Conséquences des incendies criminels ayant ciblé la Kabylie: Des centaines de milliards de dinars de dégâts

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – « Le montant exact des pertes sera rendu public dans un proche avenir », nous confie-t-il avant de préciser : « Pour le moment, chaque direction concernée est en train de faire des études évaluatives des pertes de son secteur ».

Le président de l’APW de Tizi-Ouzou n’a pas caché également son désarroi et sa frustration face à la fuite devant leur responsabilité, voire la démission totale de ses camarades élus issus des formations politiques du Front des Forces Socialistes (FFS), le Rassemblement National Démocratique (RND) et le Front de Libération Nationale (FLN).

En effet, lors de la rencontre de la veille à l’hémicycle Rabah Aïssat pour examiner la situation catastrophique engendrée par les incendies ayant ciblé la wilaya de Tizi-Ouzou et, par conséquent, arrêter des mesures idoines, seuls trois élus du FLN, un élu du RND et M. Salem Boudjemaâ ont marqué leur présence au rendez-vous. Il semble que M. Salem Boudjemaâ, élu sur la liste du FFS, a rendu son costume politique. En somme, le FFS a brillé par son absence avant-hier à l’hémicycle Rabah Aïssat. « Pourtant, j’ai bel et bien pris le soin d’inviter à cette rencontre tous les élus par le biais de leurs chefs de groupes respectifs, nous confie, M. Mahfoud Bellabès avant d’ajouter aussitôt : « En ce qui concerne le FFS, j’en ai parlé à son chef de groupe, en l’occurrence M. Mohamed Messala, lequel n’a pas manqué d’ailleurs de saluer mon initiative ».

Cependant, en dépit de l’absence de réelle représentativité des formations politiques concernées dans l’espace des représentants des citoyens de la wilaya de Tizi-Ouzou, la journée d’études a bel et bien eu lieu. En effet, aux côtés des élus issus du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) ainsi les cinq autres relevés ci-dessus, les représentants des services déconcentrés de la wilaya, à savoir la direction de l’hydraulique, la conservation des forêts, la protection civile et la direction de l’environnement, le Parc national du Djurdjura ainsi que les élus des APC, des députés et des représentants du mouvement associatif, ont, chacun en ce qui le concerne, participé et apporté leur touche aux travaux.
Avec des données chiffrées avancées et brandies par chaque intervenant, il ressort que l’été 2012 a été particulièrement « criminel » à la wilaya de Tizi-Ouzou.

A l’issue de son intervention, le président de l’APW a déclaré que « l’ANP a sa part de responsabilité ». Cette petite phrase a fait l’effet d’un « séisme » auprès des élus du FLN et du RND. Ces élus en question se considérant plus royalistes que le roi n’ont en fait que jouer « aux Vierges Effarouchées ».
« A l’issue du petit conclave qu’ils ont improvisé, ils ont conclu que je n’aurais pas dû prononcer cette phrase », nous confie M. Mahfoud Bellabès. Pourtant, les rapports lus par représentants de la Conservation des forêts et la Protection civile ne laissent aucun doute sur la responsabilité de l’Etat algérien dans la catastrophe qui vient de frapper encore la wilaya de Tizi-Ouzou. (Voir les chiffres en addenda).
Selon le président de l’APW, la forêt de Mizrana est détruite à 50% par les feux, le massif forestier d’Ath-Djennad est détruit à 80% et la forêt de Yakouren laquelle comprend les parties de Bouzguène et Irdjène est détruite à 50%.
Dans l’esprit de notre interlocuteur, l’homme est responsable des déclenchements de feux puisqu’il dit qu’« il faut que les citoyens apprennent à déposer plainte systématiquement dès la déclaration d’incendie quitte à le faire contre X ». Ensuite M. Mahfoud Bellabès avoue ne pas comprendre pourquoi l’Etat algérien ne possède toujours pas de canadairs alors que le Maroc « notre pays voisin en a prêté à l’Espagne pour lutter contre les incendies qui ont ravagé ses forêts au cours de cet été ».

