Convention Nationale Kabyle : Ensemble, construisons-nous un « toit »

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KABYLIE (Tamurt) – En effet, la société kabyle à travers son histoire millénaire avait toujours su trouver en elle le ressort nécessaire pour transcender ses différences conjoncturelles et appeler à des larges concertations confédérales, lorsqu’elle traversait des situations récurrentes de crises aigues ou lors de la conjonction de moments de détresse et d’épreuves et, plus généralement, chaque fois qu’un danger imminent menaçait ses soubassements, tant dans sa cohésion sociale ou hypothéquant dangereusement l’intégrité de ses territoires. Aussitôt, tous les litiges et ressentiments accumulés dans le cours de la vie entre individus, familles, villages ou encore inter-Ârchs, sont alors transcendés, dans l’unité retrouvée, faisant prévaloir avant tout l’intérêt vital de leur pays au détriment des intérêts de clan ou d’individus.

C’est dans l’ouvrage de référence de Si Amar Boulifa « Le Djurdjura à travers l’Histoire » que cette tradition est attestée. En effet, il y écrit : « …Soutenus par le souffle de liberté qu’ils aimaient autant que leur vie, acceptant volontiers tous les sacrifices et unissant tous leurs efforts pour fondre sur l’ennemi commun, les Aarchs kabyles arrivaient souvent à repousser et à mettre en déroute tout pouvoir oppresseur et l’envahisseur le plus redoutable. Dès que l’intégrité de leur sol était assurée, les Aarchs, rentrés en possession de leurs biens, reprenaient toute leur vigueur, et, avec leur débordante activité, ils arrivaient sans peine à réparer leurs brèches et à consolider leur libération et assurer leur indépendance durant le cours des siècles… » [[Si Amar Boulifa « Le Djurdjura à travers l’histoire, depuis l’antiquité jusqu’à 1830 », Alger, J. Bringau 1925.]]. A travers cet exemple, nous voyons combien chaque Kabyle a conscience de préserver ses racines, son patrimoine identitaire et culturel.

Pour réhabiliter cette faculté ancestrale d’autonomie et de protection collectives il y a lieu de la réconcilier avec la contemporanéité en toute cohérence et la remettre au diapason de la modernité. Ainsi, il est bien connu qu’en droit international, un peuple sans état n’a aucune existence juridique légale et nulle institution ou autre nation ne peut le reconnaitre. Donc, faute de pouvoir saisir les instances internationales, il ne peut ni protéger ses intérêts, ni se prémunir des menaces qui portent dangereusement atteinte à ses intérêts et son intégrité. Il ne peut non plus faire valoir ses droits inaliénables tant au niveau national qu’international. Par conséquent, pour un peuple aspirant à sa reconnaissance, la mise sur pied d’un État relève d’une nécessité vitale. Ainsi au lieu de se complaire stérilement et de se morfondre dans de vaines litanies, de plaintes sans lendemains, et d’égrener les interminables chapelets de lamentations d’une insoutenable inanité, le peuple kabyle a le devoir de se retrousser les manches pour se doter résolument des instruments juridiques adéquats de nature à lui permettre tout d’abord de s’imposer avec son statut. Il pourra enfin consolider son émancipation politico-administrative, et entreprendre d’une manière autonome non seulement son propre développement et son essor mais aussi, et surtout, garantir plus efficacement sa sécurité.

En convoquant donc la tenue d’une Convention Nationale Kabyle, la première du genre en Kabylie, depuis sa perte de la souveraineté en 1857, le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie vise avant tout à libérer l’énergie créatrice de l’ensemble des forces vives de la Kabylie. Il entend offrir par là l’opportunité tant attendue à tous les patriotes kabyles sincères, de tous horizons, de quelque statut social, de quelque convictions politique ou religieuse qu’ils soient, de faire entendre solennellement leurs voix et apporter ainsi leur contribution active aux soubassements doctrinaux des institutions futures dont sera doté l’Etat Régional Kabyle. Ils en esquisseront les contours en en réaffirmant les valeurs refondatrices.

Par cette initiative, le MAK démontre incontestablement qu’il est plus que jamais ancré dans le cadre civilisationnel kabyle, qu’il est indéfectiblement attaché aux valeurs séculières et aux principes démocratiques et républicains chers à la Kabylie historique dont il ne cesse de prôner la réhabilitation.

Ainsi, en nous fondant sur les constats alarmants sur lesquels s’accordent tous les acteurs politiques de notre région, en prenant acte des incessantes agressions du pouvoir algérien depuis près d’un demi siècle ciblant dangereusement l’existence même de la Kabylie en tant que nation pérenne, tous les citoyens et les acteurs politiques kabyles sont gravement interpellés par l’Histoire. Ils doivent réagir comme un seul homme et s’inspirer dès lors de leur tradition séculière pour taire leurs divergences politiques qui relèvent plus de caprices conjoncturels que d’une vision responsable de l’avenir de leur mère patrie. S’armer de réalisme et se concerter loyalement à travers un débat démocratique fructueux, serein et responsable qu’offre le cadre de cette rencontre relève de la responsabilité de chacun. Les Kabyles ont le devoir imprescriptible de réfléchir ensemble leur propre état régional qu’ils sont appelés à mettre sur pied demain.

