De Tizi-Ouzou à Johannesburg, l’esprit Madiba triomphera

4

CONTRIBUTION (Tamurt) – Ce soir, il pleut à Johannesburg. La tradition Zoulou dit : «Il pleut toujours, lorsqu’un Roi est mort». Ici, le sens du mot Roi ne rime pas avec l’extravagance des monarques arabes. Mandela était avant tout, un Homme modeste, un ami du peuple. Le plus généreux de tous. Le grand frère, Madiba.

Sa longue lutte contre l’apartheid lui a valu, à travers le monde, une admiration qui transcende les générations. Modèle et source d’inspiration des artistes, des cinéastes, des écrivains et des hommes politiques, l’Africain, incarcéré par les Blancs pendant plus d’un quart de siècle, bouscule les convenances, revendique l’égalité et pointe du doigt une discrimination raciale à l’origine des malheurs de son peuple.

Sa détermination à vaincre l’apartheid enflamme l’imaginaire des discriminés et leur redonne espoir. Précurseur, visionnaire, libérateur, héros, icône, Saint… la presse mondiale et les grands dirigeants de ce monde l’affublent d’éloges et de toutes les grâces.

Depuis l’annonce de son décès, Johannesburg est prise d’assaut. Ici, les mots et les sens se brouillent, l’émotion et le rationnel se concilient, les larmes et les sourires se confondent et exécutent d’immuables gestes le swing Madiba rappelant l’élégance de la victoire de la raison sur l’absurde.

A présent, la symbiose entre l’homme et son peuple est plus que parfaite. Le scintillement des couleurs de cette nation arc-en-ciel est d’une beauté indescriptible. Mythe de son vivant, la disparition, du premier président noir de l’Afrique du sud, nous livre un puissant message, plein d’humanisme et de sagesse.

La nouvelle de sa disparition est ressentie comme une douleur provenant des entrailles de l’Afrique. Néanmoins, elle arriva, à point nommé, pour fustiger l’égoïsme d’une cohorte de despotes s’apprêtant à marchander, à Paris, avec des occidentaux, alléchés à perte de raison, par les richesses du continent. Sur le champ, le regard du monde se détourne de Paris la mercantile et se braque sur Johannesburg l’Africaine, l’humaine. En quelques secondes, Paris est devenue l’ombre d’elle-même et les despotes africains ridiculisés.

Ainsi, Mandela congédie la vanité, rappelle les vraies valeurs, que l’humanité gagnerait à s’approprier et rend du coup audible la voix d’une Afrique dominée et exploitée. Comme par communion avec son continent, il réajuste notre regard vers le futur et nous lègue la force morale et la sagesse nécessaire pour redresser le cours de l’histoire.

Les despotes africains et leurs maitres occidentaux, dérangés dans leur troc, à Paris, en début de soirée du 5 décembre, doivent bien le maudire.

Coté occidental, l’absurde mission universelle, derrière laquelle la France néocolonialiste se cache, tombe en désuétude. L’histoire retiendra que la France enferme les peuples africains dans des frontières qu’elle leur a imposé et qu’elle maintient par sa force d’intervention, à chaque fois que ses intérêts sont menacés.

La course effrénée de l’Europe derrière le gain matériel nous interpelle et nous rappelle la prophétie d’un autre Africain, notre Agelid, Jugurtha, qui s’écria, en quittant la capitale de l’empire romain, «Rome : Ville à vendre !»

Immuables, humaines, universelles, les valeurs de l’Afrique sont identiques. La rage des africains de vivre libre et digne sur leur sol est partout la même. De Johannesburg à Tizi-Ouzou, la jeunesse africaine interpelle ses dirigeants et convoite sa liberté.

Entièrement africaine, la Kabylie s’identifie et revendique l’héritage de Mandela. L’obstacle à cet idéal porte un nom : l’Algérie. Cette Algérie dont le soutien à Mandela se révèle n’être dicté que par le lopin de prestige international nécessaire à justifier la féroce répression interne.

Cet idéal africain est, en réalité, incarné, en Afrique du Nord, par Abane Ramdane, Lhocine Ait Ahmed, Said Saidi, Ferhat Mehenni…

Une chose est sûre, même si l’Algérie refuse la liberté et le droit à l’Autodétermination aux Kabyles, la victoire de l’idéal de ces Hommes est inéluctable.

Quant à l’incorrigible France, il y a fort à parier qu’elle livre, en ce moment même, son dernier baroud d’honneur, en Afrique.

L. A.