Culture officielle en Kabylie : Des danses folkloriques pour occulter assassinats, rapts et incendies volontaires

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KABYLIE (Tamurt) – Ould Ali Lhadi donc, de surcroît commissaire de ledit festival, en présence de représentants du wali de Tizi Ouzou, de l’APW, du chef de daïra, de députés, des élus et du président de l’APC de Tizi Ouzou, a déclaré lui, à l’ouverture du Festival culturel arabo-africain de danses folkloriques “ que “ Tizi Ouzou sera, durant cette semaine, une aire de fête, de joie, d’amitié et d’hospitalité qui ne manqueront pas de se propager vers d’autres localités de la wilaya ”. Il faut se souvenir que Bouteflika, dans l’infini amour qu’il voue aux Kabyles, a décidé de domicilier cette haute manifestation en Kabylie.

Selon Liberté, le « journal sécuritaire » comme l’a appelé le plus célèbre de ses chroniqueurs, cette grandiose manifestation verra la participation de 9 troupes étrangères (Palestine, Tunisie, Côte d’Ivoire, Jordanie, France, Syrie, Sénégal, Mali et Guinée) ainsi que 9 autres troupes “nationales” (Imsouhal, Béni Yenni, Illizi, Khenchela, Sidi Bel-Abbès, Mascara, Constantine, Tlemcen et Tizi Ouzou). Ainsi, les heureux aborigènes d’Algérie qui seront désignés à la figuration dans le spectacle auront la chance inouïe d’apprécier 5 jours durant (du 17 au 21 juillet) les entrechats et autres galipettes exécutées par les artistes de ces troupes.

Le propos ne concerne pas la performance des acteurs de ces troupes qui doivent posséder sûrement des talents appréciables, ni le bien-fondé des motivations à leur participation. La question s’adresse aux dirigeants de ces troupes “ algériennes ” qui participent en bonne connaissance de cause à une entreprise de normalisation et de banalisation de la Kabylie à travers leur participation à un “festival culturel arabo-africain”, qui est, en la circonstance, une provocation supplémentaire. Car ces dirigeants de troupes ne doivent pas ignorer que la culture du peuple kabyle, son histoire, ses us et coutumes, ses héros, ses mythes fondateurs et ses légitimes aspirations sont flétris au quotidien par les radios, les télévisions et les journaux de l’état algérien. On imagine l’embarras des innocents jeunes acteurs des troupes d’Imsouhal, Béni Yenni et Tizi Ouzou que leurs dirigeants ont embarqué contre une obole, dans une représentation aliénée du déni de leur propre culture.

Imbattable dans l’innovation en matière de servilité, la secte Toumi-Ould Ali tend à récupérer au profit de Bouteflika, toutes les initiatives culturelles indépendantes émanant des citoyens de Kabylie. C’est ainsi qu’elle a voulu faire main basse sur le Festival de la Robe Kabyle qui s’est déroulé les 30 & 31 juillet au village Iḥemziyen à Illula Umalu. En vain ! Dans la foulée, elle persiste à vouloir phagocyter une autre initiative culturelle de l’Association Tanekkra et le Comité du Village Mareghna, le Festival de la Chanson Moderne qui s’y déroule du 5 au 7 août 2010.

Dans cette intrusion à Mareghna, il ne viendrait, bien entendu, à personne l’idée de croire que Mme la Ministre et M. le Directeur de la Culture de Tizi Ouzou puissent s’associer à un hommage, dans son village, à Ferhat Mehenni, le Président du Gouvernement Provisoire Kabyle, qui a, pour rappel, obtenu avec son groupe Imaziγen Imula, le 1er prix du festival du même nom organisé à Alger en … 1973.

Personne n’est dupe. Ni les responsables des associations Tagmat d’Ihemziyen, de Tanekkra de Maraghna et ni aucune citoyenne ou citoyen de ces villages. De toute façon, le pseudo sponsoring du Ministère de la Culture et de la Direction de la Culture de Tizi Ouzou ne fait en aucun cas d’eux les parrains de ces manifestations culturelles décidées, organisées et exécutées par des citoyennes et citoyens kabyles jaloux de leur art, de leur culture et de leur liberté.

Après tout, les quelques sous que peuvent mettre ces institutions en Kabylie n’est qu’une infime partie que l’État algérien doit à une région où il récolte la plus grosse partie de ses ressources financières hors hydrocarbures par une fiscalité féodale qui lui est spécifiquement et exclusivement appliquée. Pour exemple, rappelons que dans la wilaya de Djelfa, dans les factures d’électricité des ménages, il y est mentionné explicitement une rubrique dite “aide de l’état” conséquente alors qu’en Kabylie, outre qu’il n’y a aucune espèce d’aide de l’état, les factures sont artificiellement gonflées au point où elles obèrent gravement le budget des ménages. Cette réalité, tous les élus municipaux, de l’APN et du Conseil de la Nation de l’Algérie la connaissent et aucun n’a, jusqu’à présent, osé dénoncer cette injustice.