Contribution : J’ai rêvé de Matoub la nuit dernière

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CONTRIBUTION (Tamurt) – J’ai fait un rêve incroyable cette nuit. J’étais avec Matoub Louenas, il était comme en 88 à sa sortie d’hôpital, après avoir été criblé de balles par les gendarmes algériens assassins. Il avait ses béquilles. Dans la première partie de mon rêve, nous étions chez lui, j’étais content qu’il m’ait donné son mandole, le problème est que je devais l’accorder autrement pour faire des arpèges. Je ne suis pas parvenu.

Je le regardais rire de l’autre côté avec des amis et je voulais lui annoncer que la Kabylie disposait désormais d’un gouvernement provisoire et qu’elle était en voie de s’affranchir définitivement du joug criminel d’Alger. Lui qui voulait une république de Kabylie j’étais sûr qu’il en serait heureux mais je ne lui ai rien dit réalisant soudain que Matoub a été assassiné et qu’il en est mort. Je devais donc être en train d’imaginer cette scène ou de rêver, j’ai compris qu’en effet je suis dans le rêve et je me suis, je crois, réveillé ou pas tout à fait.

Sans savoir comment, je me suis retrouvé dans le même rêve et cette fois nous étions sur la place d’un village que je ne connaissais pas, peut-être le sien. Plusieurs personnes l’entouraient, il avait un burnous marron et une canne (Donc toujours blessé comme en 88). De loin je le regardais discourir et je me souvins encore qu’il était mort. Je me demandais s’il le savait ou pas, j’ai pensé le lui demandé mais j’ai hésité. Ce que je voulais en réalité, c’était un conseil sur ce que nous devrions faire pour sortir du chaos dans lequel les terroristes d’Alger, qui l’ont assassiné, ont plongé la Kabylie. J’avais justement pensé aux salafistes qu’ils nous envoient pour tuer nos espoirs et notre liberté, j’ai pensé aux kidnappings que le DRS organise pour nous terroriser.

Je voulais qu’il me dise ce qu’il faudrait faire pour que les kabyles comprennent que la Kabylie est en danger car du ciel où il se trouve, il pouvait avoir une vision plus globale de la situation et pouvait je ne sait par quel pouvoir posséder la réponse. Il surprit mon regard et il quitta le groupe avec qui il discutait et il vint vers moi. Il était étrangement plus grand de taille et plus robuste. Je le regardais d’en bas et lui ai demandé s’il savait qu’il fut assassiné. je sentis des frissons envahir mon corps entier en lisant OUI dans ses yeux.

Je lui ai alors demandé de me dire ce qu’il fallait faire, s’il avait un moyen ou une solution pour nous. Là son regard a changé, il était devenu plus dur et il n’avait pas l’air content. J’ai pensé que quelque chose l’empêchait de réagir de l’autre côté, comme s’il y avait des règles qu’il ne fallait pas violer, puis je lui ai dit par ma pensée: Mais tu es un rebelle, aucune règle ne peut t’empêcher de dire ce que tu penses.

Au bout d’un moment, il me dit: Oubliez-moi!

Les kabyles l’ont-ils trahi ? Ont-ils trahi son sacrifice ? J’étais en train de me dire, sous le choc, je suis resté muet, je ne savais plus quoi faire, je voulais insister mais j’ai renoncé. Nous nous sommes regardé un long moment en silence, plein de choses passaient de son regard vers le mien. je comprenais alors qu’il me disait : « Je vous ai déjà tout dit, je ne peux pas mourir encore une fois pour vous, c’est à vous maintenant de la sauver ! »
Il comprit que j’avais saisi. Il voulait dire encore quelque chose, j’attendais avec tellement d’impatience que je me suis réveillé. J’étais confus mais bizarrement confiant.

En me connectant sur face book, le premier message que j’ai reçu, c’est celui d’une amie qui me demandait: « Que veut dire Matoub quand il dit (Dwas an cereg tamurt) ?

Afraniman Iffettiwjen