Conférence-débat de Bouaziz Aït-Chebib à Boumellal (Chemini) – « Le peuple kabyle est le seul habilité à décider de son destin »

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« Le peuple kabyle est le seul habilité à décider de son destin/ ». Cette phrase à interpréter comme un apophtegme est sortie de la bouche de Mr Bouaziz Aït-Chebib, Secrétaire National à l’Organique du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK, à l’occasion de la conférence-débat animée, hier, au village de Boumellal, commune et daïra de Chemini (Béjaia), et ce, sur initiative de la section locale du MAK. Le conférencier, sans mâcher ses mots, a démontré magistralement l’aporie de ceux qui, par calculs machiavéliques ou innocence, défendent la thèse de l’Algérie « une et indivisible et n’est composé que d’un seul peuple». Loin du discours logomachique, le conférencier, sans ambages, a parlé de peuples d’Algérie dont justement le peuple kabyle.

Le Secrétaire National à l’Organique du MAK dont l’intervention est à inscrire dans le cadre de la campagne de sensibilisation quant au positivisme de l’autonomie a affirmé que la revendication du peuple kabyle ne relève pas d’un choix de luxe mais « d’une option inévitable ». Se basant sur des faits et des données historiques, l’orateur a démontré que le peuple kabyle a toujours été singularisé par l’Histoire et que « plus exactement, les autres Algériens nous ont toujours considérés réellement comme un peuple à part ». Entre-autres arguments avancés et cas cités par le conférencier pour prouver la justesse de sa thèse, le conférencier rappelle à l’assistance, fort nombreuse, les événements sanglants de 200I. « Pendant que nos jeunes tombaient sous les balles des gendarmes algériens, nous étions désespérément seuls! », souligne le conférencier.

N’était l’engagement des Kabyles dans la guerre de libération nationale, les Français seraient encore ici en Algérie ». Sous les tonnerres d’ovations de la foule, l’orateur s’interrompt un moment avant de poursuivre en appuyant bien sur les mots : « Oui c’est vrai, ce sont les Kabyles qui ont eu lecourage de combattre la France coloniale ». A ces mots, un nouveau tonnerre d’applaudissements retentit. Revenant ensuite à la conjugaison du verbe aux temps présent et futur, Bouaziz Aït-Chebib parlera d’abord de la langue et la culture kabyles qui « forment notre identité ». A propos de la langue, il dira que la langue kabyle est très belle et que son interdiction par le pouvoir algérien est incompréhensible autrement que par racisme. « Et, explique-t-il, désormais, seul le peuple kabyle est capable de lui donner la place qui lui revient de droit chez elle, dans le cadre de l’autonomie ». « Il faut savoir également, ajoute Bouaziz Aït-Chebib, que selon les études et prévisions de l’ENESCO, d’ici quatre à cinq ans, au moins 40 langues dont peut-être le kabyle sont susceptibles de disparaître. C’est à nous donc d’agir pour sauver notre langue car si elle venait à mourir nous mourrions avec ».

S’agissant du volet économique, le conférencier démontre également que la Kabylie autonome connaîtra un essor aux dimensions insoupçonnables. « Tout d’abord, affirme, le Secrétaire National à l’Organique du MAK, le premier facteur de l’essor et la prospérité économique d’un pays réside dans sa ressource humaine avant de signaler que la Kabylie autonome ne manquera pas de cela puisque sa réforme de l’école le permettra ». Et d’ajouter : « En sus de cette première richesse dont jouissent beaucoup de pays comme le Japon, les richesses naturelles du sol et du sous-sol de la Kabylie ne sont pas des moindres, contrairement à ce que prétendent les mauvaises langues et les esprits ignorants ». Bouaziz Aït-Chebib cite alors une multitude d’exemples comme l’uranium existant en abondance dans la région d’Irdjène (département de Tizi-Ouzou), le zinc à Béjaia, le produit sylvestre à travers tout le territoire kabyle sans compter les ressources hydriques qui les plus importantes en quantité et en qualité dans toute l’Afrique du nord.

Connaissant parfaitement les nouvelles découvertes technologiques, le conférencier n’omet pas de parler des énergies renouvelables dont la Kabylie autonome ne pourra qu’en être gâtée. « D’aucuns n’ignorent pas que notre pays, dit-il, ne manque pas de colline et de montagne » pour ajouter ensuite à titre d’un complément d’assurances : « L’un des plus grands savants et spécialistes en cette matière qui fait actuellement le bonheur des Américains est originaire d’ici, c’est-à-dire de Béjaia et sachez qu’il est prêt à mettre son savoir au profit de la Kabylie ! ». « IL ne faut pas oublier aussi, poursuit Bouaziz Aït-Chebib, que les investisseurs kabyles et étrangers ne demandent qu’à investir en Kabylie ».

C’est aussi une occasion pour le Secrétaire National à l’Organique du MAK de dénoncer le racisme qu’a toujours nourri le pouvoir pour la Kabylie. « Lors d’une rencontre en France entre le président Abdelaziz Bouteflika et les investisseurs de ce pays, ceux-ci lui ont manifesté leur souhait d’apporter des capitaux et des investissements en Kabylie. Le président algérien leur a suggéré de choisir l’Oranais pour les accueillir à cet effet et, au même temps, a usé de son autorité pour les dissuader de choisir notre région. Et en fin de compte, les investisseurs français ont préféré chercher d’autres pays pour y investir après avoir signifié à Bouteflika que puisque les portes de la Kabylie leur sont fermées, aucun investissement n’est viable en Algérie ».

