Hocine Azem à Tamurt : « Le répression du régime renforce notre détermination »

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INTERVIEW AVEC HOCINE AZEM (Tamurt) – Le Secrétaire National aux Relations Extérieurs du MAK, Hocine Azem, cousin du célèbre chanteur Kabyle Slimane Azem, fait ces derniers jours face à une pression féroce menée contre lui par les services de sécurité. Dans une brève rencontre, il a ouvert son cœur à Tamurt et affirme avec détermination que rien n’altère sa volonté  de continuer son combat pour la libération de la Kabylie avec ses compagnons. Hocine consacre toute sa vie pour la cause kabyle à l’image de nombreux cadres de ce mouvement qui s’est émergé comme seule et unique force politique des Kabyles.

Tamurt : Peut-on savoir quel est l’objet de votre interpellation dernièrement par la police algérienne ? Et êtes-vous poursuivi en justice ?

Hocine Azem : Je suis victime de mon engagement politique sinon comment expliquer que le commissaire de  la police algérienne des Ouadhias procède d’une manière manu-militari, en dehors de tout cadre des lois « mêmes algériennes », à mon interpellation. Faut savoir que la police n’a aucun droit d’intervenir dans une zone rurale  « là ou nous avons été interpellés ». Pis encore, ils ont agi  sans mandat d’arrêt ni mandat d’amener et sans aucun motif justifiant notre interpellation illégale et arbitraire au regard de tous les textes internationaux que l’Etat algérien a toujours  ratifiés mais qu’il viole pour intimider les militants du MAK.

La police algérienne relève nos empreintes digitales « anthropométrique » comme si nous étions des malfrats ou des brigands de grands chemins. Par contre,  des mosquées illégales et des bars illégaux, gérés par des proches « délinquants »  du régime, ne sont nullement inquiétés pour leurs activités de destructions du corps social kabyle.

Le MAK ouvre le droit  d’agir pour la liberté du peuple kabyle à partir du moment qu’il défend ses thèses  politiquement donc pacifiquement sans aucune menaces contre les libertés individuelles et collectives, la police même donc  n’a pas le droit de faire de la politique, elle  est censée être impartiale à l’égard de tous citoyens sans aucune discrimination de religion,  d’opinion, de pensée, de nationalité, ou toutes autres allégations d’origine sociale, ethnique, nationale…

Les Militants du MAK subissent un harcèlement permanent de la part de la police politique en Kabylie en raison de leur appartenance  au Mouvement souverainiste kabyle avec des pratiques qui nous rappellent des souvenirs  de triste mémoire de certains tristes personnages.

En tenant compte de toutes les pratiques illégales et arbitraires commises contre les militants du MAK, l’Etat algérien ne peut rien présenter à la Justice car celle-ci est tenue de siéger pour trancher les affaires portées devant ses instances sur un fond juridique.

La Justice ne peut sévir sans aucun fond juridique mais la police ne peut rien présenter contre les Militants du MAK, qui plus est, les interpellations sont toutes commises en dehors de la Loi même algérienne.

Tamurt : Apparemment le pouvoir a opté pour la répression ? Comment compte réagir le MAK devant cette situation ?

Hocine Azem : Tous les Etats totalitaires dans l’Histoire de l’Humanité on agi de la sorte, c’est-à-dire que la répression est une recette classique. L’Etat algérien ne peut échapper à la loi de l’Histoire qui a toujours condamné les régimes policiers. Le MAK n’est pas un mouvement belliciste mais un mouvement qui défend pacifiquement son projet d’Etat kabyle sans lequel le peuple kabyle ne pourrait résister aux croisades menées avec le droit de la force et contre toute la force du droit  pour les arabiser. Ceci afin  de les assimiler dans l’ensemble arabo-islamiste qui a déjà dissout  plusieurs peuples et plusieurs cultures avec la disparition de leurs pensées, de leurs Histoires, de leurs territoires ainsi que de leurs modes de vie

Donc, le MAK milite politiquement et pacifiquement pour l’instauration de l’Etat kabyle dans le cadre du droit à l’autodétermination   des peuples et ce, par voie référendaire en application du Droit international.

Pour nous au MAK la répression renforce notre détermination et mieux encore nous considérons que les réponses musclées ne sont pas des solutions aux problèmes politiques. La Kabylie pose un projet politique pour l’Etat algérien naturellement celui-ci nous doit une réponse politique et non des entourloupettes, des menaces ou des compagnes de diabolisation et de stigmatisation contre  les dirigeants du MAK et du GPK. Les mensonges ubuesques à partir de TVs dites privées subventionnées par des lobbies arabo-islamistes ne regleront pas le probleme.

