Hacène Hirèche s’en prend aussi à Gaid-Salah

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Hacène Hireche
Hacène Hireche

KABYLIE (TAMURT) – Les personnalités du monde culturel et politique kabyles s’en prennent à tour de rôle au général Ahmed Gaid-Salah, chef d’état major de l’armée algérienne et également vice-ministre de la Défense nationale. Après Mohcine Bellabas, président du parti kabyle le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie et Djamel Zenati, ancienne figure de proue du Mouvement Culturel Berbère, c’est au tour de Hacène Hirèche, également ancien militant de la cause berbère, intellectuel et activiste politique de tirer à boulet rouges sur Gaid-Salah.

Dans une contribution publiée jeudi, et intitulée Gaid-Salah veut régler les horloges de la vie politique, Hacène Hirèche souligne que le transfert du pouvoir politique aux civils est pour Gaïd-Salah une vue de l’esprit, une lubie de l’opposition et de quelques intellectuels. « Le peuple qui réclame depuis plus de six mois « ddawla madaniya maççi askariya » est, pour lui, une comptine pour amuser la galerie mais qui l’agace quelque peu. Ce n’est pourtant pas chanté en tamazight « awanek agharim maççi aserdasi ». Là ça l’aurait énervé beaucoup plus et il aurait prestement instruit quelques magistrats pour étouffer la voix des « fauteurs de troubles » ! », ajoute ironiquement Hacène Hircèhe. Ce dernier souligne : « On savait que Gaïd-Salah, égal à lui-même et fier à bras, est fortement attaché à la tenue d’une élection présidentielle dans les meilleurs délais. C’est chez lui une obsession. Parce qu’il n’a pas digéré l’échec du 4 juillet 2019, une élection planifiée par ses soins et à laquelle il tenait tellement. En annonçant lui-même ce lundi 2 septembre à partir d’une caserne la convocation du corps électoral pour le 15 du mois courant, il marque son territoire et signifie sa volonté de garder les choses en main, d’aller au bout de sa revanche ».

Hacène Hirèche estime que Gaid-Salah a donc besoin d’ajuster l’agenda politique du pays au sien propre et à celui de ses pairs : que le peuple, dans sa quasi-totalité, lui dise chaque semaine « makanc intixabat ma3a l3isabat » ne le perturbe pas outre mesure. « Il en a entendu d’autres. Il ne peut pas comprendre la profondeur d’une révolution quand celle-ci est pacifique et qu’elle est l’œuvre de gens ordinaires. Il ne connait que les luttes de clans, l’élimination violente de l’un par l’autre. C’est pourquoi une seule perspective compte pour lui : « l’élection » d’un président. Un président que le commandement militaire a probablement choisi depuis un bon moment », avertit le professeur de la langue tamazight. Et d’enchainer : « En affirmant, d’ailleurs, ce truisme, secret de polichinelle s’il en est, Lakhdar Bouregâa commandant de la wilaya IV historique, s’est retrouvé, du jour au lendemain, entre quatre murs. Parce qu’une banalité énoncée par un homme crédible prend un tout autre sens. Du coup, c’est sans discussion, c’est comme une mise aux arrêts d’un subalterne ! Il croupit à ce jour en prison malgré son âge, malgré son prestige, malgré ses soutiens venant de partout et de toutes les catégories sociales et politiques du pays ».

Hacène Hirèche rappelle : « Nous étions nombreux à penser que la chute de Bouteflika était une étape décisive dans l’effondrement du système militaro-mafieux mis en place par le colonel mégalomaniaque Boukharouba (alias Boumediène) dès l’été 1962. Un chemin s’ouvrait pour le peuple algérien fier de démanteler le système en place et heureux de pouvoir recouvrer enfin sa souveraineté, de construire une démocratie. Il espérait une refondation radicale des institutions, une reconnaissance de la réalité politique, culturelle, confessionnelle plurielle du pays, une mise en place de mécanismes susceptibles d’éradiquer le chômage, la délinquance, la corruption, l’inefficacité bureaucratique. Bref, l’espoir de stopper le déclin de la nation, de construire un état de droit, de faire de l’Algérie un pays attractif semblait être à portée de main ». Hacène Hirèche déplore en outre le fait qu’à ses yeux, l’armée évolue dans le sens inverse de la volonté populaire. « Mais finalement, tous ces rêves d’un peuple depuis trop longtemps meurtri se heurte de plus en plus à la volonté manifeste de Gaïd-Salah et de ses pairs de faire avorter la plus belle révolution pacifique du monde de ce début du 21ème siècle. Ses sorties régulières à partir de QG de régions militaires indiquent clairement, dans des discours totalement anachroniques mais menaçants, que l’armée évolue dans le sens inverse de la volonté populaire et s’apprête à imposer à l’Algérie une nouvelle forme de dictature. Celle des services de renseignement (SM puis DRS) a visiblement vécu, celle du commandement militaire est de retour.

Le scénario de l’indépendance confisquée semble, en effet, inspirer l’état-major. En cherchant à imposer une élection dans les mêmes conditions que les précédentes, il vise à briser l’élan du peuple, à le pousser à la rébellion violente dans le seul but de réduire ses possibilités de victoire. Autrement dit, l’état-major espère, clairement, semer la division pour provoquer le désenchantement ou susciter des réactions violentes pour justifier une répression brutale afin de rendre le peuple plus impuissant qu’auparavant’, ajoute Hircèhe avant de conclure : en même temps que cet état-major prépare le bâton, il tend également une carotte ; il espère élargir au plus grand nombre l’attitude de soumission qu’adoptent certains cercles habitués à vivre en parasites dans le sillage de la dictature : « c’est le cas des membres du panel de Karim Younès (mais pas seulement) qui, pour voiler leur lâcheté, ne cessent de parler de dialogue, de compromis, de sagesse, de conciliation et tutti quanti. Ils font appel à l’humanisme des dictateurs en leur demandant de céder sur quelques préalables qui les rendraient légitimes mais peine perdue. Ils font mine de ne pas comprendre que lorsque les enjeux sont fondamentaux et décisifs, tout dialogue avec les tenants du pouvoir est inopérant. Seul un changement radical des relations de pouvoir en faveur du peuple en lutte peut assurer la sauvegarde des enjeux en cours. Un tel changement reste possible : poursuivre la voie pacifique et la mobilisation massive, continue et sans faille. Pour ce faire, d’autres vendredis et mardis nous attendent, restons déterminés.

L’avenir est à la primauté du civil sur le militaire, à la dissolution du FLN et de ses satellites pour qu’émergent les forces saines de cette Algérie pleine de potentiels. Alors et seulement alors, la révolution du sourire pourra avoir un effet domino sur de larges espaces géopolitiques et géoculturels. Et, étant donné cette énorme responsabilité qui pèse sur le peuple algérien, ses élites doivent avoir une vision claire de ce qu’elles feront de la liberté qui sera inéluctablement arrachée ».

Tarik Haddouche

1 COMMENTAIRE

  1. Hireche vend mal sa bravoure, il se fera broyer par les islamistes. Feindre une unité politique en recourant aux slogans qui voudraient nous faire identifier dans cet arabisme linguistique assumé est le prélude au rouleau compresseur assimilationniste cher à boumediene. Croire qu’en se pliant ne serait ce pour orner un discours TèLé, gagner politiquement c’est oublier que les fleuves sèches d’été n’auront jamais le plein des oceans, qu’ils ont jadis alimenté. Abane enseigne, qu’en terme d’identité donner n’est pas recevoir…

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