Poursuivant ses accusations contre le régime algérien à propos du boycott de la Kabylie en matière d’investissement, le conférencier affirme que même les walis en fonction en Kabylie reçoivent des instructions « pour faire dissuader d’éventuels investisseurs intéressés par la Kabylie en leur disant que les terrains d’assiettes sont chers et les impôts ont les dents longues alors qu’ailleurs, l’obtention d’un terrain est à un dinar symbolique et le fisc se montre plus que raisonnable ». « La bonne carrière d’un wali en poste en Kabylie, explicite le conférencier, est déterminée par le degré de retard en développement économique qu’il fait subir à la wilaya qu’il dirige ».

A la fin de son exposé sur l’économie kabyle, l’orateur crie que « Bouteflika, Ouyahia, Lamari et Tewfik sont nos ennemis ! ». La foule, prise par une forte émotion lance à plusieurs reprises : « Kabylie autonome/ ». Ensuite le conférencier change le temps de sa voix et de chapitre à exposer. En effet, le Secrétaire National à l’Organique du MAK met en avant le principe selon lequel les autonomies des régions est loin d’être une fatalité. Il cite alors une série de pays, exemples de réussite de l’autonomie comme l’Espagne, la suisse etc. « Le tout repose, soutient-il, sur le respect mutuel. Et quand le respect de l’autre ne vient que d’une seule partie, il ne peut y avoir d’équilibre et d’harmonie. On ne peut surtout pas parler d’un pays uni et indivisible ».

Le cadre national du MAK ne s’arrête encore là. En effet, il déclare avec véhémence que le peuple kabyle ne nourrit que fraternité, respect et bienveillance à l’égard des autres peuples d’Algérie. « Notre demande d’autonomie n’obéît qu’à une seule logique : notre droit au respect que nous méritons en tant que peuple ».

Et avant de poser le micro et déclarer l’ouverture du débat, Bouaziz Aït-Chebib a tenu à rappeler qu’il ne faut surtout pas faire l’amalgame entre l’autonomie et l’indépendance. « La Kabylie demande son autonomie », conclut-il. A l’ouverture des débats, lesquels se sont déroulés dans un climat d’une grande et parfaite démocratie, des questions ont été adressées au conférencier. Et il va sans dire que leurs auteurs ont obtenu des réponses adéquates.

Celle que nous jugeons la plus pertinente de toutes est posée en ces termes : « Quelle est la place de l’islam dans la Kabylie autonome ? Quelle sera avec exactitude l’espace géographique de la Kabylie autonome et quels seront réellement les moyens économiques de la Kabylie ? » Bouaziz Aït-Chebib a été tenu d’expliquer, encore une fois, les outils économiques dont sera pourvue la Kabylie autonome. Concernant l’islam, il dira que cette religion est aussi la nôtre. Elle sera respectée comme le seront d’autres religion pratiquées en Kabylie. « C’est dans le souci du respect des religions et autres croyances, assure le conférencier, que le MAK défend le principe de la laïcité ». Et d’ajouter sur ce volet précis : « Au MAK, nous sommes convaincus que la meilleure façon de tenir la religion « propre et inattaquable » est sa séparation du politique. Il va sans dire également que nous savons parfaitement que le peuple kabyle dans son écrasante majorité est musulman ».

Quant à la dernière question, le Secrétaire National à l’Organique du MAK a informé l’assistance, son auteur notamment, que la Kabylie retrouvera son territoire historiquement admis et reconnu, à savoir l’espace géographique ayant constitué la wilaya 3 historique plus celui qui n’y a été pas intégré. « Dans l’urgence de la préparation de la guerre contre la France coloniale, renseigne le cadre national du MAK, feu Krim Belkacem, représentant de la Kabylie et ses interlocuteurs du FLN, n’ont pas eu le temps de déterminer avec exactitude les limites géographiques de la Kabylie dans leur opération de division de l’Algérie en wilayas combattantes. Notons enfin que c’est Mr Razik Zouaoui, chargé du département à la culture et la promotion de la langue kabyle, qui a ouvert le bal à l’issue de ce grand rendez-vous de Boumellal.

Comme son successeur à la prise de parole, Razik Zouaoui a longuement développé les raisons qui ont motivé le peuple kabyle à demander son autonomie. L’orateur a mis en avant la sincérité du peuple kabyle et l’amour qu’il a toujours porté pour l’Algérie. « Mais hélas, affirme, le chargé de la culture et la promotion de la langue kabyle, seule l’ingratitude lui est donnée au change ». « Même en 200I à l’occasion de l’examen du baccalauréat, rappelle-t-il, le pouvoir algérien n’a destiné la première fois la tenue de la deuxième cession de ce dit examen donnant accès à l’université qu’au seul profit de la Kabylie. Dans sa générosité et sa solidarité vis-à-vis des autres, le peuple kabyle a exigé que cette deuxième cession en question profite à tous les candidats algériens concernés ». Razik Azouaou a soutenu que ce n’est qu’après avoir épuisé tous les recours possibles quant à sa reconnaissance comme tel sans pour autant réussir que le peuple kabyle a décidé que désormais il prendra lui seul son destin en main, conclut-il.