Hommage à Nacer Babouche : Vie et combat de feu Nacer Babouche

4

HOMMAGE (Tamurt) – Certains de nos fidèles lecteurs nous ont demandé de revenir sur la vie de feu Nacer Babouche dans l’espoir, qui de leur aveu, de constituer une bibliothèque sur la grande famille militante pour la démocratie et la liberté du peuple kabyle.

Nous avertissons dès le départ nos lecteurs qu’au aucun écrit ne retrace la biographie complète d’un homme. Mais toujours est-il que nous tenterons ici de répondre de notre mieux à ce qui pourra certainement servir demain à la curiosité intellectuelle de toute personne intéressée.

Nacer Babouche est né le 7 juin 1956 à Tizi-Ouzou, plus exactement à Tadart-Oufella. Tadart-Oufella est l’appellation exacte de la Haute-Ville. Nacer Babouche est originaire du aârch d’Ath-Ouaguenoun. Le village natal de son père est Afir, commune de Boudjima. Son père, connu sous l’appellation directe Saïd Babouche a participé à la première attaque de l’Armée de Libération Nationale (ALN) le premier novembre 1954. L’année d’après, à la tête d’un commando il dirigea une opération militaire des plus spectaculaires à Tizi-L’djemaâ dans la commune d’Iferhounène. Le père de Nacer Babouche fut guillotiné en 1956 après qu’il fut capturé par les forces soldatesques françaises à Tizi-Ouzou. Nacer est venu au monde la même année où il perdit son père.

A l’instar donc de centaines de milliers d’enfants kabyles, Nacer Babouche grandit et forgea ses armes sans conseils et protection paternels. Le bon sang ne ment jamais, dit-on. Après des études à Tizi-Ouzou à l’issue desquelles il forgea ses premières armes, Nacer prit conscience que quelque chose d’important ne cadrait pas avec l’idéal et l’objectif poursuivis le FLN-ALN. En effet, la dichotomie entre l’esprit du congrès de la Soummam et la réalité du quotidien algérien, kabyle notamment, est flagrante. C’est ce besoin irrésistible de comprendre les choses qui poussa Nacer à côtoyer les milieux intellectuels et militants. Et pour dire les choses sans risques de se tromper, Nacer à été à la bonne école. En effet, dans ces milieux intellectuels et militants, on a diagnostiqué avec exactitude le mal : l’absence de la culture et l’identité du Kabyle au registre officiel. Nacer a donc pris conscience qu’il fallait apporter un sérieux correctif à l’erreur qui pouvait être mortelle à une nation et, au même temps, dénoncer à cor et à cris les imposteurs. C’est ainsi que l’homme, alors âgé de 24 ans, se retrouva en pleins feux de l’action du Printemps kabyle de 1980. La répression qui s’abattit sur la Kabylie au cours de cette année ne découragea pas pour autant le militant. Bien au contraire ! En effet, en 1984 Nacer fut parmi les fondateurs de l’association des enfants de martyrs dénommée Tighri. Il fut également au cours de la même année membre fondateur de la première ligue de la défense des droits de l’homme laquelle fut affiliée à la Fédération Internationale des Droits de l’Homme. La présidence de la Ligue des Droits de l’Homme fut confiée à Maître Ali-Yahia Abdennour.

A l’occasion de la tentative de la tenue à Tizi-Ouzou d’un séminaire sur l’histoire de la guerre d’indépendance au cours du mois de février 1985 par l’Administration d’Alger et auquel devaient participer les tenants de l’arabo-islamisme comme le ministre des affaires religieuses de l’époque, en l’occurrence le Dr Abderrahamane Chibane, Nacer et ses camarades ont initié une action musclée. En effet, ils ont usé de toutes leurs forces pour empêcher la tenue de cette rencontre aux objectifs inavoués. Le régime, effrayé, a réagi violemment. La peur des tenants du pouvoir s’est traduite par l’arrestation de Nacer et ses compagnons entre autres Ferhat Mehenni, Nourredine Aït-Hammouda, Saïd Sadi, Amar Falli, Arezki Aït-Larbi. En tout, dix militants furent arrêtés. Après leur jugement à Tizi-Ouzou après une détention de 10 jours, le tribunal ne put rien retenir contre eux. Quelques mois plus tard, soit le 5 juillet 1985 à l’occasion de la journée de la célébration de l’indépendance de l’Algérie, Nacer Babouche et ses camarades sont revenus à la charge en empêchant les officiels de déposer la gerbe de fleurs à la stèle des Martyrs sise au centre-ville.

Devant cette nouvelle gifle cinglante, le pouvoir dictatorial a réagi avec une violence inouïe. A nouveau, Nacer et ses camarades furent arrêtés. Parmi les personnes arrêtées, nous pouvons citer Ferhat Mehenni, Nourredine Aït-Hammouda, Arezki Aït-Larbi, feu Rabah Benchikhoune et Arezki About. Ils furent envoyés à la prison infernale de Berrouaghia. Leur procès a eu lieu du 15 au 19 décembre 1985 à la cour de la sûreté de l’Etat de Médéa. Nacer et ses camarades ont vaillamment face à leurs juges qui les ont accusés d’atteinte à la sécurité de l’Etat, rassemblement illégal, création illégale d’association et tant d’autres chefs d’inculpations imaginaires. Le verdict de ce procès qui reste le plus célèbre des annales de la justice algérienne fut rendu exactement à 20 heures. Nacer Babouche fut condamné à 11 mois de prison ferme avec une amende de 2.000 DA. En tout, il y avait 25 accusés à la barre. Et à l’entente du verdict, Nacer, comme ses co-accusés, n’a manifesté aucune émotion. Il a purgé sa peine à la prison de Berrouaghia. Après avoir quitté l’enfer carcéral, Nacer Babouche n’abandonna pas pour autant la lutte. Cependant, avec l’accélération des événements (avènement du multipartisme, le terrorisme), Nacer a manifesté une certaine prudence. Et en toute vérité, il manifesta un intérêt particulier à l’option de l’autonomie de la Kabylie qu’il considéra comme le meilleur moyen pour vivre pleinement ses véritable identité et culture, c’est-à-dire dans la dignité.

S.T