Encore une bavure militaire en Kabylie

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KABYLIE (Tamurt) – Décidément, la lutte contre le terrorisme déclenchée juste après le coup d’Etat de janvier 1992 lequel a entraîné l’arrêt du processus électoral n’arrête pas de faire des victimes parmi la population.

_ C’est le cas de le dire puisqu’une fois encore les militaires ont commis une gravissime bavure en déchargeant leurs pistolets-mitrailleurs sur un paisible et innocent citoyen qui n’avait d’autre tort que celui de se trouver au mauvais endroit et au mauvais moment. En effet, les militaires qui étaient en opération de patrouille l’avaient tout bêtement pris pour un terroriste.

_ Ce terrible drame s’est passé dans l’après-midi de mercredi dernier au village Tafaout dans la commune d’Aït-Yahia-Moussa , département de Tizi-Ouzou. La victime s’appelant Aïssa OUALEM, la soixantaine et retraité de son état a été tuée par balles par un groupe de militaires en mission sur le terrain. Dans leur rapport, ceux-ci ont mentionné avoir tué un terroriste et trouvé près de son cadavre un pistolet-mitrailleur de type kalachnikov.

_ Le corps sans vie de Aïssa OUALEM a été aussitôt envoyé vers l’hôpital de Bordj-Ménaeil (département de Boumerdès) pour constat de décès avant d’être déposé à la morgue du même établissement hospitalier et où il s’y trouve toujours. Selon nos sources, le responsable militaire de grade de commandant du secteur où s’est déroulée l’opération a convoqué la mère de la victime pour tenter de lui faire signer un document où devant reconnaître que son fils était un terroriste car c’est la condition sine qua non pour récupérer le cadavre de son fils aux fins de l’enterrer au cimetière du village natal ; chose que la vielle femme a catégoriquement refusée. A sa profonde affliction s’est mêlée la colère et la révolte. Elle rit à la face du commandant : « Mon fils n’était pas un terroriste ! Quant à son corps, couvrez-le de sel si cela vous en chante ! ».

_ Au village de Tafaout et ses environs, c’est également la consternation et la colère. Les citoyens ont même initié une pétition pour dénoncer cette bavure militaire qui, désormais, s’apparente à un assassinat. En effet, feu Aïssa OUALEM était connu de tous comme un retraité de la voirie communale de Tizi-Ouzou et avait l’habitude de travailler chez des particuliers comme journalier pour pouvoir un tant soit peu arrondir ses fins de mois que sa maigre pension de retraite ne pouvait pas lui assurer. Autrement dit, la victime ne connaissait absolument rien à la politique. Encore moins à l’activité terroriste. Que serait-il donc passé ?

_ Après avoir constaté leur erreur, les militaires auraient eu l’idée de placer un pistolet-mitrailleur près du cadavre en faisant passer la victime pour un terroriste pour échapper aux sanctions qui pouvaient être décidées par leur hiérarchie.

_ Il reste à savoir cependant jusqu’à quel niveau se situe la complicité. Se pouvait-il que le commandant en personne eut été induit en erreur par ses subalternes ? A-t-il été informé de la bavure et que lui-même eut été tenté de protéger ses hommes ? Impossible de le savoir pour l’heure dès lors que les résultats de l’enquête – s’il y en a une – ne sont pas connus. A conjecturer que les auteurs de l’assassinat – car il s’agit là bel et bien d’un assassinat puisqu’il y a subornation et faux en écriture- soient identifiés, subiront-ils la sanction méritée ? Personne ne le saura car la chose militaire est toujours tenue au grand secret.

_ Cependant, une chose est sûre : ce n’est pas la première bavure des militaires, au niveau du département de Tizi-Ouzou. En effet,en 1993 un jeune homme a été tué par erreur dans la commune rurale de Makouda. En 2007, c’est un jeune pharmacien qui a été tué dans une embuscade sur la route menant de Tigzirt vers Mizrana. La victime roulait à bord de sa voiture et devait rentrer au village (Aït-Saïd) pour assister à la veillée funèbre de sa grand-mère, morte quelques heures plus tôt. De l’avis de plus d’un, les militaires sont loin d’égaler en compétence les éléments de la brigade mobile de la police judiciaire (BMPJ) en matière de lutte contre le terrorisme.