Colloque sur Tahar Djaout à Tizi-Ouzou : « L’homme a fait son entrée dans le journalisme pour rester littéraire »

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CULTURE (Tamurt) – Notons d’emblée que cette rencontre de 05 jours dont le coup d’envoi a été donné, hier mardi, a été organisée par l’association Tussna à l’occasion du 17e anniversaire de la disparition tragique du journaliste et écrivain, auteur du célèbre article journalistique dont le titre est resté une maxime « la famille qui avance et la famille qui recule ».

Pour revenir à l’intervention remarquable du conférencier qui, doit-on rappeler, a inscrit en lettres d’or son nom dans le monde journalistique a levé un voile important sur la vie et les ambitions du défunt.

Selon Abdelkrim Djaâd, feu Tahar Djaout était beaucoup plus écrivain que journaliste dès lors que le journalisme n’était pour lui qu’un gagne-pain et, surtout, lui permettait de rester littéraire. « Si Tahar, révèle le conférencier, avait d’autres ressources lui permettant de vivre, il ne serait qu’écrivain ».

Concernant la relation de feux Mouloud Mammeri et Tahar Djaout, le conférencier a affirmé qu’elle était celle d’un père à un fils dès lors que non seulement le second (Tahar Djaout) était l’élève du premier, mais il partageait aussi la même vision des choses notamment la question de l’identité. « Tahar Djaout a décidé de s’impliquer dans le combat pour la revendication de l’identité amazigh dès le mois d’avril 1980, soit au moment où la conférence que devait animer Mouloud Mammeri à Tizi-Ouzou fut frappée d’interdiction par les autorités », souligne Abdelkrim Djaâd.

Toujours au chapitre de révélations, l’invité de Tussna a déclaré que lui-même et le défunt Tahar Djaout ont fait leur entrée en 1991 au sein du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), mais très vite ont compris que l’espace politique était trop restreint pour un esprit libre de pensée d’où leur décision de se retirer afin de créer le journal Rupture.

Quant à la question de savoir pourquoi l’écrivain Tahar Ouettar n’était pas en bons termes avec Tahar Djaout, Abdelkrim Djaâd apprend à l’assistance qu’une fois Tahar Djaout a écrit que Tahar Ouettar n’était pas un bon écrivain d’où la rancune de celui-ci. Abdelkrim Djaâd n’a pas ménagé également Yasmina Khadra qu’il a accusé de vouloir asseoir sa réputation et sa notoriété sur le dos d’un mort (suite à la parution dans notre confrère Liberté de l’article de Yasmina Khadra sur Tahar Djaout NDLR). « Aussi, j’ai décidé de répondre à celui-ci sur les mêmes colonnes du journal », souligne le conférencier visiblement choqué par l’attitude de l’écrivain exilé.

S’agissant de connaître à qui pouvait profiter le crime de son défunt compagnon, Abdelkrim Djaâd a répondu que dans tous les cas où il y a des de sales affaires c’est toujours le pouvoir en place qui en profite. Toutefois, le conférencier n’est pas allé jusqu’à désigner la partie directe qu’il soupçonne d’être l’instigatrice de l’assassinat de son compagnon.

Notons enfin que le conférencier a fait apprendre une multitude d’autres faits et anecdotes relatifs à Tahar Djaout par exemple sa grande difficulté à faire la marche arrière avec sa voiture.
S.T

Addenda :

Le journaliste et écrivain Tahar Djaout est né le11 janvier 1953 Azzeffoun (Tizi-Ouzou)

et mort assassiné le 26 mai 1993 à Alger. Parmi sa production littéraire, notons Solstice barbelé, l’Arche à vau-l’eau, l’Oiseau minéral, Insulaire et cie, l’Exproprié, l’Étreinte du sablier, les Rets de l’Oiseleur, les Chercheurs d’os, les Mots migrateurs, l’Invention du désert, Mouloud Mammeri (entretien réalisé à Paris en 1987) et les Vigiles. En dernier lieu, nous devons souligner par exigence de l’honnêteté intellectuelle que la plus part des gens parlant assez souvent Tahar Djaout n’ont entendu parler de lui qu’à après son assassinat. Quant à son œuvre, elle n’est encore connue que des universitaires.

S.T