Hommage à Nacer Babouche – Nacer Babouche : L’Homme de la ville

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Naturellement sa disparition affecte en premier lieu sa famille. En fait, elle touche toute la Kabylie et bien au-delà puisque la personnalité et le combat de Nacer ont transcendé bien des frontières réelles ou supposées en matière de langage, de territoire ou d’opinion et de pensée.

Tizi-Ouzou, la cité reconnaissante a, depuis longtemps honoré la famille Babouche puisqu’une place centrale de la ville porte le nom de Saïd Babouche, le père de Nacer ainsi qu’un collège d’enseignement moyen de Mdouha.

Ce n’est que justice…

Nacer, lui, a continué, à sa manière, le combat pour la liberté mené par nos aînés dont son père peut être cité comme un digne représentant qui a consenti le sacrifice suprême (ifka tamgerdt-is : il a donné sa tête au sens propre du terme pour avoir été guillotiné à Serkadji par la justice coloniale française).

De son vivant et aussi loin que remontent mes souvenirs des délicieuses joutes pluridsciplinaires auxquelles nous nous astreignions à chacune de nos rencontres, jamais Nacer Babouche n’a parlé de son père. Dans cette dignité qui se raréfie de nos jours, il est l’égal de Mhend, un autre ami qui s’est toujours refusé d’engranger ou de faire valoir une quelconque préemption du sacrifice de son père, également martyr de la libération de l’Algérie.

Nacer Babouche donnait vie aux établissements qu’il fréquentait à Tizi-Ouzou. Il était, sans dithyrambique, l’Homme de la Ville, qualité que d’aucuns se sont vainement essayé à s’octroyer.

Dans son coin de table et au milieu de la pile de journaux quotidiens qu’il scrute minutieusement, une procession d’amis se relaye chez lui, qui pour un échange amical de banalités, qui pour solliciter une intersession auprès des autorités locales, qui pour commenter l’actualité politique du pays. Accessible et à l’écoute de tous, Nacer n’a jamais refusé son aide et son soutien à quiconque.

Mon souvenir est vivace de sa réaction du jour où, ayant appris incidemment mes déconvenues avec une publication mensuelle qui m’a employé “sans papiers” et m’a obligé à produire des témoins au tribunal pour attester de ma relation de travail avec elle. Sa révolte à l’injustice et à l’ingratitude ont été dignes d’une remontrance de Zarathoustra. Il s’est spontanément proposé comme témoin et m’a proposé des dizaines d’autres. Mais généreux Nacer, il n’en fallait que deux.

Nacer Babouche, inconsolables de ton départ, nous le sommes tous. Mais ton combat, ta générosité et ton esprit habitent nos cœurs. Nous les porterons toujours. C’est notre promesse. Tu peux reposer en paix, frère de combat.

Azazga, le 4 mai 2010,

Azru Loukad

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