Entretien avec Bouaziz Aït Chébib – « La Convention Nationale Kabyle sera un lieu de libre expression pour tous»

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Tamurt : Bouaziz Ait Chebib, vous êtes responsable du Département à l’Organique au sein du MAK. Comment va le MAK actuellement ?

Bouaziz Aït Chébib : Le MAK va bien et se porte de mieux en mieux chaque jour. Depuis le début de l’année 2011, il effectue une véritable percée dans la société kabyle par des actions de proximité qui ont débuté dès le 12 janvier à l’occasion de la célébration de Yennayer par une marche populaire qui s’est déroulée à Tizi-Ouzou. Il faut se souvenir que tout le pays était alors en proie à des émeutes et la Kabylie n’était pas en reste. C’est dans ce climat délétère que notre Mouvement a réussi sa marche et redonné espoir et tonus à notre peuple. Depuis et jusqu’à hier, le MAK n’a cessé de multiplier les actions de proximité partout. D’ailleurs, votre journal en a rendu régulièrement compte et je tiens à remercier vos correspondants et l’équipe rédactionnelle pour le travail qu’ils ont effectué. Pour revenir au cœur du sujet, je dirai qu’il existe un révélateur irréfutable pour mesurer la santé organique d’un mouvement ; c’est celui des adhésions. Et dans ce domaine, notre satisfaction est complète. Naturellement, vous comprendrez que je ne peux pas donner ici les chiffres.

Tamurt : Certains lecteurs de tamurt.info pensent que le MAK n’est pas assez présent sur le terrain. Qu’en dites-vous ?

B. Aït Chébib : Je ne sais pas sur quoi ces lecteurs se fondent pour l’affirmer dans la mesure où c’est exactement le contraire qui est vrai. Comme je l’ai dit, notre Mouvement a été le seul présent sur le terrain depuis le début de l’année. Mais pour couper court, je prends le risque d’être fastidieux en vous livrant les preuves de la présence du MAK sur le terrain depuis janvier 2011. Les voici :
– 12 janvier : marche à Tizi-Ouzou (Tizi Ouzou). Rassemblement à l’université de Tuβiret
– 03 février : marche à At Wizgan ( Bouzeguène).
– 15 février : caravane à At Wasif (Ouacif) – Ivudraren – Yattafen.
– 21 février : conférence au campus UMMTO de Vuxalfa (Boukhalfa)
– 26 février : meeting à Smaεun (Smaoune).
– 28 février : marche à Aqvu (Akbou).
– 03 mars : meeting à Larvεa n At Yiraten (LNI).
– 10 mars : caravane à Asqif (Michelet) – At Vuyusef – Iferḥunen – Aqvil.
– 11 mars : conférence à Vumellal (Chémini).
– 12 mars : meeting à At zellal (Aït Zellal).
– 18 mars : meeting à Awqas (Aokas).

Tamurt : Les activités du MAK sont presque entièrement ignorées par la presse algérienne dite indépendante. Pourquoi, selon vous, ce black-out médiatique dont est victime le MAK ?

B. Aït Chébib : « Dite indépendante », et vous dites vrai, car la précision est de taille. Permettez-moi de faire une digression. Il y a en Algérie la presse francophone et la presse arabophone. En Kabylie, tout le monde considère la presse arabophone comme une littérature fangeuse dont la mission est de flétrir tout ce qui est kabyle. Elle s’est spécialisée dans le racisme antikabyle, le dénigrement de la Kabylie et de ses femmes et hommes politiques. D’ailleurs, le MAK a esté en justice Ennahar pour diffamation et l’affaire est toujours pendante. Mais naturellement, nous ne nous faisons aucune illusion quant à son issue, si jamais un jour elle aboutissait ; car c’est un organe des Services spéciaux algériens et je ne vois pas quel serait ce juge qui pourrait rendre justice contre une telle institution.

