Construite sur une terre agricole : Une prison pour les citoyens de Tuβiret (Bouira)

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TUVIRET (Tamurt) – D’ici là, un ministre, représentant du gouvernement algérien, viendra sans doute à Tuβiret, pour l’inauguration officielle ! Les travaux de construction qui semblent bien s’accélérer du moment où cette prison est considérée comme une priorité dans l’agenda des autorités locales de Tuβiret, tous les moyens financiers et logistiques sont mobilisés afin de faire vite, comme s’il s’agissait d’un grand projet économique d’extrême importance.

C’est donc l’un des grands projets inscrits dans le mandat de nos élus locaux, logiquement censés être les représentants des citoyens. Au moment où le chômage atteint des records inquiétants, des situations alarmantes sont constatées, comme, par exemple, le manque terrible de l’accès à l’eau potable, la situation dégradée des routes, l’exclusion sociale des jeunes et des cadres diplômés, ou bien l’injustice sociale, les responsables locaux nous proposent des solutions, à travers la mise en place d’une prison qui sera probablement l’une des plus vastes à l’échelle nationale, vu ses capacités d’accueil. Eh bien malheureusement, il est de toute évidence qu’elle ne pourra résoudre aucun problème de la population. Bien au contraire, elle en rajoutera d’autres.

En effet, cette nouvelle structure, d’une capacité d’accueil de plus de 1000 prisonniers, dans la première partie uniquement, ne sera qu’un nouveau facteur de dégradation des affaires de la gestion de Tuβiret, pourtant déjà fort malmenées ! Il faut souligner, que la région compte déjà deux prisons, la première installée en plein cœur de la ville de Tuβiret et l’autre située vers la sortie nord menant vers la localité de Haizer. Outre l’existence d’une troisième prison dans la ville de Sour-El-Ghozlane, des questions se posent, sur l’objectif d’une telle démarche.

Après la réception de cette nouvelle structure, la région sera connue sans doute comme une capitale d’accueil des criminels et des malfaiteurs qui viendront chez nous, depuis tout le territoire algérien, au lieu d’être connue comme un pôle économique ou une région de production agricole, vu ses potentialités. Cette prison est considérée comme étant un scandale au sens propre du mot. D’une part, elle est construite sur un terrain agricole, qui s’étend sur plusieurs hectares. Ce terrain aurait pu bénéficier d’un projet d’investissement exemplaire en matière d’agriculture, capable d’absorber le chômage même partiellement, puisque la nature de ce terrain et les conditions climatiques y sont favorables. Ce ne sera malheureusement pas le cas. D’autre part, la violation d’une terre agricole a été commise par une autorité officielle.

S’agissant de l’importance stratégique de cette prison, l’un des fonctionnaires travaillant sur ce projet, rencontré sur place et ayant préféré garder l’anonymat, nous a déclaré que cette structure deviendra l’une des plus importantes au niveau national en matière de capacité d’accueil. Il a affirmé que la première tranche d’une capacité d’accueil de plus de 1000 prisonniers sera prochainement réceptionnée, mais le projet ne s’arrête pas la ! Bien que le budget nécessaire a été fixé, cette structure, sera élargie. La structure finale sera composée de trois zones, A, B, C, chaque zone étant indépendante de l’autre. On aura donc au total une prison d’une capacité d’accueil de plus de 3500 prisonniers. Selon la même source, une grande partie de la prison d’El-Harrach, à Alger, fermera les portes bientôt, les prisonniers résidant là-bas jusqu’ici seront transférés à la prison de Tuβiret, une fois que la première partie de la structure sera opérationnelle, ce qui laisse entendre les véritables intentions derrière le projet en question.

Connue dans le passé pour être une région d’activité agricole et pour la qualité de ses produits, la sortie sud de Tuβiret, était jusque-là, l’une des terres agricoles par excellence, malgré les difficultés rencontrées par les agriculteurs, notamment en matière d’approvisionnement en eau potable ou d’assistance des autorités publiques. Cette zone continuait à séduire un grand nombre de grossistes et commerçants de tout le nord de l’Algérie, qui parcouraient des centaines de kilomètres afin d’acquérir ses produits. Il est de toute évidence que cette nouvelle construction complètement déplacée donnera un nouveau coup dur à l’agriculture dans la région.

La décision de construire une prison gigantesque, a été certainement prise par les plus hautes autorités du gouvernement algérien, elle a été ensuite approuvée par d’autres autorités régionales, notamment au niveau de Tuβiret. Malgré le flou existant du fait de la non-communication du budget global réservé à cette prison, nous considérons que le même montant général aurait pu être utilisé dans d’autres investissements, construire par exemple une usine ou un pôle industriel , ce qui aurait permis l’embauche de plusieurs centaines de jeunes mis à l’écart ou marginalisés tout simplement.

Reste à savoir, quel était le rôle de certaines personnes, issues d’une élection illégitime et censées défendre les citoyens kabyles de Tuβiret, dans le maintien et la validation d’un projet aussi scandaleux, qui constitue un danger potentiel pour notre région et pour sa sécurité. Ce projet est un geste significatif du gouvernement central à l’adresse de notre région. Il constitue un exemple de la véritable politique du développement régional, réservé à Tuβiret et à la Kabylie en général. Il a pour but l’affaiblissement de la région économiquement, l’exploitation des ressources hydriques au profit d’autres régions, le transfert de l’activité agricole et la construction des usines hors de Kabylie, et, enfin, le maintien de l’insécurité.

La région de Tuβiret, à l’instar des autres villages et villes de la Kabylie, continue de subir les conséquences de la centralisation du pouvoir de décision, alors qu’elle pourrait prendre son destin en main, pour choisir et réaliser les projets répondant aux intérêts de ses citoyens.

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