Consciente des erreurs du passé, la Kabylie opte pour son émancipation

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KABYLIE (Tamurt) – Soucieux de l’intérêt de l’Algérie entière, ils ont cherché à démocratiser cette dernière pour qu’ils puissent enfin à leur tour jouir de leurs droits linguistiques et identitaires, droits fondamentaux et élémentaires bafoués par le pouvoir depuis l’indépendance.

Nous nous sommes attelé à l’explication du bien fondé de la démocratie, et de la laïcité, au reste des algériens, qui sont, il faut bien finir par le dire, loin de constituer leurs aspirations.

Cette stratégie a non seulement lamentablement échoué, mais elle a surtout produit les effets inverses des objectifs qu’elle était supposée atteindre.
On peut affirmer aujourd’hui avec certitude que cette politique « algérianiste » menée par les Kabyles prive aussi bien les kabyles que le reste des algériens de la démocratie qu’elle était sensée leur apporter.

Les prises de positions anti-kabyles de certains « intellectuels » arabophones tel Ben Aicha à l’encontre de M. Mammeri ou les récentes déclarations de l’ancien président algérien Ben Bella, soutenu par de nombreux hommes politiques, les hostilités affichées contre les marches de la CNCD à Alger, démontrent bien que la majorité des non-Kabyles considèrent ce pouvoir voire même les islamistes malgré leurs leurs crimes comme un rempart contre les Kabyles, qui sont souvent accusés de vouloir amazighiser l’Algérie, de l’éloigner de «la nation arabo-musulmane», ou même de servir des intérêts de puissances étrangères. La méfiance ou même la haine du kabyle demeure omniprésente. Elle s’exprime par les relais officieux du pouvoir mais aussi à travers des portes paroles de l’Algérie profonde.

La formule habituellement consacrée « plus Kabyle qu’Algérien », réitérée encore une fois de plus par Ben Bella au crépuscule de sa vie à l’encontre d’Ait Ahmed, nous renvoie à ce que nous sommes, c’est-à-dire à notre Kabylité. Cette expression démontre bien le rejet et l’exclusion dont nous sommes victimes sur notre propre terre de la part de ceux que nous croyions être nos frères.
Un oranais ou un constantinois qui travaille dans l’intérêt de sa région ou de sa ville natale n’est pas considéré comme plus oranais qu’Algérien, ou plus constantinois qu’Algérien, parce que, tout simplement, on pense qu’il travaille pour l’intérêt d’une région algérienne donc pour l’intérêt de l’Algérie. Par contre, un Kabyle qui mène une action dans l’intérêt de la Kabylie sera considéré comme étant régionaliste et au service d’une nation étrangère, ce qui fera de lui un séparatiste car dans leur logique la Kabylie ne peut être algérienne que si elle renie sa spécificité identitaire, linguistique et culturelle. Bref, à les entendre, on ne peut pas être kabyle et algérien au même temps !

Cette situation montre bien que nous sommes victimes de notre attachement pour une Algérie qui non seulement refuse de nous reconnaître en tant que Kabyles, mais aussi planifie notre extinction en tant que tel.

Les événements de 2001 ont marqué la fin d’une illusion et ont démontré les erreurs de la politique algérianiste, des kabyles. Mais le poids de ces longues années de terreur, de peur mais aussi de trahison et d’échecs ont fait que les Kabyles réagissent aujourd’hui avec prudence et méfiance. Certains voient dans le projet de l’autonomie une voie suicidaire. Face à un pouvoir tortionnaire et criminel, on ne peut pas en effet écarter une tentation génocidaire.
Mais qu’attendre d’un pouvoir qui libère des terroristes et les orienter vers la Kabylie pour ensuite justifier la multiplication et le renforcement des casernes de gendarmerie et de l’ANP, dans le seul but de maintenir le quadrillage et la Kabylie et la maintenir sous le joug ?

Il est clair que quelque soit notre position – pour ou contre l’autonomie – le traitement sera le même, comme disait Tahar DJAOUT, si tu parles tu meurs, si tu ne parles pas tu meurs, alors.… vive l’autonomie !

Si la Kabylie a vaincu la cinquième puissance mondiale en 1962, elle reste encore confrontée au pouvoir colonial d’Alger d’une part et à l’AQMI de l’autre part. Ces deux entités complices qui veulent nous faire croire qu’elles sont opposées, mènent en réalité conjointement une guerre sans merci contre une nation sans Etat qui est la Kabylie.

Seule la concrétisation de l’union de tous les Kabyles autour de notre identité kabyle et de nos valeurs ancestrales pourra nous sauver de ces menaces ethnocidaires.

Certains de nos frères qui s’obstinent encore à vouloir démocratiser l’Algérie, ou d’autres qui renient leur kabylité pour mieux prouver leur algérianité, sont sur une voie sans issus. Ils participent tout simplement au programme d’éradication de leur propre identité.

En tant que minorité nous n’avons pas vocation à imposer la démocratie à toute l’Algérie, mais nous avons le devoir d’user de tous les moyens disponibles pour nous faire reconnaitre en tant que peuple et nation, avec toutes nos spécificités.
Réussir à faire accepter la différence kabyle en Algérie en lui assurant une existence officielle, constituera un grand pas vers la construction d’une Algérie plurielle et démocratique.