Des « montagnes » d’ordures ménagères sur les trottoirs de la ville des Genêts

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – D’aucuns remarqueront ces derniers jours que des « montagnes » d’ordures ménagères se sont étalées sur les trottoirs de la ville des Genêts. Leur amoncellement est tel qu’une épidémie risque de frapper la population. Le motif d’une telle situation qui ne fait pas honneur aux responsables concernés est aussi simple qu’il revient périodiquement : les travailleurs de la voirie ont décidé d’une grève de quatre jours, et ce, depuis le 12 au 16 du mois en cours.

Pourquoi les travailleurs de la voirie de la commune de Tizi-Wezzu sont mécontents et que revendiquent-ils ? Rien que la vue de leur quartier général (Q G) qui leur sert de parc, de dortoir et de bureau renseigne d’une façon on ne peut plus claire sur leur condition des plus lamentables. Les lieux sont infects. Une fois qu’on y met les pieds, on a l’impression que l’aiguille temporelle fait marche arrière pour qu’on se retrouve en plein moyen âge. Ou tout simplement, on se croirait dans un décor de cinéma surréaliste qu’on s’apprête à filmer. Les photos qu’on a prises dans ces lieux « maudits » renseignent plus que les mots. Nous reviendrons sur la description du QG des travailleurs plus loin.

Une fois dans le bureau du syndicat local UGTA, ou du moins ce qui est pris pour un espace de bureau, les travailleurs en détresse nous assiègent. Leurs doléances sont multiples. Le matériel de travail est presque inexistant. Les salaires des gens affectés à la régie ne sont pas virés depuis neuf (09) mois. Les dernières augmentations salariales décidées par le gouvernement n’ont pas touché les travailleurs de la voierie. Pourquoi ? Personne ne le sait. La médecine du travail n’est qu’un mot vague pour ces éboueurs. Selon la loi, un vaccin devant les prémunir contre une quelconque épidémie doit leur être assuré tous les six mois. Hélas, pas une seule fois, les malheureux n’ont été vaccinés. Et pourtant, Dieu seul sait que les gros rats grouillent dans ces lieux. Selon leur témoignage, un de leurs collègues a été mordu par un de ces rongeurs, il y a quelques temps de cela. La victime s’est fait soigner avec ses propres moyens. Quant à la tenue de travail, c’est encore une escroquerie. Depuis six ans, une seule tenue leur été octroyée. Et faut-il signaler que seulement quelques travailleurs en ont bénéficié. Par le biais de leur syndicat, ces travailleurs de la voirie ont formulé leur souhait de commander une tenue de travail aux ateliers de la COTITEX de Draâ Ben Khedda. Cette entreprise textile est choisie par les travailleurs à cause de son professionnalisme et son savoir-faire. Hélas, le président de l’APC, après plusieurs jours d’attente, tente de leur remettre un bleu de travail que n’a de tenue de travail que le nom. Les costumes sont faits à base d’un très mauvais tissu et, par conséquent, ne répondent aucunement aux normes. « Le tissu est aussi fin que le papier à tabac », nous ont déclaré les travailleurs. Selon leur témoignage, même le wali a admis que les tenues de travail ne pouvaient pas faire l’affaire. A ce propos, quelques questions se posent : Chez qui le président de l’APC de Tizi-Wezzu a fait sa commande ? Combien de tenues de travail a-t-il commandées ? Quelle somme d’argent exacte a-t-il remis au tailleur qui a confectionné ces tenues de travail ? Quelle est le montant exact de ce qui a été inscrit sur le registre comptable officiel de l’APC ? Ces questions doivent intéresser surtout les services de sécurité et ceux de l’inspection de la gestion financière (IGF).

Après le déclenchement de leur grève, les ouvriers protestataires ont été amenés à prendre langue avec le wali. D’après les dires de nos interlocuteurs, les quatre responsables leur ont promis le règlement définitif de leur problème. « En tout cas, assure M. Abdelkader Draoui, président de la section syndicale locale UGTA, le wali a trouvé nos revendications justes et légitimes ». La question est de savoir donc si le premier commis de l’Etat de la wilaya de Tizi-Ouzou aura le courage nécessaire de s’attaquer frontalement aux différents maux dont souffrent depuis de très longues années les travailleurs de la voierie de Tizi-Wezzu.

Quoi qu’il en soit, un préavis de grève de huit jours sera lancé aux autorités concernée, et ce, dès demain 2I mars, pour qu’une solution appropriée soit trouvée à « notre cas ». « Faute de quoi, avertit M. Abdelkader Draoui, nous entamerons un mouvement de grève illimité ». Alors, irait-on vers une grève ou tenterait-on de trouver une solution ne serait-ce que temporairement ? Une chose est sûre cependant : ce n’est pas la première fois que les responsables concernés ont menti aux malheureux travailleurs de la voierie. Rien que l’année passée, on les a pris pour les dindons de la farce. En effet, en date du 17 novembre 2011, suite à une action de protestation, le président de l’APC, le chef de daïra, l’inspecteur du travail et le wali leur ont promis de régler leurs problèmes dans de plus brefs délais. Au bout de quatre mois d’attente, aucune solution n’a été prise. Même les fiches de paie ne sont pas établies. En somme, si comme les salariés de la voierie travaillent au noir. « Quand nous avons exigé qu’on nous remette des fiches de paie pour savoir exactement combien on nous effectue de retenue, nous affirment nos interlocuteurs, le président de l’APC nous a répondu que ces fiches de paie ne peuvent pas être établies car les services communaux concernés n’ont pas de papier ». Incroyable mais vrai ! Un bureau comptable d’une commune qui n’a pas de papier sur lequel doivent être notées toutes les données concernant le salaire d’un travailleur. Et quelle commune ! La commune de Tizi-Wezzu dont les entrées d’argent ne sont pas des moindres. Si l’équipe dirigeante de l’APC de Tizi-Wezzu prétend ne pas pouvoir acheter du papier devant servir de bulletins de paie aux travailleurs, comment dans ce cas elle a voté un budget de onze milliards de centimes au profit d’associations culturelles et sportives et dont la plus part sont fictives ou tout simplement n’existent que sur papier ? N’est-ce pas que c’est la wilaya qui a bloqué cette opération de détournement au grand dam de ceux qui l’ont mise sur pied.

