Entretien avec le père de Toufik Ahmanache: « Mon fils a été libéré grâce à la mobilisation citoyenne »

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« On ne s’attendait pas à un tel enlèvement », nous dira-t-il d’emblée. » Mon fils, âgé de 35 ans, marié et père de deux enfants n’est qu’un simple ouvrier qui travaille pour gagner le pain de ses enfants. Il n’est donc pas riche pour que les ravisseurs s’attendent à obtenir une rançon en contrepartie de sa libération. »

« Notre famille s’est posée plusieurs questions sur les objectifs d’un tel enlèvement », affirme notre interlocuteur, qui nous recevait dans le domicile de Toufik, à Tamurt Uzemour, village situé à environ une dizaine de kilomètres d’Imceddalen à Tuβiret.

« Les ravisseurs n’ont pas permis à mon fils de célébrer la naissance de sa fille, née juste la veille du kidnapping », regrette notre interlocuteur.

Toufik et ses proches ignoraient ce qui l’attendait ce jour fatidique, alors qu’il s’apprêtait à se rendre à son travail. Durant les dix jours qu’a duré son enlèvement, sa femme, son petit garçon de 8 ans et ses parents n’ont pas goûté à la tranquillité. Ils étaient très inquiets du sort du jeune homme, qui ne donnait plus signe de vie. Fort heureusement, la peur et l’inquiétude ont été adoucies par une incontestable solidarité citoyenne. « D’ailleurs, mon fils a été libéré grâce à cette mobilisation, durant la dernière marche populaire organisée par le comité du soutien à Toufik et à l’appel de laquelle avaient répondu environ 12 000 citoyens », a tenu à préciser le père de Toufik.

Ayant appris la formidable mobilisation citoyenne en faveur de leur otage, les ravisseurs lui ont demandé : « Mais qui es tu pour mobiliser autant de soutien ? ». Quelques heures plus tard, Toufik est libéré près d’un village de la commune de Semmache. L’ayant reconnu, des citoyens l’ont raccompagné chez lui. Il est rentré sain et sauf, au grand bonheur de sa famille et de son entourage.

S’agissant de l’identité des ravisseurs, le père de Toufik, doute toujours :  » Je ne pense pas qu’il s’agit de l’un des groupes terroristes implantés dans la région. C’est probablement une mafia organisée, qui profite de l’insécurité et de l’instabilité pour semer la panique chez les citoyens de la région ».

« Nous avons eu un seul contact avec Toufik, le premier jour de son enlèvement. Le soir même de sa disparition, j’ai eu l’opportunité de lui passer un coup de fil. Il m’a confirmé avoir été enlevé par un groupe armé à l’aide de son propre véhicule. »

Quand aux revendications des ravisseurs, notre interlocuteur, avoue qu’il était question d’une demande de rançon en contrepartie de la libération de son fils.
« J’ai pu joindre les ravisseurs qui m’ont parlé avec le téléphone de mon fils. Ils m’ont demandé de l’argent pour le libérer. J’ai refusé catégoriquement de rentrer dans leur jeu malsain en leur disant ne pas avoir d’argent à vous remettre », a expliqué le père, « c’est à ce moment-là que j’ai décidé, en concertation avec ma famille, d’introduire une plainte à la brigade régionale de la gendarmerie nationale. »

Pendant que la victime de ce kidnapping était enfermée dans une cave de quelques mètres carrés, un élan de solidarité extraordinaire a parcouru les villes et villages d’Imceddalen, Bechloul et Ath-Laksar. Une cellule de crise a été créée. Ceux-ci ont su s’organiser pour sauver la vie de Toufik. Un des cousins de Toufik nous a expliqué qu’il n’était pas question de verser une rançon. On se souvient tous d’une affaire d’enlèvement similaire lors de laquelle la famille de la victime avait versé près de 70 millions de centimes dans l’espoir de récupérer son fils, mais en vain; l’otage avait été quand même exécuté par les ravisseurs. Son père explique, encore, que « les 12 000 citoyens présents à la marche populaire étaient en mesure de récolter le montant de la rançon exigée par les ravisseurs. Il n’en était pas question, car seule la détermination de la population allait sauver Toufik de la mort. »

Il faut souligner que la famille de Toufik a dû faire face à de multiples tentatives de récupération politique, exercées par quelques tendances et mouvements rejetés par les citoyens kabyles dans la région d’Imceddalen.
D’ailleurs, le comité des sages d’Imceddalen continue de refuser les tentatives de récupération politique. Notre source nous a précisé que : « La commission de crise a été créée pour mener à bon terme une mission précise qui est la libération de Toufik. Toute autre manœuvre d’orientation de la population est d’ores et déjà rejetée ».

L’union des citoyens face à l’insécurité et l’instabilité a donné une grande leçon aux adversaires de la Kabylie et des manipulateurs qui sèment la terreur et la panique chez nos concitoyens, et ce en montrant une grande capacité à s’auto-organiser hors de toute tutelle. C’est la preuve d’une autonomie de fait.

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