Conférences sur la langue kabyle à l’Université d’été du MAK, une langue a besoin d’être parlée et écrite

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Bouamara Kamel

KABYLIE (Tamurt) – Kamel Bouamara, qui est l’auteur du dictionnaire kabyle-kabyle « Issin », n’a pas mâché ses mots pour mettre aux banc des accusés ceux qui prétendent que la langue kabyle n’est pas apte à répondre aux besoins de l’homme en matière de communication. « Ce sont eux qui n’arrivent pas à être au diapason de l’exigence de la langue kabyle ! », déclare avec véhémence le Dr Bouamara. Le conférencier est allé même jusqu’à « psychanalyser » ces hommes et ces femmes qui préfèrent faire recours à la langue française dans leurs discussions quotidiennes. Idem concernant les parents qui parlent à leurs enfants dans une langue étrangère, le français surtout, à la place de la langue maternelle (le kabyle). Selon le docteur Bouamara, de tels parents souffrent de graves symptômes psychologiques. « Même une maman enseignant la langue arabe, cite comme exemple le conférencier, parle à son bébé en français ».

Le conférencier a suggéré de rendre l’usage du kabyle « obligatoire » dans les espaces officiels kabyles. « Toutes les langues bénéficient d’une telle mesure », soutient-il.

S’agissant de son dictionnaire, le Dr Bouamara affirme qu’il est composé de 6 000 entrées et a mis quatre ans pour le mettre au point. « Mon objectif, souligne encore le conférencier, est de faire un nouveau dictionnaire qui sera composé de 20.000 entrées ». Il n’a pas caché que la tâche est loin d’être une sinécure. « La difficulté pour moi réside dans le financement de mes travaux », avoue-t-il. Il n’a pas caché son souhait de trouver un mécène pour le financer dans ses futures démarches scientifiques.

En ce qui le concerne, le doctorant Mahmoud Amaoui a averti la famille militante du MAK de ne pas faire dans la précipitation quant au choix de la langue amazighe à opérer. « A mon sens, il faut temporiser sur le choix définitif à faire en la matière pour éviter l’isolement des autres groupes amazighs », suggère le conférencier. Cependant, il a insisté pour que la langue kabyle soit d’ores et déjà travaillée et développée en attendant que les experts de la linguistique amazighe se mettent d’accord quant au choix définitif à opérer sur la langue ou les langues à utiliser. En clair, les spécialistes en la matière, après études, recommanderont si c’est une langue commune à tous les groupes amazighs qui sera utilisée ou si chaque groupe utilisera sa propre langue.

A l’issue des débats, M. Azrou Loukad, cadre du MAK, a pris la parole pour dire que « le phonème « V » est une réalité pan-kabyle « .

Quant au Dr Allaoua Rabhi, il a déclaré que ceux qui prétendent que tamazight appartient à tous les Algériens veulent en réalité « tuer » cette langue. « La langue ne peut être développée que par celles et ceux qui la parlent et l’utilisent dans leur quotidien », martèle le conférencier. Il n’a pas manqué aussi de critiquer les pédants et les opportunistes qui gravitent autour de la langue kabyle. Le Dr Rabhi a averti la nombreuse assistance que la recherche et le développement réel et effectif de la langue kabyle sont du ressort des spécialistes.

En somme, les trois conférenciers ont soutenu que seul l’effort et la persévérance de chacun peuvent sauver notre langue.

Saïd Tissegouine

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