Les services de sécurité connaissent un bout sur cette énième tentative de détournement de deniers publics. Sur des documents officiels, certaines associations allaient être destinataires d’un montant de pas moins de cinq milliards de centimes. Il est quand même curieux que des travailleurs s’acharnant à assurer la propreté d’une ville sont dépourvus de leurs droits les plus élémentaires pour le motif « d’absence d’argent » alors que d’un autre côté de grandes masses d’argent sont « dégagées » pour des associations sportives et culturelles. Quand nous écrivons que ces travailleurs sont dépourvus de leurs droits les plus élémentaires, nous savons parfaitement ce que nous avançons.

Essayons donc de décrire un tant soit peu les lieux de leur QG ! Celui-ci se trouve sur l’ancienne route d’Alger, vers le coté gauche en allant vers l’ancienne gare routière. Dès que vos pas franchissent le seuil du portail principal, une odeur nauséabonde vous prend au nez. Et quelques secondes après, vous sentez cette odeur pénétrer dans votre gorge. La cour faite de terre jonchée de vieux lits, de chaises, de bois pourris. Au coin, une marre d’eau usée est formée. A gauche de la cour, un vieil escalier en bois mène aux pièces du premier étage. Ce sont des chambres à coucher. Les lits en ressors sont couverts d’une rouille de plusieurs années. Les matelas sont aussi vieux que les lits. Les déchirures faites par certains endroits prouvent qu’ils sont éculés depuis longtemps. Dans l’une des pièces faite géométriquement en forme d’appentis, on peut voir le ciel tant le toit est grandement percé à un endroit. Le plâtre débridé et tombé par couches sur le sol a mis à nu les fils de roseaux. Rien que la vue de ces fils de roseaux, on est vite renseigné que le toit a plus de 80 ans d’existence. De nos jours, on n’utilise plus le roseau comme élément de toiture. Dans une autre pièce, on a du mal à la différencier d’un vieux lieu servant de débarras. Et plus, vous attardez dans ces lieu, plus vous sentez une odeur de mauvais goût s’emparer de vous. Une fois redescendu à la cour et face à l’escalier, une porte vous fait face. Vous l’ouvrez et vous avez le passage à ce que les travailleurs appellent le « bureau ». Cette pièce aussi dégoûtante que les autres sert effectivement de bureau aux syndicalistes. Une partie de plafond est arrachée. Les bureaux meubles datant fort probablement de la Grande Guerre sont collés l’un à l’autre. De vieux chiffons mêlés à des morceaux de fer tout aussi vieux sont placés d’une façon désordonnée aux angles de la minuscule pièce. Après la visite de ce bureau ou tout simplement ce qui est appelé « bureau », ce sera au tour du dortoir collectif d’être visité. Les lits sont superposés et sont placés de sorte à former deux rangées. Selon le respect des normes, cet espace servant de dortoir ne peut abriter plus de trois personnes. Cependant, faute de mieux, il abrite plus de douze personnes. Une seule fenêtre existe pour assurer l’aération. Une fenêtre ? A la place des volets et carreaux, est placé un vieux carton dont l’appui est assuré par des baguettes en roseaux. Donc, plus d’aération. Quant à se rincer l’œil avec une vue de dehors, autant s’en abstenir. Oui, juste derrière ce dortoir, un ruisseau d’eau usée coule sans arrêt. Malheureusement, il n’y a pas que l’eau usée. En effet, de longues herbes sauvages telles que l’ortie, l’alun, la folle aux foins etc. lesquelles sont mêlées aux aciers de vieux lits, de chaises, de niches à ordures et d’amas de terre mouillée et de débris de pierre et brique forment un grand amas. Et le tout se conjugue par une puanteur insupportable.

Une description exacte de ces lieux, seul Théophile Gautier l’aurait réussie. Cependant une chose est sûre : si les citoyens de Tizi-Ouzou venaient à découvrir ces lieux, ils n’accepteraient pas de voir Le sieur Naguib Kolli et ses « complices » à la tête de l’APC de Tizi-Ouzou. Car aucun de ces citoyens ne peut accepter une telle ignominie qui se passe dans son territoire en ces temps que dit-on « modernes ». Les autorités médicales doivent impérativement, dès la lecture de ce modeste article, se mobiliser pour vacciner d’urgence tous les travailleurs de la voierie communale de Tizi-Ouzou dont le nombre avoisine 220. La seconde mesure d’urgence est de faire évacuer les lieux pour ensuite raser le bâtiment. L’autre solution d’urgence dépend des services ministériels de M. Daho Ould-Kablia. Une enquête sur la gestion financière de l’APC de Tizi-Wezzu depuis 1990 à ce jour est un besoin impératif et l’un des droits les plus inaliénables des citoyens de la commune de Tizi-Wezzu. Beaucoup de mal a été fait pour cette commune. Il est grand temps aussi d’apporter des correctifs nécessaires. Faute de telles mesures qui nécessitent, devons-nous rappeler, urgence Dieu seul sait de ce qu’il adviendra d’ici à deux années au plus tard.