Électoralisme en Kabylie: un moyen puissant de vassalisation de la région

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Elections Algérie

KABYLIE (Tamurt) – Peut-on vraiment qualifier de législatives, le choix de députés qui aura lieu le 4 mai prochain ? – Non puisque l’assemblée nationale n’a jamais été qu’une chambre d’enregistrement dans l’Algérie. Mais pour les avantages faramineux que le poste de député procure, c’est la ruée à chaque échéance.

À six mois des élections municipales et législatives algériennes de 2017, le RCD crie déjà à une fraude massive et organisée de la part du pouvoir en place.
Et le 1er février 2017, dans une interview au journal électronique TSA titrée : « On a décidé de faire payer au RCD son boycott des législatives de 2012 », le président du RCD Mohsine Belabbès surajoute que « la fraude électorale a déjà commencé. Si on regarde les interventions dans les médias publics, notamment la radio, on voit qu’il y a une sélection de partis politiques qui passent chaque jour pour commenter les préparatifs des élections ».

Ce parti, autrefois à l’avant-garde du courant démocratique, explique, argumente, avertit, s’insurge et cependant il décide d’y participer.

Pour un esprit normalement constitué, il s’agit là d’une contradiction aberrante.
Mais à vrai dire, une telle posture qui consiste à dénoncer – à juste titre par ailleurs – une réalité de grenouillage récurrent lors d’élections algériennes et d’y prendre part pour soit disant exercer un droit démocratique dans le vain but de limiter la fraude est une rigolade qui sert à amuser la galerie. Le seul bon sens dit que puisqu’on sait à l’avance que les élections ne seront « ni propres, ni honnêtes » et qu’on décide quand même d’y aller, c’est qu’on est ni propre ni honnête soi-même.

Le FFS, lui, ne se préoccupe même pas d’expliquer. Il passe outre même les discussions qu’il doit à ses instances organiques. Il a depuis longtemps tourné le dos à la Kabylie et s’échine farouchement à se draper de « nationalité » à travers un rapprochement assumé avec les tariqas islamiques algériennes.

Hormis pour la période de 1990-91, tout le monde sait que le régime, depuis toujours, a organisé des élections pour faire élire qui il veut là où il veut.

Alors pourquoi un tel cynisme, d’autant que dans l’échelle de désamour du citoyen par rapport aux représentants du système, le député passe avant Bouteflika, Sellal et son gouvernement ?

En fait il y une raison évidente pour la participation aux élections de ces partis catalogués kabyles. Elle est d’essence matérielle et même existentielle. Avoir quelques députés qui doivent reverser une part de leurs salaires pour assurer un fonctionnement minimal de leur parti (loyers, charges immobilières et salaires des permanents) à cause du sévère assèchement des cotisations dues à la désaffection des militants en est la cause. Pour les candidats eux-mêmes, faire partie de la caste pour s’enrichir et bénéficier de l’impunité est d’un attrait auquel il très difficile de résister. Cet appétit l’emporte sur toute autre considération. Quant à l’opprobre populaire, les gens oublient vite et sont enclins au pardon, pense-t-on.

On l’a vu et il n’y a aucune raison que ça cesse : en Kabylie, on n’a jamais vu un député ouvrir un bureau dans sa circonscription pour recueillir les doléances de ses électeurs ; jamais on ne l’a vu protester, ou dénoncer des cas avérés d’injustice. Une fois élu, le député déserte sa circonscription pour s’installer confortablement ailleurs, généralement à Alger, grâce à une indemnité de logement conséquente, à s’occuper de ses affaires. Auprès du large public à travers tout le pays, le député représente aujourd’hui l’archétype du microbe qui vit aux dépens de ses concitoyens.

Le député algérien d’aujourd’hui est perçu comme un satrape sans morale pour qui le sens de l’intérêt général est inexistant.

Au plan économique, la Kabylie est une région sinistrée et sa détérioration est voulue et organisée. C’est plus net encore depuis l’arrivée de Bouteflika : tandis que de grands projets structurants sont en activité et d’autres avancent à la hussarde à l’Ouest du pays – et c’est tant mieux pour les citoyens de cette région -, on peine à achever un misérable stade de football commencé depuis 15 ans à Tizi-Ouzou ou un petit tronçon de ligne ferroviaire entre Tizi n At Ayca (Thénia) et Tizi-Ouzou commencé il y a … 25 ans.

Par contre, tout ce qui sert à altérer, affaiblir et dénaturer la Kabylie est mis en branle. La dernière trouvaille a consisté à demander aux élèves des écoles de ramener de chez eux des plats spécifiques pour célébrer la naissance de Mahomet dans les établissements.

L’abandon est si total qu’il a fallu une mobilisation citoyenne pour agrandir et mettre à une norme minimale de sécurité la cour d’une école primaire à Tacaɛveţ (Chabet Lahmer).

Aux dernières nouvelles, on apprend que Benflis et son parti ne participeront pas aux prochaines législatives. Il est notable que pour une fois un parti politique qui se définit nationaliste se rebiffe et donne l’exemple du refus d’une mascarade qui s’annonce.

L’appétence pour les postes électifs au niveau local et national est aiguisée par les divers avantages constitués par des indemnités hors échelle, la possibilité d’avantages matériels (logements, terrains, etc.) et surtout une impunité rarement démentie.

De ces faits, il est évident que le choix des candidats par les partis ne se fait pas sur la base de la compétence ou l’intégrité mais sur la capacité à accumuler des richesses pour eux-mêmes, leurs proches et leur parti.

L’intérêt général est devenu une chimère dont le peuple se languit.

L’électoralisme participe à la pérennisation de ce système maffieux dont les conséquences en Kabylie servent directement à contrarier les velléités de souverainisme qui s’ancre de plus en plus dans la société.

Azru Loukad

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