De Mouloud Mammeri à l’URK

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repression contre l URK

CONTRIBUTION (Tamurt) – Le 10 mars 1980, le régime maléfique d’Alger a interdit une conférence de Mouloud Mammeri sur les poèmes kabyles anciens, provoquant un éveil identitaire des kabyles en faveur de leur racine amazighe. Le 10 mars 2018, soit 38 ans plus tard, le même régime a réprimé brutalement, kidnappé et torturé une cinquantaine de militants pacifistes du Mouvement pour la République Kabyle (URK). Sans se rendre compte, la police politique d’Alger vient de déclencher le vrai combat libérateur; celui de libérer la Kabylie du joug de l’Algérie coloniale.

En visionnant la vidéo montrant la violence et la brutalité des janissaires zélés des régents d’Alger face à des militants qui tenaient des pancartes à l’entrée de l’université qui porte le nom de Mouloud Mammeri, je me suis rendu compte, que nous autres kabyles, vivons sous domination. Cette dernière porte bien un nom, la colonisation algérienne. En réalité, le pourvoir d’Alger n’a rien lâché depuis l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri le 10 mars 1980. En 38 ans, le pouvoir mafieux d’Alger avec la complicité de certains Kabyles des services, nous a gavés de faux partis démocratiques, de faux syndicats, de pseudos journalistes, d’élections truquées, d’hurluberlus hommes d’affaires et d’une officialisation fictive de tamazight en attendant l’installation, un jour, d’une académie « disciplinée ».

En 38 ans, le pouvoir corrompu d’Alger a arabisé notre école, a « salafisé » nos mosquées, a fermé nos églises et altéré nos tenus vestimentaires. En 38 ans, le pourvoir mafieux d’Alger s’est immiscé dans la gestion de nos villes et villages en « agréant » leurs comités ancestraux et en plaçant des préfets et des sous-préfets ainsi que des commissaires politiques à la tête de nos villes et de nos institutions éducatives, sportives et culturelles. En 38 ans, le pouvoir sanguinaire d’Alger a liquidé Mouloud Mammeri, Matoub Lwenas, Tahar Djaout, Smail Yefsah, Ali Mecili, Rachid Tigziri, Rabah Aissat, Rabah Stombouli, Said Mekbel et tant d’autres. En 38 ans, le pouvoir criminel d’Alger a commis un génocide en Kabylie en tirant avec des balles explosives sur des manifestants pacifiques, tuant 126 jeunes en avril 2001.

En 38 ans, nous autres Kabyles, par nativité et par excès de confiance, avons cru en des « zaims » socialistes, laïcs ou indépendantistes, pour nous rendre compte enfin, qu’ils ne sont en réalité que des humains, tout comme nous, en plus d’être habités par un narcissisme surdimensionné et d’une paranoïa délirante. En 38 ans, nous autres Kabyles avons élevé, par ignorance, des chanteurs maudits au rang de philosophes et avons accrédité des joueurs de flûte avides de gros chèques, en ambassadeurs de la culture « berbère ». En 38 ans, nous autres Kabyles, avons cru que le football et la JSK allez régler nos problèmes de sous-développement et qu’une étoile de plus sur les maillots de ses joueurs allez nous propulser au rang des pays où il fait bon vivre, tout juste derrière la Suède!

En ce 10 mars 2018, les jeunes militants de l’URK ont démontré au peuple kabyle que le vrai combat libérateur de la Kabylie, pas celui sur Facebook ou des salons et des restaurants de l’occident, vient de commencer. Ce chemin vers la liberté et l’abolition du « zaimisme » et du culte de la personnalité n’est pas une autoroute, c’est plutôt un sentier de maquis. Il est difficultueux et compliqué, mais c’est celui-là que les jeunes militants de l’URK ont décidé de parcourir.

Au moment où la violence du pouvoir d’Alger redouble de férocité et le délire du « zaim » et de ses adeptes redouble de débilité, notre intelligence doit tripler de subtilité, pour paraphraser un de nos valeureux militants.

Que vive la République de Kabylie!

Amayas B.