Tamurt : Comment prépare le MAK les marches du 20 avril dans les villes de Kabylie ?

Hocine Azem : La Kabylie se mobilise en tant que Nation et Peuple pour trois  grandes marches populaires afin d’interpeller les consciences universelles et les instances internationales pour que nous puissions  arracher notre droit à l’autodétermination auprès de l’Etat algérien qui paradoxalement réclame ce même droit imprescriptible pour tous les peuples qui se disent artificiellement arabes et le refuse pour tous les peuples qui se disent naturellement amazighes comme le peuple kabyle et celui de l’Azawad .

 Tamurt : L’officialisation de tamazight par le régime algérien est-elle une victoire pour les Kabyles ?

Hocine Azem : La meilleure victoire pour le peuple kabyle sera l’avènement de l’Etat kabyle  sinon tous subterfuges et tous faux-semblants de l’Etat algérien envers la Kabylie n’est que leurre et trompe-œil.

 Tamurt : L’Islamisme gagne de terrain en Kabylie, comment expliquez-vous ce phénomène Monsieur Azem ? 

Hocine Azem : L’islamisme en Kabylie est d’ordre institutionnel de par l’Etat algérien pour acculturer notre peuple d’une part et d’autre part, le peuple kabyle est laïque par définition et par action dans sa vie quotidienne, culturellement, l’islamisme n’a pas d’ancrage dans la société kabyle. Cependant l’islamisme  est phénomène mondial qui sévit partout y compris à Paris, Bruxelles, Bamako et dans certaines régions du Monde plus riches comme dans d’autres plus pauvres.

Pour nous  l’avènement de l’Etat kabyle laïque contribuera à la paix et la modernité dans le sud de la méditerranée et participerait par-là même à la diffusion des valeurs de la modernité et des valeurs des Droits de l’Homme  pour lutter contre ce phénomène d’islamisme.

L’Etat kabyle ne produira pas par ses institutions de l’islamisme comme certains Etats actuels qui participent par leurs programmes scolaires et leurs orientations idéologiques plus islamistes que l’islamisme sauvage que d’aucuns considèrent comme un produit sociologiques des sociétés de la sphère du Sud.

Tamurt : Le pouvoir aussi veut actionner ses relais en Kabylie pour la journée du 20 avril. Vous ne craignez pas une confrontation ? 

Hocine Azem : Le MAK se mobilise pour des marches populaires kabyles et pacifiques d’où  nos appels à la fraternité entre tous les Kabyles sans distinctions.

Depuis  des années que le MAK organise des marches populaires sans le moindre problème sauf lorsque l’Etat algérien réprime frontalement les marcheurs pacifiques.

Le MAK mène une révolution par les idées, par des outils du pacifisme, par les actions non-violentes sur le terrain. Le MAK restaure le débat sur les enjeux stratégiques de l’avenir du peuple kabyle pour la mise en place de son propre Etat. Le peuple kabyle est peuple qui ouvre le droit à tous les droits dont jouissent les autres peuples du Monde.

Tamurt : El Hadi Ould Ali et le préfet de Tizi-Ouzou ne ratent aucune occasion pour s’en prendre ou MAK. Pourquoi votre mouvement ne leur a jamais répondu ?

Hocine Azem : Le MAK a toujours répondu aux janissaires du régime algérien par des arguments contre leurs attaques dépourvues de toute raison humaine. Les tristes personnages auxquels vous faites allusions s’inscrivent dans le sens contraire de l’Histoire. Tout comme la France s’est construite par De Gaule pas sur Pétain le Collaborateur des Nazis ; la Kabylie se construira sur Ferhat Mehenni le révolutionnaire pas sur Ouyahia le missionnaire. Tout kabyle se doit assumer sa responsabilité historique devant son peuple et devant l’Histoire, notre Nation est confrontée  à son enjeu existentiel soit elle vaincrait soit elle disparaîtrait.

si la Kabylie a reconfiguré l’Afrique du Nord par le premier Printemps d’Avril 1980 par ses valeurs et les idées et certainement le MAK redéfinira les rapports géopolitiques des peuples amazighs dans cette région qui a toujours souffert des colonialismes successifs imposés par des circonstances et les étapes historiques dont le peuple kabyle vient à travers le MAK et le GPK de réaliser le premier pas dans le sens de sa libération ainsi les autres peuples amazighs suivront car les Kabyles sont toujours les pionniers dans le combat et les autres ne seront pas des prisonniers  des carcans dans lesquels les Etats qui administrent leurs destines veulent les entraver et empêcher leurs libérations en les maintenant dans leurs dominations.

Interview réalisée par Lounès B