Le président de l’APW précise que le coût d’un canadair est de l’ordre de 60 millions d’euros et qu’il faut près de 4.000 heures de vol à un pilote pour être en mesure de piloter un canadair et le faire rentrer en action contre un incendie de forêt ». A noter que lors de sa dernière sortie médiatique, le directeur général de la protection civile a déclaré que l’achat de canadairs « n’est pas encore à l’ordre du jour ». La conclusion est simple : la campagne de sabotage ciblant la Kabylie se poursuivra encore et encore. Il reste donc à identifier le cercle décideur de cette dite campagne de sabotage.

Mais…revenons donc à notre entretien avec le président de l’APW de Tizi-Ouzou. L’homme dit que le gouvernement doit octroyer 500.000 plants d’oliviers au minimum à la wilaya de Tizi-Ouzou pour remplacer les oliviers perdus. Cependant, M. Mahfoud Bellabès ne cache pas que seule une réelle volonté politique peut être porteuse de mesures réparatrices pour la région.
Et pour mieux indiquer que tout n’est qu’une question de politique, il souligne d’autres fléaux qui rendent difficile le quotidien du citoyen kabyle. C’est le cas du délestage et les coupures répétitives du courant électrique et le manque flagrant d’eau potable pour une bonne partie de la région de la wilaya de Tizi-Ouzou.
Notre interlocuteur avoue qu’en matière d’énergie électrique, la wilaya de Tizi-Ouzou importe ses besoins qui sont de l’ordre de 100 % à partir des wilayas limitrophes à l’instar d’Alger et de Béjaia. « Le projet d’implantation d’une station thermo-électrique à Azeffoun, nous confie-t-il avec regret et désolation, est transféré vers une autre wilaya ». « En ce moment, ajoute-il, il n’y a plus de trace de ce projet de station thermo-électrique chez-nous ». Et pourtant, il y a seulement quelques années de cela, la voix du gouvernement a crié sur tous les toits que la région d’Azeffoun est désignée pour abriter la station thermo-électrique et sa production règlera définitivement le problème électrique dans la wilaya de Tizi-Ouzou.
En ce qui concerne l’eau potable, les études prévisionnelles chantées par les pouvoirs publics ont démontré que le nord de la wilaya de Tizi-Ouzou, devait être alimenté en eau potable à partir de juillet 2011. Une deuxième étude a reporté l’échéance à juillet 2012. Et une troisième enfin l’a reporté à décembre de la même année. « Il est vraiment peu probable que l’eau coule dans les robinets de ces foyers du nord de la wilaya en décembre prochain », reconnaît M. Mahfoud Bellabès.

Les citoyens des communes de Boudjima, Iflissen, Makouda, Tigzirt et Mizana achètent de l’eau en été comme en hiver. Et pourtant, entre la commune de Boudjima et le barrage de Taksebt qui alimente en eau potable les wilayas de Boumerdès, Alger, Blida et tant d’autres à raison de plusieurs milliers de M3 par jour, la distance ne doit pas être supérieure à 10 km à vol de oiseau. Pour régler le problème d’AEP (approvisionnement en eau potable) de la région de Tigzirt, les autorités ont décidé d’implanter une station de dessalement d’eau de mer à Tassalast. Hélas, cette opération a été une escroquerie de plusieurs milliards de DA. En effet, la station en question a été installée et mise en opération mais les machines des réservoirs ne dessalent pas l’eau. Celle-ci n’est ni potable ni propre au lavage. Aussi, la population tigzirtoise continue à souffrir le martyr au même titre que les habitants des communes d’Iflissen, Mizrana, Makouda et Boudjima.

Pour parer au plus urgent, on fait avec les moyens dont on dispose et on use de l’autorité dont on jouit. Pour ce faire, l’APW de Tizi-Ouzou, à l’issue de cette journée de travaux, a arrêté les recommandations suivantes :
– Secteur des forêts : recruter dans la mesure du possible des ouvriers vacataires pour lutter contre les feux de forêts à compter du mois de mai, renforcer la disponibilité en eau en multipliant le nombre de points d’eau, revoir la forme infrastructurelle des pistes en zones montagneuses et densifier les réseaux. Renforcement des réseaux de prévention, surveillance et intervention dans les villages et communes. Doter les services forestiers en moyens humains et matériels conséquents, mobiliser de la population, adopter le matériel roulant à la nature du relief et mettre en place un numéro de téléphone Vert pour signaler les incendies.

