Commémoration du 17 octobre : Saint-Michel aux couleurs de la Kabylie

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PARIS (Tamurt) – Une foule compacte a répondu à l’appel, lancé il y a quelques jours, du Collectif des Kabyles de France, pour commémorer les tragiques événements du 17 octobre 1961, et ainsi rendre hommage aux centaines de kabyles morts ce jour là, jetés à la Seine par la police française, sous les ordres de Maurice Papon.

C’est vers 14h que les gens commencent à affluer à la fontaine St Michel, lieu du rendez-vous. Au fur et à mesure que les minutes passent la foule grossit et les drapeaux kabyles envahissent les lieux. Il est à noter que c’est la première fois, depuis l’indépendance de l’Algérie que les kabyles morts en cette triste journée historique sont honorés par les leurs, loin de la récupération officielle des pouvoirs publics algériens. Le MAK (Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie) a déjà rendu hommage aux victimes kabyles du 8 Mai 1945, à Aubervilliers, en compagnie du maire de la ville.

A 15h30 la petite place touristique s’avère exigüe pour contenir les groupes qui sortaient des bouches du Métro parisien, devant des touristes ravis de voir ces couleurs fluorescentes qui, d’un seul coup, occupe l’espace. Il est temps de traverser la chaussée et se recueillir sur la plaque commémorative des événements, installée par la mairie de Paris sur un mur du pont St Michel.

Arezki Bakir, porte-parole du collectif, prend la parole, une fois sur le pont, pour rappeler l’objectif de cette action : « Nous sommes là pour rendre hommage à nos ainés morts pour une Algérie libre, démocratique et sociale, et non cette Algérie négatrice et corrompue…C’est dans le sillage de ce sacrifice suprême que les Kabyles de France honorent la mémoire de ces martyrs kabyles niés et trahis par les dirigeants de l’Algérie indépendante » clame M. Bakir. L’orateur a insisté sur la spécificité kabyle que les autorités françaises doivent prendre en considération, spécificité identitaire et surtout laïque et respectueuse des valeurs de la République.

Une forte délégation du gouvernement Kabyle a assisté à cette chaleureuse célébration. Ferhat Mehenni, président de l’G.P.K., à la tête du cortège, a pris la parole pour affirmer, encore une fois, la volonté et la détermination de son gouvernement à faire valoir le droit du peuple Kabyle à la reconnaissance et surtout à la liberté : « En 1961, la police française, sous les ordres de Maurice Papon, a jeté des kabyles à la Seine, en 2001, l’État algérien né suite à ces sacrifices a tiré sur leurs petits enfants » clame le président qui enchaine « il n’y a qu’un État Kabyle qui pourrait honorer ces martyrs et protéger les enfants kabyles contre les assauts militaristes algériens et les visées islamistes ». Ferhat Mehenni a lancé un appel à tous les kabyles à rejoindre le MAK, et soutenir l’G.P.K. afin que le peuple Kabyle, fier de son histoire et de ses martyrs, maitrise son destin. Le leader autonomiste n’a pas oublié d’exhorter la France à reconsidérer ses rapports avec l’Algérie, en faisant valoir le droit de ses peuples à l’auto-détermination.

Une fillette a lu la biographie de la jeune victime Fatima Bédar, originaire de Bougie, retrouvée, elle aussi, dans les écluses de la Seine. Des youyous éclatent suite au dépôt de la gerbe de fleurs, au nom des Kabyles de France, et le pont St Michel raisonne aux cris de « Kabylie autonome ».

À la fin de la manifestation, vers 17h, des personnes proches de l’ambassade d’Algérie, et des relais du pouvoir algérien, ont essayé de provoquer un chahut. Mouloud Aounit, président du MRAP a été pris à partie par des présents pour son antikabylisme primaire. La vigilance des militants kabyles a pris le dessus et l’évènement s’est achevé dans le calme.