En finir avec la chasse aux non-jeûneurs

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Le procès de dix personnes pour non-respect du jeûne pendant le Ramadan devait s’ouvrir le 6 septembre dans une localité kabyle. Il a été reporté au 8 novembre. L’accusé principal a été relâché. Le quotidien Liberté veut y voir un signe d’apaisement dans cette inquisition qui ne dit pas son nom.

Le procès des dix non-jeûneurs arrêtés le 31 août à Ouzellaguène, dans la wilaya de Béjaïa (Kabylie), ne s’est pas tenu hier, comme prévu le 6 septembre. Il a été reporté, comme l’avait été, il y a une quinzaine de jours, celui qui devait statuer sur le cas de deux autres personnes poursuivies à Aïn El-Hammam (Tizi-Ouzou) pour le même « délit ». Mieux encore, le principal accusé, qui se trouvait sous mandat de dépôt, a été relaxé. Est-ce le signe d’une volonté d’apaisement, prélude à l’abandon pur et simple des poursuites contre les mis en cause? Certains en sont convaincus et il faut souhaiter qu’ils auront vu juste. Car, en réalité, il n’y a vraisemblablement pas de quoi tenir procès. Les non-jeûneurs concernés, selon les informations disponibles et qui n’ont pas été démenties, avaient pris soin de ne heurter la sensibilité de personne et n’ont commis aucun outrage puisqu’ils ont été arrêtés dans des endroits privés et non publics, dans des locaux fermés et non ouverts.

Quant à cette accusation d’atteinte aux préceptes de l’islam » dont on les accable, elle ne tient pas la route, la liberté de culte et les libertés individuelles étant reconnues et consacrées par la Constitution algérienne. Si manger ou boire pendant le Ramadan est un acte qui relève des tribunaux, car constituant une atteinte aux préceptes de l’islam, alors les policiers devraient arrêter ceux qui se trouveraient dans la rue, au marché ou au volant de leur voiture à l’heure de la prière au motif qu’ils ne se sont pas rendus à la mosquée. Cela risque de donner des idées aux maîtres de l’inquisition, mais osons cette question : la consommation de l’alcool étant interdite en islam, que dire de ceux qui, le Ramadan fini, vont s’attabler à quelque terrasse de bar pour y siroter une bière? Les policiers auraient alors bien du pain sur la planche et les magistrats tout autant puisqu’ils auraient alors — quelle belle affaire! — à arrêter beaucoup trop de monde, dont quelques-uns de leurs collègues. Et les rafles ne concerneraient pas seulement des ouvriers dans un chantier ou de pauvres chômeurs, mais aussi de hauts responsables exerçant dans les trois pouvoirs en charge de la gestion des affaires de la cité, chacun en ce qui le concerne, à savoir le législatif, le judiciaire et l’Exécutif.

Alors, puisque les meilleures blagues sont les plus courtes, n’est-il pas temps d’arrêter celle, hypocrite et stupide, qu’est la chasse aux non-jeûneurs?

Saïd Chekri

Courrier International

07.09.2010