Dr. Hocine Toulait a animé une conférence à l’université de Lausanne

4
Dr Toulait en Suisse

22SUISSE (Tamurt) – Hier, suite à l’invitation de l’Association des kabyles de Suisse et de l’Université de Lausanne (UNIL), Dr. Hocine Toulait a régalé son public par ses grandes connaissances sur le bilinguisme et en particulier par son érudition des langues minoritaires et leur destin.

Après avoir rappelé l’historique de la Kabylie et de sa langue, il était vite entré en matière. Tout en constatant l’avancée graduelle de l’arabe depuis l’indépendance grâce à une politique volontariste de l’Etat algérien, notamment en l’élisant comme langue « nationale unique » à travers l’école et les médias et en excluant le kabyle et Tamazight, il a également relevé le caractère résilient de la langue kabyle. De ce point de vue, le laboratoire kabyle est une source d’inspiration pour les autres langues autochtones de l’Afrique du Nord, ce qui confère au kabyle un rôle de leadership. Dr. Hocine Toulait a beaucoup insisté sur le potentiel de « l’industrie langagière » kabyle qu’il compare à un puits de pétrole, car créatrice de valeur ajoutée en s’exportant dans les autres régions d’Algérie et dans les pays limitrophes.

En somme, il y voit un grand espoir pour son développement parallèlement à la langue dominante, à condition qu’elle soit parlée, ce qui « relève de la responsabilité de tout un chacun ». En outre, autre grand espoir pour l’épanouissement du kabyle, du point de vue linguistique, « on ne peut pas développer une langue en excluant une autre ». Autre piste débattue durant la conférence: le développement et la généralisation d’une langue – de surcroit si elle est minoritaire !- par sa prise en charge par l’Etat. De ce côté là, la conclusion est qu’il n’y a malheureusement rien à attendre du pouvoir algérien plus de 50 ans après l’indépendance, et ce n’est pas l’ambigüité constitutionnelle de la récente pseudo-officialisation de Tamazight qui viendrait démentir cela.

Historiquement, il a été constaté que les concessions successives qui ont été arrachées jusque là étaient dues à la pression politique exercée par le peuple kabyle sur le pouvoir. La Kabylie, en invoquant un cadre institutionnel propre à travers l’autonomie et plus récemment l’autodétermination, ne cherche pas autre chose que l’empêchement de la disparition de sa langue. A ce propos, l’agonie du Chaoui et du Mozabite est à méditer.

Dr. Toulait souligne également que l’exclusion d’une langue se fait également par sa dépossession du peuple et l’appropriation par le pouvoir qui la « nationalise ». Elle devient de ce fait « un bien » de l’Etat qui en dispose à sa guise et, dans le pire des cas, l’immobilise comme une pièce dans un musée, ce qui de facto la condamne à une mort certaine. C’est, selon Dr. Toulait, le cas pour Tamazight, malgré son officialisation.

Enfin, le conférencier a exhorté le public présent et au-delà le peuple kabyle à parler sa langue et à la promouvoir : « vous êtes tous et toutes en mesure de faire quelque chose ». Il a conclu sa conférence en citant cette sagesse africaine : «  Si tu veux faire quelque chose pour moi, fais-le avec moi. Si tu le fais sans moi, tu risques de le faire contre moi. »

L’AKS tient à remercier la Professeur Jeanneret, directrice du département des langues étrangères de l’UNIL, pour l’assurance logistique de cette conférence.

Dr. S. Hadjali, Président de l’AKS,.