Conférence de lyazid Abid à Lausanne sur le 20 avril 1980 : « C’est grâce aux Kabyles que l’Algérie est indépendante »

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LAUSANNE (Tamurt) – Juste après Johannesburg, Afrique du Sud, Lyazid abid s’est rendu en Suisse, à Lausanne, samedi soir pour animer une conférence sur le 20 avril 1980, à l’invitation de l’association des Kabyles de Suisse (AKS). L’orateur a entamé son intervention par dénoncer la repression qu’Alger fait subir aux Kabyles particulierement lors de la récente marche du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) à Tizi-Ouzou, le 20 avril dernier. Il dira « D’un coté le pouvoir algérien reconduit un président grabataire pour un 4e mandat, d’un autre coté, il réprime violemment les jeunes kabyles lors des marches pacifistes du 20 avril (printemps amazigh) en Kabylie ».

Fait grave, dira t-il, le pouvoir précède cette répression par un acte “ terroriste“ le 19 avril. Un acte teleguidé des bureaux de l’armée à partir des hauteurs d’Alger « des dizaines de militaires sont assassinés en haute Kabylie par des terroristes islamistes », rappellera Lyazid Abid devant une assistance très nombreuse.

Par la suite le représentant du Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK) est revenu en détail sur l’histoire du printemps berbère. « le 20 avril est un repère incontournable dans l’histoire de la Kabylie. Tout a commencé, le 10 mars 1980, lorsque le pouvoir algérien interdit à l’illustre écrivain et anthropologue kabyle, Mouloud Mammeri, d’animer une conférence à l’université de Tizi Ouzou sur “La poésie kabyle ancienne“. Parler de la poésie kabyle, évoquer la force de la culture kabyle et amazighe avaient suffi pour ébranler les fondements de la nation algérienne. Cette “dangereuse“ conférence devait être interdite par tous les moyens.

Quelques semaines plus tard, le 20 avril 1980, toute la Kabylie se retrouva dans la rue pour revendiquer le respect de la culture amazighe et la démocratie pour toute l’Algérie. Depuis, chaque 20 avril, les Kabyles rappellent au pouvoir algérien par des marches pacifiques qu’ils ne renoncent pas à leur identité et à leur liberté », expliqua Lyazid Abid.

Il rappela que l’origine de cette confrontation entre la Kabylie et le pouvoir algérien se situe tout au début du mouvement nationaliste algérien, l’orateur fustigea l’histoire officielle algérienne et ses complices : “grâce au larbinisme de certains intellectuels français et à la violence de l’État algérien, Messali Hadj est faussement considéré comme le père du nationalisme algérien.“

il est revenu aussi sur une autre période douloureuse que les kabyles ont vécu au début des années 2000, une façon pour le responsable du Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK) d’évoquer la décision salutaire des militants kabyles de sortir de l’impasse algérienne et d’aller vers l’autonomie de la Kabylie puis d’évoluer vers son indépendance.

« Le 20 avril 2001, le pouvoir algérien a commis l’irréparable. 128 jeunes manifestants ont été tués par les forces de gendarmerie et de police algériennes, qui ont utilisé des tirs à balles réelles. Un ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères (A. Belkhadem), qui deviendra par la suite chef du Gouvernement, proposa, en plein conseil des ministres, un bombardement de la Kabylie. A ces massacres de jeunes kabyles et à ces appels au génocide, les Kabyles non compromis avec l’État algérien créèrent le Mouvement pour l’Autonomie pour la Kabylie qui deviendra, en décembre 2011, le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie. Le MAK exige un Référendum sur l’autodétermination de la Kabylie », déclara le vice président du Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK).

En rappelant comment la kabylie a perdu son indépendance en 1857, suite à l’invasion française, les massacres commis par Ben Bella à l’aube de la libération du peuple kabyle de l’Algérie, Lyazid Abid insista sur le fait que « 50 ans après l’indépendance, les même réflexes refont surface. La Kabylie est géographiquement inexistante et la reconnaissance de son identité n’est reconnue que pour mieux l’étouffer. Bien que meurtrie, stigmatisée et isolée, elle retrouve les ressorts qui forgent son identité millénaire et aspire aujourd’hui à sa liberté par l’organisation d’un référendum d’Autodétermination ».

Et d’ajouter, « Si nos vieilles femmes regrettaient l’indépendance déjà en 1963, après avoir assisté aux exactions perpétrées par l’armée algérienne sous le commandement du colonel Houari Boumediene, futur président, dont le comportement envers la Kabylie était comparable à celui de l’armée coloniale française « Si le colonialisme revenait, on lui contera les affres de l’indépendance », disaient-elles, les kabyle d’aujourd’hui, témoin du printemps amazigh de 1980, acteur du boycott scolaire de 1994, profondément attristés par l’assassinat du chanteur Lounes Matoub en 1998 et meurtris par le printemps noir en 2001, préfèrent s’émanciper du nouveau colonialisme algérien en prenant à témoin l’opinion internationale quant à la légitimité de leur revendication ». Des phrases lourdes de sens qui reflètent très objectivement la réalité du terrain que tous les kabyles devraient prendre en compte.

L’infatigable Lyazid Abid, afin étayer ses dires, a procédé à l’énumération de plusieurs peuples qui ont opté pour l’indépendance ou à l’autonomie. « A l’image des Catalans, des Écossais et des Flamands, les Kabyles aspirent à leur souveraineté par des processus politiques démocratiques reconnus par l’ONU », tout en indiquant que « la charte des Nations Unies souligne l’importance de cette démarche dans ses textes. Cette légitimité est d’abord affirmée par l’article 1 de la charte des Nations Unies qui consacre le principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, les peuples déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel ».

Dans un discours détaillé et basé sur des exemples concrets, Lyazid Abid est allé plus loin dans son intervention en évoquant plusieurs événements politiques initiés par le régime raciste d’Alger afin d’effacer toute entité et spécificité kabyle.

« En plus de ces principes qui fondent un État, à savoir, une population, un territoire et un gouvernement, nous avons aussi une histoire commune et une communauté de destin. La République kabyle sera démocratique et laïque. La Suisse, à qui la Kabylie ressemble beaucoup par son organisation politique traditionnelle, reconnaîtra certainement en elle, un partenaire fiable et durable, du coté sud de la méditerranée. Le Gouvernement provisoire kabyle (G.P.K.) appelle les organisations de défense des Droits de l’Homme et des peuples, très présentes, ici en Suisse, à venir en aide au peuple kabyle pour accéder à son droit à l’autodétermination », martela le numéro deux du GPK.

Les membres de l’Association des Kabyle de Suisse (ASK), ont projeté à cette occasion un film documentaire sur la répression des policiers du régime Algérien le 20 avril dernier. Notons qu’ en plus des kabyles, des Suisses ont assisté à l’intervention.

Saïd F