Pour ce qui est de la presse francophone, comme vous l’avez suggéré dans l’énoncé même de votre question, aucun titre n’est vraiment indépendant. Même quand il arrive que les correspondants locaux fassent leur boulot normalement, il est rarissime que leurs comptes-rendus de couverture fassent l’objet de publication. Le black-out vient surtout de leurs directions. Certains responsables de ces journaux prennent prétexte du fait que le MAK n’est pas agréé. Mais ce n’est qu’un faux-semblant puisque bien des organisations comme le Mouvement citoyen, les 3 ailes du MCB, des associations de soutien au régime qui s’improvisent à chaque échéance politique importante sont portés à bras-le-corps par cette même presse. Il y a aussi le chantage de l’État pour la manne publicitaire et bien évidemment, il y a des journaux hostiles au projet du MAK. Les adeptes de « l’Algérie une et indivisible » y trouvent une raison toute faite pour boycotter les activités du Mouvement en surfant sur la déontologie inhérente à leur métier. Mais qu’à cela ne tienne ! Il y a la presse du net, dont vous-même en premier lieu, qui médiatise les activités du MAK, surtout en direction de la diaspora, car pour la Kabylie, depuis le début de cette année, nous avons concentré notre activité sur l’approche directe de proximité et je peux vous dire que lorsqu’on organise un meeting dans un chef-lieu de commune ou de daïra, c’est quasiment toute la Kabylie qui en parle dès le lendemain. Et comme nous sommes décidés à sillonner sans discontinuité tout notre territoire, notre message sera porté directement à ses destinataires, sans intermédiaires. Ceci dit, nous souhaitons vivement aux journaux francophones d’arracher leur émancipation comme le font plusieurs corporations depuis des mois et des mois. Je tiens aussi à préciser qu’une presse kabylophone voir tamurt.info édition kabyle est entrain d’émerger. J’encourage cette initiative car j’ai la conviction qu’avec notre langue, taqvaylit, on s’entendra mieux.

Permettez-moi d’jouter ceci : à chacune des manifestations populaires pour la cause de la liberté d’expression ou de conscience (marches, sit-in, pétitions, etc.), les militants et cadres du MAK ont été parmi les premiers contestataires quand tout simplement ils ne les initient pas comme ce fut le cas pour la défense de nos concitoyens chrétiens à Asqif (Michelet) et Larvâa n At Yiraten, et des non-jeûneurs à Aqvu. Au demeurant, tout le monde sait que la liberté d’expression et de conscience est inscrite comme l’un des fondements principaux du programme du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie.

Tamurt : La Convention Nationale Kabyle se tiendra du 1er au 2 Avril 2011. Pourquoi une telle convention ?

B. Aït Chébib : D’abord à la création du MAK, il y a eu des ruades de la part des éternels militants professionnels qui estiment que ce n’est jamais le moment de faire quelque chose pour la Kabylie. Au fil du temps, nombre d’entre ceux-là sont revenus à la raison et admettent aujourd’hui que la création d’un mouvement politique dédié exclusivement à la cause kabyle est une nécessité absolue. Par ailleurs, il y a des acteurs politiques de premier ordre qui, pour une raison ou une autre n’ont pas eu l’occasion de s’exprimer par rapport à la question. À la demande de bon nombre d’entre eux, la direction du MAK a décidé d’organiser cette convention afin de les intégrer au débat général sur la base du Programme pour l’Autonomie de la Kabylie (P.A.K) qu’il s’agit d’enrichir, d’adapter ou éventuellement d’amender si de nouvelles propositions venaient à être adoptées.

Le MAK n’est ni sectaire, ni imbu de positions définitivement arrêtées. Bien au contraire, sa démarche a toujours été l’ouverture à tous les Kabyles, quel que soit leur statut ou leur rattachement organique partisan.
Le texte qui accompagne l’invitation est parfaitement clair sur le sujet et l’objectif de cette rencontre. D’ailleurs son titre est : « Pour la construction d’un état kabyle en Algérie ». Nous attendons de chacun des invités qu’il apporte sa pierre à cette édification qui devient plus urgente que jamais.

