Ferhat Aït-Mohand, le samouraï de tamazight et la démocratie n’est plus

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Il y a eu grand monde aujourd’hui au village d’Aït-Sellane, commune d’Akbil à l’occasion de la mise en terre du défunt. Les milliers d’hommes et de femmes étaient venus faire adieu à l’ami et au camarade de combat. Parmi cette marée humaine, figuraient naturellement de nombreuses personnalités politiques. C’est le cas du Président du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), Bouaziz Aït-Chebib, le Dr Saïd Sadi, Nourredine Aït-Hamouda, l’ex-président du l’APW de Tizi-Ouzou, Mahfoud Bellabès, le président de l’APC d’Iferhounène, Hamid Aït-Saïd, le président de l’association culturelle et scientifique Amusnaw, El Hachemi Touzène, et tant d’autres élus locaux issus aussi bien du RCD que du FFS et sans compter naturellement les militants du MAK.

D’ailleurs, Bouaziz Aït-Chebib s’est déplacé de Tizi-Ouzou jusqu’à Aït-Sellane avec une délégation laquelle est composée d’Idir Dahmane et Menad Aït-Gherbi. Une fois atteint ce village, perché sur une colline, la délégation du MAK fut rejointe par un autre cadre et militant, Youva Thala-Hamou en l’occurrence, qui vit en république d’Afrique du Sud. A travers les dédales menant de la place du village jusqu’au domicile mortuaire, le déplacement était difficile tant beaucoup de gens ont voulu accomplir leurs obligations à l’endroit de la dépouille de l’homme tant respecté, admiré et aimé.
Ces nobles sentiments étaient partagés même par ceux qui ont été des adversaires politiques de feu Ferhat Aït-Mohand.

Ferhat Aït-Mohand a mis pied initialement dans la vie active comme instituteur. Avec l’avènement de la reconnaissance de tamazight comme langue nationale et la création du Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA), il changera la disciple d’enseignement. Il sera effectivement parmi la première promotion d’enseignants en tamazight formée par le HCA. C’était au cours de l’année 1995. En ce qui est du cheval de bataille politique, Ferhat Aït-Mohand optera pour celui du RCD. Il fera son entrée au sein de ce parti politique dès l’année 1995. Lors de la grève du cartable (1994 – 1995), le défunt a fait partie du comité de suivi du boycott scolaire au niveau de la commune d’Akbil. Et à l’issue de cette mission qui n’était pas de tout repos, Feu Ferhat Aït-Mohand a assuré un rendement d’une valeur inestimable.

En se confiant à Tamurt.info, le président du MAK a affirmé que le décès de Ferhat Aït-Mohand est une perte pour le monde en lutte pour la démocratie et la reconnaissance de l’identité. Bouaziz Aït-Chebib a longuement côtoyé le défunt. Prié de témoigner à son propos, le président du MAK dira : « Malgré nos différences d’opinions politiques, il y a eu toujours du respect mutuel et de chaleureuses relations humaines entre nous deux. Le défunt n’était pas quelqu’un de rancunier après parfois de grandes divergences sur la manière de traiter un problème. J’aime son autonomie de penser. Et pour preuve : en 1995, après le différend entre Ferhat Mehenni et le Dr Saïd Sadi qui s’est soldé par la sortie du premier cité des rangs de la Coordination nationale MCB, feu Ferhat Aït-Mohand, en dépit de sa position en faveur de celle du Dr Saïd Saâdi, a accepté volontiers de participer en date du 28 juin 1995 aux travaux de la rencontre nationale du MCB Rassemblement National qui venait d’être créé par Ferhat Mehenni, et ce, en dépit de la contrariété de sa formation politique (le RCD).

Je l’ai vraiment admiré pour cette entreprise courageuse. Je témoigne également que j’ai eu l’occasion de voir le défunt chez-lui au cours du ramadhan passé. Malgré la gravité de son état de santé, Ferhat Aït-Mohand n’a pas perdu son sens de l’humour qui a toujours séduit ses interlocuteurs. Et il n’a pas perdu non plus son optimisme quant à un avenir meilleur. Je garderai toujours de lui l’image d’un samouraï de tamazight et la démocratie ». Notons enfin qu’il y a un lien d’amitié profonde entre les Aït-Chebib et les Aït-Mohand. Plus encore, le père du président du MAK, Si-Ameur Aït-Chebib, et le père du défunt, feu Si-Ouakli Aït-Mohand, étaient compagnons d’armes durant la guerre d’indépendance de l’Algérie. Les deux hommes, qui se sont enrôlés dans les rangs de l’ALN, se sont longuement battus côte à côte contre l’armée
coloniale française.
A l’indépendance du pays, leurs liens d’amitié se sont renforcés par une a une reconnaissance de bravoure de l’un envers l’autre. La mort de Si-Ouakli Aït-Mohand ne date pas de longtemps.

De Tizi-Ouzou, Saïd Tissegouine.info