Deux citoyens différents des autres

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deux personnes discutent

CONTRIBUTION (Tamurt) – A1 : Je te confie un secret mais ne le répète à personne. Ça peut te valoir beaucoup de désagréments. A 2 : Des désagréments ? Tu ne crois pas que nous avons déjà assez comme ça.

A 1 : Je crois plutôt  que tu as la mémoire courte et que je ferais mieux de te la rafraîchir au plus vite avant que ne pointent des oreilles indiscrètes. A 2 : Tu commences vraiment à me faire peur avec tes secrets. J’espère que tu n’es pas un agent secret à la solde du pouvoir. Mais trêve de bavardages. Accouche vite ton secret. Il n’y a personne dans les parages.

A 1 : Très bien ! Ouvre bien tes oreilles ! L’école est sinistrée. A 2 : L’école est sinistrée ? HA ! HA ! HA ! Mais ce n’est plus un secret ça. Tout le monde le sait, y compris ma belle mère et ma grand-mère, analphabètes trilingues. Le premier qui l’avait dit à voix haute, c’était le regretté Boudiaf et maintenant espèce de bougre inculte et peureux, tu es en train de le répéter à voix basse.

A 1 : Mais espèce d’attardé mental, tu oublies ce qui était arrivé à Boudiaf quand il avait dit tout haut ce que j’ai répété tout bas. A 2 : Chut ! Parle tout bas. Je n’ai pas envie de subir le même destin que Boudiaf.

A 1 : Mais imbécile, c’était un président adulé par son peuple. A 2 : Adulé par son peuple. Mais alors, pour quoi l’ont-ils assassiné ?

A 1 : Là, tu commences à devenir dangereux. Il ne manquerait plus que tu me dises : Ou va l’Algérie ? Qui a tué Matoub ? Si tu continues comme ça il va falloir t’interner. Par tes questions intelligentes, tu risques de déranger les âmes tranquilles, les intellectuels tapis dans le cocon moelleux des certitudes, ils n’aiment pas beaucoup les questions, ces esprits sinistrés. Ils ont été à bonne école, tu sais, une école qui déteste la philosophie. A 2 : Après mûre réflexion, je crois qu’on s’en sort à bon compte par rapport à Boudiaf. Nous avons la chance de ne pas disposer de garde rapprochée et de rester vivants. Avec la chance en moins, Boudiaf est devenu un président mort. Avec la chance en plus, nous continuons nos âneries en toute liberté. Je crois que nous devons arrêter de se lamenter et de s’en prendre à notre sort. Je crois que nous n’avons rien à envier aux êtres humains.  Je les connais ces derniers, ils sont ingrats, hypocrites et jaloux. Je suis sûr  qu’ils nous envient notre liberté, notre paix et notre fraternité. Pour quelques grains d’avoine, ils nous font travailler comme des esclaves bien que l’esclavagisme soit aboli depuis 1863par Abraham Lincoln.

A1 : Là, tu me surprends. Je ne savais pas que tu es plus intelligent que certains présidents algériens. A2 : Dans ce pays, il vaut mieux être bête pour vivre plus longtemps.

Hemmar Boussad