Dix-sept nouveaux casernements de la gendarmerie pour la wilaya de Tizi-Ouzou

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Selon des sources concordantes et proches du milieu sécuritaire et décisionnel, c’est le redéploiement de la gendarmerie en Kabylie qui est à l’origine principale de la visite du général-major Gaïd Salah, dimanche dernier dans la capitale du Djurdjura.

Nos sources indiquent également que le chef d’état-major de l’armée nationale algérienne a fait le point avec ses interlocuteurs sur la situation sécuritaire en Kabylie avec élément de l’équation : le terrorisme. Ainsi donc, la wilaya de Tizi-Ouzou ne tarderait pas à subir le quadrillage total de la gendarmerie. Autrement dit, la présence des gendarmes en Kabylie serait beaucoup plus importante qu’avant 2001.

Pourquoi le contrôle de la Kabylie est-il dévolu à la gendarmerie, et non à la police ?

Le corps de la gendarmerie est considéré comme un corps sécuritaire d’élite en plus d’être militaire ; ce qui n’est pas le cas de celui de la police sous tutelle du ministère de l’Intérieur. En termes plus clairs, Alger n’a jamais eu confiance en la police pour contrôler les citoyens. Le remplacement par des sûretés de daïras (police) de certaines brigades de la gendarmerie après les événements sanglants de 2001 n’était que conjoncturel, d’autant plus que les policiers étaient kabyles, ce qui n’a pas été du tout du goût de la gendarmerie dont la puissance et l’influence ont toujours été considérables.

N’oublions pas que lors du démantèlement du commandement de la gendarmerie, au niveau du siège occupé actuellement par les Renseignements généraux (RG) de la police, un gendarme a tiré une bombe lacrymogène sur un policier qui s’apprêtait à enlever le fronton de la gendarmerie accroché sur le mur extérieur de l’édifice. D’ailleurs, une bataille à l’arme lacrymogène s’engagea entre les éléments des deux corps de sécurité. Par la suite, d’autres brigades de la gendarmerie, plus exactement dans les localités où il y a eu mort d’homme, furent démantelées, mais cela n’a été rendu possible que grâce au pouvoir et à l’autorité indiscutables du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). Ayant trouvé plus fort qu’eux, les gendarmes, la mort dans l’âme, ont accepté leur départ imposé.

Pourquoi maintenant la décision de redéploiement en force de la gendarmerie en Kabylie, à Tizi-Ouzou notamment ?

Officiellement, c’est pour mener une lutte plus efficace contre le terrorisme islamiste dans la région. Cependant, la véritable raison réside ailleurs. L’objectif principal du régime algérien est de normaliser la Kabylie par la force puisque la corruption par coups de milliards de dinars de ses relais locaux n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau. Le citoyen kabyle ordinaire est demeuré « indomptable », malgré les multiples rapports envoyés à Alger par les bénéficiaires d’importantes enveloppes indiquant le contraire.

En deuxième lieu, l’autonomie de la Kabylie qui commence à se concrétiser inquiète sérieusement le système. Ceux-ci savent mieux que quiconque qu’avec l’autonomie de la Kabylie, c’est tout simplement le début de la fin de l’actuel système de gouvernance. Cela sous-entend que la région pétrolière et aurifère du Sud algérien ne tarderait pas elle aussi à demander son autonomie. Même les cartes de géopolitique et de géostratégie seraient dès lors appelées à être révisées de fond en comble.

En troisième lieu, des sources indiquent que le poste du patron du DRS ne tarderait pas à être vacant, à l’instar de celui du président de la République. En somme, la vacance des deux postes clés dans un avenir proche effraie au plus haut point les dignitaires du régime. Cela signifie le début d’une terrible lutte de clans. La grande énigme est de savoir quel est l’homme à qui reviendra le plus haut fauteuil du DRS ? Car il paraît évident que son détenteur sera le véritable patron de l’Algérie. Les gendarmes seraient-ils tentés de désigner ou tout simplement proposer un des leurs ? Il n’est pas impossible qu’ils le fassent. Déjà, ils ont réussi à imposer un des leurs à la tête de la police.

Faut-il s’étonner du grand redéploiement de la gendarmerie en Kabylie ?

Le pouvoir ne manque pas d’arguments, qu’il a lui-même généré, pour justifier la forte présence de ce corps d’élite dans la région. En effet, les kidnappings, la mafia du foncier et du sable, les trafiquants d’armes, les faux barrages, les laboratoires de fausse monnaie, les groupes « islamistes » armés qui occupent encore les forêts et maquis sont autant de « raisons » justifiant la présence massive de ceux qu’on a déclarés « indésirables » en 2001.

En dernier, il y a lieu de noter que « cette nécessité de mener une lutte implacable contre le terrorisme » est à interpréter comme un désaveu et un rejet de la politique prônée jusque-là par le président Abdelaziz Bouteflika. Autrement, le rendez-vous d’avril 2014 ou peut-être même son anticipation a fait partie de l’ordre du jour de la réunion du général-major Gaïd Salah avec ses subalternes de Tizi-Ouzou.

On ne peut pas courir deux lièvres à la fois, dit le dicton. Le patron de l’armée algérienne et ses hommes contredisent ce proverbe. Ils sont bel et bien en train de préparer la succession de Bouteflika tout en dressant des remparts contre la Kabylie à travers sa militarisation à outrance.