Culture – Le Théâtre en Kabylie

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Le théâtre, à coté de sa vocation artistique de distraction, est aussi un instrument de lutte et de combat, par le biais de cet art le comédien s’approche des catégories populaires.

Il met en scène leurs tracas, leurs espérances et leurs faiblesses. C’est une catharsis pour le comédien et une thérapie pour le public. D’ailleurs le célèbre psychologue américain Jacob Levy Moreno a inventé le psychodrame comme étant une technique thérapeutique, par laquelle, le patient parvient à dégager ses souffrances et désirs inconscients, en improvisant une scène devant le thérapeute.

Les pays avancés accordent un intérêt particulier au théâtre et à la culture en général, en débloquant des sommes considérables dans l’organisation de festivals, la construction de salles de théâtre et l’aide matériel et financier aux troupes théâtrales. Le festival de théâtre d’Avignon en France est l’exemple phare de cet intérêt accordé au quatrième art. À coté, de son aspect culturel, il est, aussi, une source de rentabilité économique pour toute une région.

La Kabylie regorge de talents et possède un public qui a la soif de théâtre. Mais quelle est la réalité du théâtre en Kabylie ?
C’est une réalité amère celle qu’on constate aujourd’hui, il y a que les associations qui, avec les moyens du bord, préparent leurs représentations théâtrales ou sketch. Les préoccupations et les soucis de la vie quotidienne empêchent les jeunes de poursuivre leurs aventures artistiques. En réalité il y a un manque de cadre professionnel pour accueillir tout cet engouement pour lethéâtre. On signale d’ailleurs, l’absence de salles pour accueillir le public et offrir un cadre de travail adéquat aux comédiens. S’ajoute à cela le manque de formations diverses en dramaturgie et en jeu d’acteur qui sont nécessaires pour un bon produit et la continuité dans le travail.

Dans une société qui vit, encore, sous l’emprise d’une culture conservatrice, on est un peu loin de penser à une créativité. Des limites sont tracées dans l’écriture et le jeu, alors que, le dramaturge et le comédien devraient être libres dans leurs réflexions et actions. Hormis, les troupes d’enfants ou scolaires, la présence féminine est pratiquement inexistante, les comédiens sont contraints de se déguiser en femmes pour jouer des rôles féminins. Dans une société phallocrate qui a un regard pervers envers le sexe féminin, la femme est exclue des activités culturelles et artistiques.

Le plus grand obstacle provient des autorités locales et hauts responsables de l’Etat qui ne consacrent pas de budget important au volet culturel et n’encouragent guère l’esprit d’innovation et de créativité artistique. Les responsables n’ont aucun lien avec la culture et s’ils aident un comédien ou un artiste c’est parce ce dernier rend service au régime en véhiculant sa politique.

On peut comprendre que l’art, en général et le théâtre en particulier constitue une menace majeure pour les régimes autoritaires ainsi que pour leurs intérêts politiques et économiques, car le théâtre est un art libérateur.

Le théâtre devrait être introduit dans la vie quotidienne, il devrait être introduit dans les systèmes scolaires pour permettre à l’enfant la libre expression et l’autonomie. L’autonomie personnelle qu’on ne peut avoir qu’en ayant un espace et un temps pour l’exercice de la parole. La libre parole qui constitue une barrière au servilisme et un chemin vers la libération de l’esprit. Le peuple, aussi, doit avoir accès au théâtre pour se distraire, pour ouvrir plus ses yeux aux enjeux fallacieux des inhumains, pour se cultiver et apprendre leur Histoire.

Le théatre est une école de la vie, c’est une icône qui s’ouvre sur l’universalité, qui maintient aussi, les valeurs des peuples et leurs cultures. C’est un moyen d’émancipation, de lutte contre la mondialisation et la conception d’un homme objet au service des puissants.

Amar BENHAMOUCHE

Etudiant en psychologie clinique université de Montpellier III