Grave dérapage du ministère de l’Education : L’enseignement de tamazight soumis au vote en Algérie

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TAMAZGHA (Tamurt) – Le ministère de l’Eduction nationale vient d’adresser une note aux directeurs de l’éducation des wilayas afin de soumettre au vote l’enseignement de la langue Tamazight. Ainsi, les directeurs de l’éducation des wilayas algériennes  ont été instruits de contacter les parents d’élèves afin de demander leur avis sur cette question : « est-ce que vous voulez que vos enfants étudient la langue tamazight à partir de la rentrée scolaire de septembre prochain », est la question qui sera posée aux parents d’élèves.

C’est en fonction des réponses qui seront obtenues à l’issue de ce vote que le ministère de l’Education nationale algérien décidera si, oui ou non, la langue tamazight sera enseignée dans telle ou telle wilaya. Il s’agit d’une démarche surprenante qui intervient deux ans après que Tamazight a été reconnue comme langue officielle, après avoir théoriquement bénéficié du statut de langue nationale, en 2002, dans la constitution algérienne. Ce vote est en contradiction totale avec le discours officiel, ressassé à satiété par les hauts responsables algériens et leurs relais locaux notamment en Kabylie, et qui stipule que tamazight, langue, culture et identité, concerne tous les algériens.

C’est aussi en contradiction avec les déclarations de Nouria Benghebrit, la ministre de l’Education nationale concernant une supposée généralisation de l’enseignement de Tamazight à partir de l’année scolaire prochaine. Il contredit aussi les déclarations et les assurances de Assad Si El Hachimi, le secrétaire général du Haut Commissariat à l’Amazighité. Ce dernier, à maintes reprises, a affirmé que la généralisation de l’enseignement de tamazight se fera pour le plus tôt possible.

Mais la réalité du terrain vient d’infirmer tout cela. Le fait que tamazight soit soumise à un « sondage-vote » pour son enseignement dans les wilayas algériennes autre que la Kabylie (où l’enseignement de tamazight se fait le plus normalement du monde depuis des années et où il est en nette progression d’année en année) relance indubitablement le débat sur la nature de « la reconnaissance » de tamazight comme langue officielle, en 2016, ainsi que sur les objectifs réels de cette démarche populiste. Pour rappel, l’enseignement de la langue arabe a été imposé, de force, aux kabyles à partir de 1962 et plus particulièrement à la fin des années soixante-dix, avec l’entrée en vigueur de l’école fondamentale, ayant détruit plusieurs générations d’algériens.

Tahar Khellaf