Idir chante devant les ministres et les dignitaires du pouvoir

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Idir et Rahmani

ALGER (Tamurt) – En plus de Ould Ali El Hadi, ministre de la Jeunesse et des Sports et ancien directeur de campagne de Abdelaziz Bouteflika à Tizi-Ouzou, en 2009 et en 2014, dans la première rangée de la salle « la Coupole » où s’est déroulé le spectacle du chanteur kabyle Idir, ce jeudi 4 janvier 2018, il y avait Azeddine Mihoubi, ministre de la Culture, Mohamed Bouderbali, wali de Tizi-Ouzou, Ali Haddad, Président du Forum des Chefs d’Entreprise, ayant financé la campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika, en 2014 ainsi que pas mal d’autres responsables de haut niveau du régime politique algérien ainsi qu’une infinité d’officiels.

Comme nous avons eu à l’annoncer, il y a quelques mois, le spectacle de Idir, organisé sous le haut patronage du ministère de la culture algérien, Azeddine Mihoubi, s’est déroulé tel que les organisateurs l’ont souhaité. D’ailleurs, l’objectif en fixant le prix du billet d’entrée à 3000 DA consiste à empêcher les enfants du peuple kabyle, de condition sociale modeste mais à la verve militante incorruptible, d’y accéder. Idir a donc enchainé ses chansons, surtout les anciennes, celles qui avaient eu un succès durant les années soixante-dix, dont les textes et les musiques sont tirées du patrimoine kabyle ancien, à l’instar de « Sendou ». Entre les chansons, Idir prenait la parole pour commenter ces dernières. Sans doute, pour ne pas froisser les officiels, lesquels ne comprennent pas le kabyle, Idir s’est exprimé à 95 %, en langue française, lors de ce spectacle.

Il s’est exprimé en français mais il a longuement plaidé pour Tamazight. Mais a-t-il insisté à plusieurs reprises, dans le cadre de l’Algérie. D’ailleurs, il a martelé : « pas d’Algérie sans Tamazight ». Idir s’est cru aussi obligé de se justifier devant le drapeaux berbères que certains spectateurs ont brandi dans la salle. « Il n’y a qu’un seul emblème en Algérie, c’est de le drapeau algérien ! ». Ceux qui s’attendaient à ce que Idir ait une pensée pour tous ceux qui sont morts assassinés par le pouvoir algérien notamment lors des événements du printemps noir en 2001 en Kabylie (137 morts) ou encore à l’un des plus grands chanteurs kabyles, assassiné aussi (Matoub Lounès), sont restés sur leur faim. Idir ne l’a pas fait.

Idir a chanté à Alger dans une ambiance très officielle qui contraste foncièrement avec la nature et l’essence du combat des kabyles depuis des décennies. Il faut que nous ayons en revanche l’honnêteté, la mort dans l’âme, de reconnaitre que le pouvoir algérien a réussi cette grande prouesse. Dans la vraie Kabylie et dans le cœur des millions de kabyles des montagnes ou « tarwa Lhif », comme les appelaient Matoub Lounès, ce jeudi 4 janvier, c’est une journée de deuil national.

Tahar Khellaf