Tamurt : Le 2 Avril, on ressort donc avec une Convention Nationale Kabyle. A quoi va-t-elle servir ? Quels sont les objectifs de cette convention ?

B. Aït Chébib : L’objectif est avant tout politique. La société kabyle cultive comme une valeur essentielle la sécularisation et la démocratie en son sein. La recherche du plus large consensus est l’idéal que nous souhaitons. Il était important de recueillir le maximum d’avis et de propositions en vue de construire ensemble l’esquisse d’un État kabyle où chacun doit se retrouver et s’épanouir. Les résolutions de la Convention serviront de base à la proposition d’autonomie de la Kabylie que les représentants du peuple kabyle auront à négocier point par point avec le gouvernement algérien.

Tamurt : Quelle sera la place du Projet pour l’Autonomie de la Kabylie (PAK), qui a été adopté au Congrès constitutif d’Ighil Ali le 14 août 2007, dans cette convention?

B. Aït Chébib : Le MAK va proposer le Projet pour l’Autonomie de la Kabylie comme fil rouge des travaux de cette convention. Il sera confronté démocratiquement à toutes les autres propositions.

Tamurt : Vous dites que tous les acteurs politiques kabyles, qu’ils soient du MAK ou pas, autonomistes ou pas sont conviés à prendre part à la CNK. Pourquoi cette décision d’inviter des politiques sceptiques, voir même hostiles, au projet du MAK?

B. Aït Chébib : La Convention Nationale Kabyle sera un lieu de libre expression pour tous, y compris ceux qui sont hostiles à l’autonomie de la Kabylie. Je suis le premier à désirer savoir pourquoi ils sont contre et surtout que proposent-ils pour le sauvetage de la Kabylie qui, si rien n’est fait, se dirige vers sa disparition irrémédiable. Tout le monde doit savoir que le temps joue contre nous et que nous avons déjà perdu assez de temps comme ça. Bien entendu, nous ferons tout pour réduire les divergences et les appréhensions ; mais s’il y a des antagonismes irréductibles, alors chacun prendra ses responsabilités devant l’opinion de la nation kabyle.

Tamurt : Y a t-il un formulaire à remplir pour participer ou assister à la CNK ?

B. Aït Chébib : Non ! Il n’y a aucun formulaire à remplir. L’invitation, dûment signée du Président / PI du MAK est accompagnée d’un texte qui porte l’objet et les résultats généraux attendus de la Convention. Aussi bien pour nos invités que pour nous-mêmes, il n’était pas question de s’embarrasser d’un surcroît de bureaucratie inutile. D’ailleurs, certains de ceux qui ont déjà reçu l’invitation, sont pleinement satisfaits de sa formalisation simple et claire.

Tamurt : un dernier mot ?

B. Aït Chébib : J’espère que ce ne sera pas le dernier. Ici, nous avons vécu la création de TAMURT comme une félicité. Après un an d’existence, nous mesurons avec joie le parcours de votre journal que nous sommes nombreux à vouloir adouber sans réserve. Je remercie toute l’équipe de Tamurt. Le travail que vous faites pour la Kabylie n’a pas de prix et le moment venu, la nation kabyle saura reconnaître les siens. Je souhaite une très longue vie à TAMURT, à ses dirigeants et à ses animateurs. En un mot et au delà de nos divergences, j’invite mes frères Kabyles, soucieux de l’avenir de la Kabylie, à sa culture, à son identité milliaire, à la mémoire de nos ancêtres et de nos 127 martyres du printemps noir de 2001, à nous faire part de leurs connaissances et recom-mandations pour dissiper enfin les problèmes qui obstruent le chemin vers notre liberté. Leurs con-tributions seront indéniablement un acte fondateur vers le recouvrement de tous nos droits.
Tanemmirt