Douzième commémoration de la disparition d’Ameziane Mehenni : un buste aux formes et au faciès du martyr

5

TIZI-OUZOU (Tamurt) – Dix-neuf juin 2004 – dix-neuf juin 2016.  Ça fait douze  ans, jour pour jour, depuis que Ameziane Mehenni n’est plus de ce monde. Des esprits et des mains criminels lui ont volé sa vie. Des esprits et des mains criminels l’ont ravi à ses parents, ses proches, ses amis et à toutes celles et tous ceux qu’il aimait et qui l’aimaient.

Le « tort » d’Ameziane Mehenni était d’être le fils et surtout l’aîné d’un homme qui, par ses idées, ses mots et ses actions, dérangeait le pouvoir.  Oui, Ferhat Mehenni a toujours dérangé le pouvoir et refusé son ordre établi. L’ordre établi par le pouvoir politique algérien est injuste. C’est pour cela que Ferhat Mehenni a décidé de le combattre par ses idées. Et Ameziane, à l’instar de millions d’autres kabyles à l’esprit clairvoyant, a toujours su que le combat de son père, était semblable à celui d’un paladin ; autrement dit relevait de la noblesse. Pour cette raison, le pouvoir, telle une bête aux abois, a réagi selon son mode opératoire : brutal et inique.

Le peuple kabyle, dont le seul guide qu’il reconnait depuis une quinzaine d’années, en l’occurrence le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), a dés lors inscrit à son martyrologe en lettre d’or le nom d’Ameziane Mehenni. Et tous les ans, à la date du 19 juin, il commémore sa disparition. En effet, ils étaient très nombreux, aujourd’hui  à M’raghna, ces hommes et ces femmes kabyles à se recueillir sur la tombe de feu Améziane M’henni. Du côté du MAK, la représentation était, il va sans dire nombreuse. Parmi les hauts responsables, il y a lieu de citer Bouaziz Aït-Chebib, Ahcène Cherifi, Hocine Azem et Kamira Naït-Sid. Notons au passage que ce rendez-vous commémoratif a été organisé par les habitants de M’raghna. Les gens qui ont afflué de partout se sont rencontrés d’abord devant l’hara (maison) du défunt, une vaste cour cimentée, dont l’espace est partagé par tous les voisins. Quand vint le moment de recueillement solennel, la marée humaine prit la direction du cimetière.

L’action commémorative fut exprimée en trois phases. La première : le dépôt de gerbes de fleurs sur la tombe du martyr, geste qui fut suivi par l’observation d’une minute de silence à la mémoire du disparu. La deuxième : l’inauguration du buste sculpté aux formes et au faciès du martyr par sa grand-mère paternelle, la vénérable Nna Wiza. La troisième : la prise de parole. Concernant celle-ci, l’intervention, du côté des responsables du MAK, a été assurée par Bouaziz Aït-Chebib, Ahcène Cherifi, Hocine Azem et Kamira Naït-Sid. Ces Quatre intervenants ont, chacun en ce qui le concerne, évoqué la vie et l’aspiration du défunt durant son vivant, les raisons de son assassinat et le présent et le devenir de la Kabylie. Concernant l’inauguration du buste, le moment a été très émouvant. Ce buste, sculpté avec amour et habilité, a été l’œuvre du sculpteur Mourad At Zayed, originaire d’Ath-Bouadou. Il faut relever aussi qu’en dépit d’une forte chaleur à laquelle s’est ajouté l’effet du ramadhan, la marée humaine, venue de partout, et parmi laquelle se trouvaient de nombreuses personnalités du monde  culturel et artistique (Saïd kessas, amer colombo, hocine du groupe yugurten  Azru Loukad)  n’avait à aucun moment manifesté le moindre signe de fatigue et d’empressement. Bien au contraire, chacun et chacune ont quitté, le moment implacablement venu, M’raghna avec regret. La mémoire de feu Ameziane Mehenni en était la cause.

Saïd Tissegouine