Chacun d’eux a droit au chapitre. Il aura à exposer son avis librement et formuler les structures qu’il estime être les plus adaptées à cet état. Comme le dit si bien l’adage des prévoyants : « Demain, c’est déjà aujourd’hui ! » !

Nous devons donc réfléchir collégialement, dès maintenant, à tous les cadres et mécanismes devant structurer et régir les institutions politico-administratives de l’ÉTAT RÉGIONAL KABYLE de demain. Le temps presse en effet, le monde traverse une période de mutation très profondes, il vit des bouleversements géopolitiques annonciateurs de grands déséquilibres régionaux. Ces derniers risquent fort bien de ne pas épargner notre pays et de nous prendre ainsi de court. Alors, si les Kabyles souhaitent que les rééquilibrages en train de s’opérer se fassent avec eux, ils se doivent d’être maîtres de leur destin et faire en sorte qu’ils soient plutôt les artisans de leur propre devenir et ne pas laisser l’histoire se faire sans eux et donc forcément contre leurs propres intérêts.

Pour obéir à la rigueur que cette monumentale entreprise requiert, la présente réflexion est fondée sur un examen minutieux de la question relative à l’entité kabyle, du point de vue politique, identitaire, sociologique, religieux, culturel et géostratégique, tous les arguments invoqués et considérés plaident d’une manière irréfutable pour la nécessité de l’instauration en Kabylie d’un État régional doté d’une large autonomie et rattaché à l’ensemble algérien. Les valeureux fils de Kabylie doivent se sentir tous interpellés pour la concrétisation sur le terrain de cet objectif civilisationnel vital pour leur avenir. Ils sont sommés par l’Histoire de riposter efficacement, dans l’unité des rangs, comme un seul homme. Les Kabyles devraient donner libre cours à toute leur intelligence, dans un esprit critique constructif, en multipliant leurs activités régénératrices et vivifiantes dans tous les domaines et sous divers aspects. Et qu’importe si d’aucuns, au sein même de l’ensemble algérien, par esprit d’égoïsme ou de jalousie bien étroit, trouvent déjà notre entreprise trop ambitieuse, débordant les limites qu’ils lui auraient arbitrairement fixées. Car, ce faisant, et à coup sûr, les fils de la Kabylie ne manqueront pas demain de surprendre et se faire vite distinguer dans le concert des nations. Ainsi, l’activité et le renouveau kabyles susciteront la juste reconnaissance qui leur fait défaut, particulièrement dans le bassin méditerranéen, eu égard à leur précieuse et incontestable contribution au progrès de l’Occident, dont désormais ils sont partie intégrante.

L’État régional kabyle sera une construction institutionnelle rationnelle et civilisationnelle au sein du bassin méditerranéen ou ne sera pas. Elle traduira fidèlement une option résolue qu’entreprennent tous les Kabyles pour la rénovation et la modernisation de leur espace social et territorial de nature à témoigner de l’intelligence vive que recèle sa composante humaine. Ce sera là, un vaste chantier de reconstruction de sa propre économie et de reconquête de toutes ses ressources naturelles qui devraient lui permettre de générer un véritable développement durable, autonome et totalement intégré aux spécificités socioculturelles, historiques, géographiques et climatiques qui distinguent fortement la Kabylie. Pour ce faire, il est hors de question pour nous de sombrer dans un mimétisme déconcertant ou d’être complaisamment tentés de reproduire des expériences étrangères hétérogènes, sans lien avec notre réel. L’État régional kabyle sera un exemple à côté de ceux développés en Europe occidentale et d’Amérique du Nord, entièrement réfléchi, conçu et mis sur pied par le génie du peuple kabyle au sein du bassin méditerranéen.

L’État régional kabyle, devrait alors s’ériger en une institution étatique régionale moderne, socialement accueillante au sein de l’ensemble algérien et ouverte sur le monde. Son appartenance à l’Algérie sera fondée exclusivement sur sa libre adhésion en fonction de ses intérêts et sur la base des valeurs qui seront clairement définis par la future Constitution régionale kabyle. Par voie de conséquence, le génie de l’homme kabyle consiste à entreprendre la construction de l’État régional kabyle dont nous avons le devoir dès à présent de jeter les bases fondatrices. Il sera appelé certainement à se développer de manière fulgurante, à s’enrichir, à progresser au fur et à mesure de son avancement et s’épanouir très rapidement au fil des ans : politiquement et institutionnellement, socialement et économiquement, scientifiquement et culturellement. Tel est le défi kabyle !