est rien de plus qu’un petit instrument entre les mains de l’Administration Centrale d’Alger, et ses petits laquais de la wilaya de Tizi-Ouzou, ont décidé d’organiser ce qu’ils appellent « un colloque scientifique » à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou sur l’auteur de ” La Grande Maison” (Mohamed Dib ndlr).

Avant d’être une arnaque intellectuelle, ce pseudo-rendez-vous scientifique est d’abord une arnaque financière. Comment peut-il sinon être autre chose dès lors que c’est la petite salle de la maison de la culture, faite pour abriter des conférences de presse, qui a été retenue pour abriter le colloque sur l’un des géants de la littérature de la Numidie ? Pire encore, seuls quelques sièges, même pas une dizaine, ont été occupés par des fessiers pendant le temps où les conférencières ont péroré comme de vulgaires concierges. Comment ne pas soupçonner une escroquerie quand un rendez-vous scientifique sur un homme d’une dimension universelle et ayant fui le régime dictatorial est organisé en commun par la direction de la culture de la wilaya de Tizi-Ouzou, l’association culturelle Si Muh U Mhand et l’association culturelle de la Grande Maison de Tlemcen, et ce, en collaboration avec les universités de Tizi-Ouzou, Tlemcen, Alger et Bouzaréah, l’Ecole régionale des Beaux-Arts d’Azazga, les Editions « Multi-Livres » de l’entreprise Cheikh et de l’entreprise Nationale des Arts Graphiques « ENAG » et les associations culturelles « Le Grain Magique » de la commune de Draâ Ben Khedda, Enseignants de Français du cycle moyen “Passion d’enseignants ” de la commune de Tizi-Ouzou, ” les Anciens scouts et amis de scouts de la ville de Tizi-Ouzou ” de la commune de Tizi-Ouzou et ” Djurdjura ” pour la sauvegarde du Patrimoine et de l’Authenticité de la wilaya de Tizi-Ouzou. Une armada d’organisateurs et de collaborateurs pour réunir moins d’une dizaine de personnes au colloque. Quelle tristesse !

Si réellement, l’Administration Centrale d’Alger nourrissait la volonté de réhabiliter le grand Mohamed Dib, elle aurait chargé le ministère de l’université et de la recherche scientifique d’organiser ce colloque. Et celui-ci aurait été tenu à l’université et serait d’une dimension internationale. De la sorte, les différentes communications auraient été écoutées par des oreilles et des esprits compétents et dignes de la littérature et la personnalité de feu Mohamed Dib.

En attendant que le « toumisme » et autre « ouldalisme » cèdent le pas devant la science, la rationalité et l’honnêteté intellectuelle, nous conseillons à nos lecteurs, soucieux de connaître la vie et l’œuvre de DIB, de se rapprocher de quelques honnêtetés universitaires ou des maisons d’éditions telles le Seuil, Albin Michel, Sindbad, etc. Car la vie de Mohamed Dib à elle seule est digne d’être l’objet d’une thèse de doctorat. Que dire alors de sa pensée et de ses préoccupations intellectuelles et politiques ?

Addenda: Biographie sommaire de Mohamed Dib:

Mohamed Dib est né le 2I juillet I92O à Tlemcen au sein d’une grande famille qui a subi la ruine. Il commence ses études à Tlemcen et les poursuit à Oudjda (Maroc). A l’âge de onze ans, le petit Mohamed perd son paternel. Dès l’adolescence, le futur grand écrivain manifeste des signes pour l’écriture et l’art. En effet, c’est à l’âge de I4 ans qu’il commence à rédiger ses premiers poèmes et à peindre ses premiers tableaux. Sa rencontre avec un instituteur français, un certain Roger Bellissant, sera déterminante pour son avenir littéraire. A l’âge de I8 ans et pendant deux ans, Mohamed Dib enseignera au petit village Zoudj Bghel, limitrophe avec le Maroc.

Son premier recueil de poèmes est publié en I946 dans la revue « Les Lettres » publiée à Genève (Suisse). En I946, Mohamed Dib fait la connaissance d’Albert Camus, Jean Cayrol, Louis Guilloux, Jean Sénac, et Brice Parain à l’occasion d’une rencontre littéraire, organisée par les Mouvements de Jeunesse et d’Education à Sidi Madani, une bourgade se trouvant près de Blida. Etant proche et sensible au milieu paysan, le futur auteur de l’Incendie devient syndicaliste agricole et c’est dans le cadre du syndicalisme qu’il effectue son premier voyage en France dite “métropolitaine”.

Entre I950 et I952, Mohamed Dib travaille à Alger Républicain et a comme collègue l’auteur de “Nedjma”, Kateb Yacine. Pendant cette même période, il collabore également au journal communiste « Liberté ». Et après ses activités professionnelles qui exigent pourtant de lui beaucoup de temps et d’énergie, le futur grand écrivain trouve le moyen de lire. Il lit même beaucoup. En effet, en sus de la littérature française, Dib découvre les auteurs américains, italiens, russes et tant d’autres. Après avoir quitté Alger Républicain, Mohamed Dib, déjà marié depuis un an , voyage à nouveau en France . Au cours de la même année, il publie le célèbre roman “La Grande maison” aux éditions le Seuil. Le cadre de son univers romanesque est naturellement le monde rural avec sa misère criarde. Deux années plus tard, parait “l’Incendie” et en I957, paraît encore “le Métier à Tisser”. Les deux romans forment les suites du premier, donc l’ensemble forme une trilogie.

Avec l’écriture de “l’Eté africain”, Mohamed Dib affiche clairement sa tendance politique, à savoir l’indépendance de l’Algérie, d’où ses grands ennuis avec les autorités coloniales. Albert Camus, André Malraux et Jean Cayrol, usant de leur statut, interviennent en faveur de Dib auprès des autorités françaises pour l’aider à s’installer en France. Il s’établit alors à Mougins dans les Alpes-Maritimes. Dès lors, il effectue des voyages dans les pays de l’est où les doctrines de Marx et Lénine semblent être appliquées. En I964, Dib choisit de s’installer à Paris. Algérie avec son régime pire que celui de la France coloniale ne l’intéresse pas. En I967, Dib déménage encore et cette fois-ci choisit un coin près de Versailles.

Au début de la décennie I970, Dib, de plus en plus déçu par le régime d’Alger, dénonce l’injustice dans “Dieu en Barbarie” et “le Maître de chasse”. En I974, l’envie d’enseigner reprend Dib et cette fois-ci, il choisit l’université de Los Angeles (Californie). Et même temps, il est pris par l’envie de découvrir l’un des pays des Vikings, à savoir la Finlande. Il s’y rend à plusieurs reprises et collabore avec un certain Guillevic pour la traduction d’écrivains finlandais. Ses séjours américain et finlandais lui inspirent beaucoup de sujets d’écriture. Au début de la décennie I980, Dib devient « professeur associé » au Centre international d’études francophones de la Sorbonne.

Le 2 mai 2003, Mohamed Dib, l’homme qui a écrit plus d’une trentaine de romans, essais et nouvelles, s’éteint près de Paris. L’écrivain est parti presque dans l’indifférence de ceux et celles qu’il a défendus à grands coups de plume. Aujourd’hui encore, beaucoup de jeunes kabyles et algériens n’ont jamais lu un livre de Mohamed Dib. L’Administration Centrale d’Alger a tout fait pour que Mohamed Dib reste méconnu dans son pays natal. Mais paradoxe : elle utilise son nom pour nourrir des charognards aux appétits insatiables.