CNK : «La revendication identitaire kabyle est antérieure à la colonisation française»

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KABYLIE (Tamurt) – Aucun intellectuel algérien, non kabyle, n’a jamais eu l’honnêteté de dénoncer le comportement qui prime dans la société algérienne, à savoir l’inexistence de solidarité envers les démocrates, qu’on appelle « la minorité », et, en revanche, un excès d’empathie pour tout combat estampillé « arabo-islamique ». Désigner les choses comme elles sont réellement eût été une attitude majeure qui aurait fait réfléchir, plutôt qu’elle n’aurait créé des « divisions » au sein de populations qui ont été, à dessein, laissées dans le flou, et qui ont fini par adhérer à « l’ignorance » par militantisme -cela crée une unité nationale- !

De temps à autre, quelques Algériens manifestent pour demander des logements ou contre l’augmentation du prix des denrées alimentaires ; mais jamais pour dénoncer les dépassements graves du Pouvoir, en ce qui concerne les libertés civiques. Et pour cause, les Algériens -les peuples arabes, en général- ont été modelés pour reconnaître dans la dictature la seule forme de gouvernance d’un pays (arabe). En retour, celle-là aurait dû voir, dès le départ, aux droits les plus élémentaires de ces citoyens qui ne demandent rien d’autre que des satisfactions matérielles.

Désolée, mais fondamentalement, nous n’avons pas, avec tous ceux-là, la même façon de concevoir la chose publique; et nous refusons que le fait d’avoir combattu ensemble le colonialisme français doive constituer, comme le prétendent certains (Yasmina Khadra, par exemple), un lien indéfectible qui équivaut, en ce qui nous concerne, au resserrement des chaînes du boulet d’esclavage qu’ils nous condamnent à porter. Parmi les pays dits « arabes », l’Algérie est le pays le plus cadenassé. Cadenassé, il l’est politiquement et idéologiquement. La société l’est d’autant plus mentalement.

Afin de décourager les éventuels démocrates non kabyles, qui voudraient, par extraordinaire, se porter aux côtés des Kabyles, les tenants du pouvoir ont des mots-clés, telles « la traîtrise » et « la manipulation néo-colonialiste ». Une chose est sûre, la revendication identitaire kabyle est antérieure à la colonisation française. C’est pour illustrer cela que j’ai situé le contexte de mon ouvrage, intitulé « Kabylie, ou l’identité martyrisée », au dix-huitième siècle. Mon histoire met en scène des Kabyles en butte à l’impérialisme arabo-islamique qu’ils n’ont accepté à aucun moment de l’histoire.
Les tenants de l’arabo-islamisme, lassés à la longue de notre résistance, nous avaient laissé une relative liberté de nous auto-gérer, pourvu que nous restions « chez nous », dans nos montagnes, et que nous ne contaminions pas les autres régions par notre conception démocratique de la vie sociale.

A la perte du royaume de Grenade -ce qui équivalait à la fin de la mainmise de l’arabo-islamisme sur un petit bout d’Europe-, les chefs de provinces et les autorités religieuses algériens, de peur de la contagion hispanique, et aussi pour ne pas perdre leurs prérogatives, firent appel à la Turquie afin qu’elle les aide à défendre l’idéologie arabo-islamique. Ce sont les Turcs qui détruisirent notre autonomie par leurs incursions dans notre pays et l’implantation du principe des Marabouts, lesquels seraient chargés d’islamiser le peuple kabyle…

Aujourd’hui, l’honneur de sortir la Kabylie du colonialisme le plus négateur qui soit à notre encontre, incombe à tous les Kabyles qui se targuent de fidélité à notre identité, qu’ils soient descendants de Marabout, ou pas.

La seule voie de salut est l’Autonomie de la Kabylie, qui garantira la survie de notre peuple, avec son identité et sa liberté, qu’elle soit confessionnelle ou de pensée.

Zira Nath-Habou est auteur du livre «Kabylie ou l’identité martyrisée», Edition Persee, décembre 2009