– Protection civile : réalisation d’antennes de PC dans les zones à risque, lancement de formations de sapeurs pompiers volontaires et réalisation de bouches d’incendies.

– Communes : Formation d’agents communaux dans la lutte contre les incendies et dotation des communes en moyens de lutte contre les catastrophes.

– Secteur de l’énergie : Achever la réalisation des postes sources, étudier un moyen de produire l’électricité sur le territoire de la wilaya, relancer le projet de réalisation de la station thérmo-électrique d’Azeffoun, produire de l’électricité par les moyens hydrauliques (barrages) et réhabiliter les anciennes stations hydrauliques abandonnées.

M. Mahfoud Bellabès nous a affirmé que cette liste de recommandations établie par l’institution qu’il préside peut être revue à la hausse.

Addenda :
– Rapport de la protection civile : Du 1er janvier au 31 août 2012, les Unités Opérationnelles de la Direction de la Protection Civile de la Wilaya de Tizi-Ouzou ont effectué 14.375 interventions contre 10.925 en 2011 à la même période ; soit une augmentation de 31%.
– 6.597 interventions ont été enregistrées pendant les trois mois de la saison estivale (juin, juillet et août) contre 4.718 à la même période de la précédente campagne ; soit une augmentation de 40%.
– Les 14.375 interventions sont réparties comme suit :
– 7. 181 évacuations sanitaires (malades et blessés),
– 961 accidents de la circulation,
– 4.100 opérations diverses,
– 2.133 incendies.

Bilan de la campagne de lutte contre les incendies de forêts : Du Ier juin au 31 août 2012, 1.894 interventions pour l’extinction de feux ont été effectuées par les unités opérationnelles de la wilaya dont 1.038 feux enregistrés durant le mois d’août. Sur les 1.894 feux, 503 sont considérés incendies de forêt (01 ha et plus de dégâts occasionnés).

– Dégâts enregistrés :
– Nombre d’incendies : 503 dont 362 durant le mois d’août (24 au mois de juin et 117 au mois de juillet).
– Superficie globale brûlée : 4.135 ha avec 40.479 arbres fruitiers divers (3.382 ha avec 31. 250 arbres fruitiers ont été enregistrés durant le mois d’août).
– Forêts : 305 incendies, dégâts occasionnés : 2.071 ha ;
– Maquis : 94 incendies, dégâts occasionnés : 754 ha ;
– Broussailles : 88 incendies, dégâts occasionnés : 1.302 ha ;
– Récoltes : 03 incendies, dégâts occasionnés : 09 ha de blé sur pied ;
– Fourrages : 02 incendies, dégâts occasionnés : 370 bottes de foin ;
– Arbres fruitiers : 11 incendies, dégâts occasionnés : 40.479 divers arbres fruitiers.

Les communes les plus touchées sur le plan du nombre d’incendies sont : Aghribs : 25 incendies, Azeffoun : 19, Azzazga : 18, Iflissen : 18, Aït-Yahia : 16, Aït-yahia-Moussa : 15, Draâ-El-Mizan : 14, Tizi-Ghnif : 13, Yakouren : 12, Mizrana : 09, Aït-Agouacha : 08, Ifigha : 08, Mekla : 08 et Aït-Chaffaï : 08.

Les communes les plus touchées sur le plan de dégâts occasionnés sont : Aït-Chaffaï : 344 ha, Aghribs : 333 ha, Iflissen : 199 ha, Aït-Yahia-Moussa : 150 ha, Azeffoun : 131 ha, Aït-Agouacha : 151 ha, Mekla : 107 ha, Imsouhel : 105 ha, Yakouren : 105 ha, Aït-Khellili : 101 ha, Mizrana : 92 ha, Azazga : 90 ha et Bouzguène : 84 ha.
(La suite du rapport de la direction de la protection civile concerne les bilans relatifs à la campagne de surveillance des baignades et les accidents de circulation).

