Composante de l’Académie de Tamazight : Un casse-tête pour le pouvoir algérien

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Académie de langue amazighe
Académie de langue amazighe

TAMAZGHA (Tamurt) – La vraie raison du grand retard qu’accuse la mise en place officielle de l’académie algérienne de langue tamazight a trait à la nature et au profil de ses membres. C’est le choix des 50 personnes qui vont siéger dans cette académie qui pose réellement problème aux décideurs algériens. Aucune autre raison ne s’y oppose par ailleurs. Le pouvoir algérien veut créer au plus vite cette institution afin de faire croire que le problème identitaire est définitivement réglé en Algérie.

Mais la composante reste l’obstacle principal. Ainsi, le premier élément qui s’impose dans ce choix, c’est le profil du président de cette institution. Le pouvoir a voulu placer un kabyle de service mais un tel choix s’avère fatal car, c’est la meilleure manière de prouver que le système veut seulement noyer le problème. Un Abderrezak Dourari à la tête de l’Académie de Tamazight signifie que cette dernière sera un mort-né, pire que le Haut Commissariat à l’Amazighité. Le pouvoir va alors à la recherche d’une autre personnalité qui aurait à la fois un pied dans le système et un autre dans la mouvance militante. Ce n’est pas difficile d’en trouver comme tout le monde le sait mais le pouvoir algérien tergiverse encore sur ce point car les réactions de la Kabylie sont toujours imprévisibles et un profil de président mal calculé pourrait aboutir tout simplement à un discrédit de cette académie de la langue amazighe.

Une absence de crédibilité qui pourrait même aboutir à un boycott, à l’unanimité, de toutes ses recommandations et décisions par la population de Kabylie. Par exemple, si l’académie décidait, par malheur, que la transcription de la langue tamazight devrait se faire en caractères arabes, cette académie signerait son acte de mort car la Kabylie tout entière ne se soumettra jamais à un tel choix. L’autre obstacle, c’est la répartition des sièges par variantes. Sur les 50 sièges, combien en seront attribués aux universitaires kabyles, chaoui, mozabite targui, etc. Dans la logique des choses, ce sont les universitaires kabyles qui obtiendront la majorité.

Car c’est tout simplement en kabyle que la recherche universitaire est très avancée. Mais un tel choix pose un double problème au pouvoir. D’abord, il va démontrer qu’il n’y a qu’en Kabylie que l’intérêt est porté sur la langue et culture amazighe. Ensuite, attribuer la majorité des sièges aux kabyles fera réagir négativement les autres et surtout les politiciens conservateurs qui sont aux aguets. Ce sont là quelques éléments qui composent le casse-tête de l’académie de langue tamazight. Ils expliquent aussi pourquoi depuis 2016, cette académie tant médiatisée, n’a pas encore vu le jour.

Tahar Khellaf