Conférence de Saïd Laïmchi à l’université Mulud At Mɛammar : « Le combat pour la démocratie a toujours été kabyle »

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Cohérent et sans ambages, le conférencier a démontré que la défense de l’Algérie depuis son invasion par les troupes françaises jusqu’à nos jours a toujours été l’apanage des Kabyles.
La bataille qui s’est déroulée à Alger juste après le débarquement des Français à Sidi-Fredj a été dirigée du côté algérien par un certain Ahmed Zammoun, originaire de Laâzib n’Zammoum (Naciria). De 1854 à 1857, c’est Fadhma n’Soummeur qui, à la tête d’une armée composée essentiellement de guerriers kabyles, affronta l’envahisseur.

_ Le mouvement insurrectionnel de 1871 qui a eu sa tête cheikh Ahdad et El Mokrani est aussi kabyle. Idem pour le mouvement national qui commença en 1926 avec la création de l’Etoile Nord-Africaine jusqu’au déclenchement de la révolution de novembre 1954. « Ce sont tous des Kabyles qui se sont directement impliqués dans ces luttes », a souligné M. Laïmchi. Lors de la guerre pour l’indépendance de l’Algérie, les Kabyles ont prouvé que c’est eux et leurs enfants qui ont fait face au feu de l’ennemi.

_ Respectant l’ordre chronologique des événements, le porte-parole du MECW3H a parlé du coup d’Etat perpétré contre le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) à l’occasion du congrès de Tripoli (Libye) tenu en juillet 1962. Ce coup d’Etat est connu sous l’appellation de la Crise d’été 1962.
Sur la même lancée, le conférencier a parlé des maquis FFS de 1963 qu’il a mis au compte de la résistance et du combat kabyles.
_ A la suite de ces tragédie, souligne M. Laïmchi, les Kabyles, loin de baisser les bras, ont décidé de continuer la lutte. « Cette fois-ci, stipule le porte-parole du MECW3H, en l’inscrivant dans un cadre intellectuel ».
En effet, suite à la publication du livre en avril 1966 de feu Mohand Arab Bessaoud intitulé « Le FFS, espoir et trahison », les intellectuels kabyles de France se sont aussitôt manifestés pour lui suggérer de ne pas se limiter seulement au constat de la situation.

_ C’est dans cet état d’esprit qu’il y a eu création de l’Académie Berbère baptisé « Agraw Imazighen ». On était alors au mois de juin 1966. Cette institution avait son siège au 5, rue d’Uzes, Paris 2ème. Parmi les fondateurs de cette académie, figurent des noms comme Mohamed-Saïd Hannouz, Taous Amrouche, Hamid Hamici, Slimane Azem, Ali Daoud, Mohand-Amokrane Khlifati, le Pr Rahmani.
Cependant, l’administration d’Alger, dérangée au plus haut point par cette nouvelle force kabyle a usé par tous les moyens pour non seulement la déstabiliser mais pour la fermer carrément. C’est dans le cadre de ce complot fomenté contre l’Académie Berbère qu’il y a eu montage de l’opération dite « Les poseurs de bombe » laquelle aboutit à sa fermeture au courant du mois de mars 1978.

_ La même année, feu Mohand Arab Bessaoud s’exila en Angleterre suite à son interpellation à Paris par la police française. Cet épisode terminé, déjà en Kabylie une autre génération a pris conscience des enjeux. C’est ainsi qu’il y a eu le soulèvement populaire d’avril 1980. La répression contre la Kabylie fut terrible mais ce n’est pas pour autant que les Kabyles étaient prêts à se montrer dociles.
En effet, 04 années après les affrontements, les Kabyles, plus exactement durant l’année 1984, les enfants de Chouhada, ont pensé au moyen de contourner les obstacles dressés contre la démocratie par le pouvoir. Le conférencier souligne que cela s’est traduit par la création de l’association des enfants de Chouhada de Tizi-Ouzou babtisée Tighri. Parmi ses membres fondateurs, figurent Ferhat Mehenni, Arezki Aït-Larbi, Nourredine Aït-Hammouda, feu Rabah Benchikhoune, Amar Falli, le mien etc.

_ La même année, il y a eu également la création d’autres associations de même nature dans 03 autres wilyas, à savoir Alger, Boumerdès et Chlef. Cela a abouti à la création de la coordination de ces 04 wilayas. Le conférencier affirme que le 5 juillet de la même année, soit à l’occasion de la commémoration du 22ème anniversaire de l’indépendance du pays, le pouvoir a décidé de frapper d’une manière très dure. « En effet, souligne M. Laïmchi, la réation du pouvoir s’est traduite par l’arrestation des enfants de Chouhada des 04 wilayas impliqués dans la revendication de la démocratie et du respect des droits de l’homme. En tout, il y a eu 25 arrestations. Je note au passage que parmi ces personnes arrêtées, figurent certains membres de la Ligue de défense des droits de l’homme. Parmi ces personnes arrêtées, on peut citer Ferhat Mehenni, Arezki Aït-Larbi, Mokrane Aït-Larbi, Nourredine Aït-Hammouda, Nacer Babouche, Sadi Sadi, Arezki About, Saïd Doumane, Ali-Yahia Abdennour, Ali-Fauzi Rebaïne, Amar Mokrani, Belkacem Adjroud, feu Hachemi Naït-Djoudi, Keddour Arrous, Ahmed Mekaoucha, Amar Bennoucha.

_ Ces 25 personnes ont subi l’enfer carcéral après avoir affronté la cour de sûreté de l’Etat de Médéa dont le procès a duré du 15 au 19 décembre 1985.
_ Le conférencier n’a cependant pas caché sa désolation suite à la division des rangs de l’ensemble des forces militantes pour la démocratie après l’avènement du multipartisme.
M. Laïmchi n’a pas manqué de fustiger le FFS et le RCD. « Avec l’avènement du terrorisme, clame le conférencier, le premier s’est laissé accrocher à l’aile des réconciliateurs et le second à celle des éradicateurs ».

_ Après un terrible diagnostic prononcé devant une salle pleine à craquer, le porte-parole du MECW3H a clamé haut et fort que « seule l’autonomie de la Kabylie est en mesure de nous assurer les conditions de vie auxquelles nous aspirons. ». Et sans d’amphigouri, M. Laïmchi a lancé un appel solennel l’ensemble du peuple kabyle à soutenir le MAK car c’est la seule force « capable de nous assurer la victoire ».