– Rapport de la Conservation des Forêts :
– Dans son chapitre introductif, le rédacteur note que « la wilaya de Tizi-Ouzou, d’une superficie de 295. 793 ha, s’étend sur un territoire de plus de 80% montagneux avec les ensembles de piémonts et montagnes. Le domaine forestier national de la wilaya s’étend sur 112. 182 ha, soit un taux de boisement de 38%. La surface forestière est composée de 45% de forêts (45. 195 ha) et 67% de maquis (66. 985 Ha) et de broussailles.

– Les principales forêts sont :
– Forêt domaniale de Béni-Ghobri : 5. 721, 86 ha, daïra d’Azazga ;
– l’Akfadou : 4. 628, 12 ha, daïra de Bouzguène ;
-Tamgout : 3. 698, 86 ha, daïra d’Azazga ;
-Bou-Mahni : 3. 359, 11 ha, daïra de Draâ-El-Mizan ;
-Mizrana : 2. 233, 84 ha, daïra de Tigzirt ;
-Azouza : 2. 157, 6 ha, daïra d’Azazga ;
-Taksebt : 1. 266, 08 ha, daïra d’Azazga ;
-Tigrine : 1. 047, 06 ha, daïra d’Azeffoun ;
-Mouley-Yahia : 813 ha, daïra de Draâ-El-Mizan ;
-Boudjurdjura : 791, 01 ha, daïra de Boghni ;
-Ath-Khalfoune : 775, 09 Ha, daïrate de Draâ-El-Mizan et Tizi-Ghnif ;
– Ath Djenad : 543, 86 ha, daïrate de Ouaguenoun et Azeffoun.

L’ensemble de ces forêts est composée essentiellement de chênes. Les principales essences sont : chêne liège : 23. 100 ha, chêne Zen : 5. 500 ha, chêne afarès : 3. 500 ha, eucalyptus : 6. 000 ha et pin : 4. 500 ha.
– Bilan des feux forêts : Depuis le début de la campagne (01 juin 2012) jusqu’au 31 août, la Conservation des Forêts de Tizi-Ouzou a enregistré 368 foyers d’incendies qui ont parcouru une surface globale de 6.726, 35 ha, répatie comme suit :
– 3.538 ha en forêts dont 93% (3. 290 ha) concerne directement le chêne liège ;
– 968, 50 ha de maquis (14, 41 %) ;
– 1.371, 50 Ha de broussailles (20, 41 %) ;
– 867,87 Ha de divers fruitiers dont 54,41 % (445 ha) concerne directement l’olivier.

Les incendies ont été plus fréquents depuis la deuxième quinzaine du mois de juillet jusqu’à nos jours, avec une moyenne de 12 foyers par jour.

– Les facteurs aggravants : neiges abondantes, herbes sèches, chablis, pluviométrie hivernale et printanière abondante, canicules persistantes durant les mois de juillet août, relief montagneux difficile d’accès, avec des pentes dépassant 25% sur plus de 38% du territoire d’intervention et décharges sauvages à proximité des forêts. (…) ».

Le rapport de la Conservation forestière se poursuit par des données fournies en tableau dont nous jugeons qu’il serait superfétatoire de les publier puisqu’elles concernent toujours les feux et les dégâts occasionnés.

N.B : Aussi bien les services de la Protection Civile que la Conservation des Forêts ne font référence à l’homme par rapport à l’origine des feux et incendies. Nos lecteurs et lectrices doivent savoir que jusqu’à maintenant, aucun chimiste n’est venu étayer la thèse selon laquelle la «canicule» est responsable des incendies. Car la canicule ne prend pas un briquet pour allumer un feu et surtout ne lance pas des bombes incendiaires dans les forêts. Une telle ampleur de feux dépasse même la portée des esprits dérangés appelés scientifiquement les pyromanes. En clair, la destruction des forêts et vergers, notamment l’olivier, de la Kabylie ne relève aucunement de la pyromanie mais obéit à des schémas politiques bien établis et bien réfléchis.

Said Tissegouine.info