Yennayer, un repère dans l’histoire des Amazighs

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Yennayer reste l’unique fête, proprement dite, que toutes les régions d’Algérie célèbrent. Le 1er Yennayer, coïncidant chaque année avec le 12 janvier du calendrier grégorien prend de plus en plus de l’ampleur et de la place, même si, les réactions officielles demeurent toujours les mêmes. Elles sont faites, dans leur ensemble, de mépris et surtout de négation.

Les Amazighs, notamment le Peuple kabyle est investi aujourd’hui de cette mission et responsabilité liée à la sauvegarde de ce pan entier de notre histoire et de notre identité. Pour ce faire, les Kabyles célèbrent chaque année cet événement, chacun à sa manière et selon ses capacités.

Qu’est-ce que Yennayer ?

Il faut souligner tout au début que les Peuples berbères, à l’instar des autres peuples du Monde, ont leur propre calendrier et leurs propres fêtes liées à des dates bien définies dans le temps. Yennayer est cette fête qui marque le passage d’une année à une autre. Donc, une porte s’ouvrant sur une nouvelle année que l’on débute avec de la gaieté, de la joie et des offrandes pour s’assurer une année généreuse et une terre fertile. Ainsi, le calendrier amazigh dans son ensemble est basé sur les changements de saisons et les différents cycles liés à leur première activité; l’agriculture.

La date de Yennayer est liée à un haut fait d’armes chez les Imazighen. Ainsi selon les historiens, c’est en l’an 951 a.v. J.C, le roi amazigh Sheshnaq, après la mort du Pharaon Psoussenes II, accède au trône et devint Pharaon en soumettant toute région du Nil.

L’on signale aussi qu’auparavant, Sheshnaq I régnait sur un territoire allant de la partie orientale de la Libye actuelle jusqu’au delta du Nil.

Les dîners de Yennayer

Le dîner de Yennayer se veut et se doit d’être copieux et varié. Un signe d’opulence indissociable des rites connus pour les Imazighen. Le dîner de Yennayer doit d’abord réunir toute la famille. Chacun aura sa part, sa mission. Les bébés auront droit à une offrande que les parents exécutent, les enfants auront droit à leur première coupe de cheveux. Dans certaines régions de Kabylie, l’on amène les garçons au marché et on leur achète une tête de vœu qui sera préparée au dîner. Les filles de leur côté passent le temps à décorer leurs jouets, les poupées surtout, en couleur vives. La part des absents, les morts notamment, est assurée, car des rites sont souvent organisés et des denrées sont données en offrande par signe d’aumône aux morts. Sur ce point, on signale que les ustensiles de cuisine utilisés pour le dîner de Yennayer seront lavés aussitôt le dîner terminé. Les aliments servis pour le dîner de Yennayer ont aussi une symbolique. À commencer par le choix, car en aucun cas on ne signale des aliments amers ou épicés pour le dîner de Yennayer. La légende raconte que les maîtres de maison évitent ces aliments qui seraient des signes de mauvais augure.

Pour cette année, les citoyens de Kabylie apostrophés sur cette fête estiment que « la symbolique de Yennayer n’est pas seulement son côté fêtard, mais elle va au-delà ». Pour eux, « elle symbolise aussi une appartenance à une culture millénaire, à un peuple libre et à une Histoire ».

Selon Louiza, étudiante à Alger, Yennayer est ce moment qui réunit toute la famille. Elle ajoute qu’« avec ma mère, qui prépare toujours le dîner de Yennayer raconte que cet événement est célébré depuis toujours ». « Chez nous, a-t-elle expliqué, tout le village le fête. Les garçons se font tailler les cheveux pour leur premier Yennayer… et de nombreux mets sont préparés pour le dîner spécial Nouvel An amazigh ».

Ces milliers de familles qui fêtent Yennayer, même dans les régions où la langue amazighe a perdu de son usage, établissent en réalité, la permanence de ce fait exclusivement berbère. C’est pour dire tout l’attachement des Amazighs à leur origine et rejetant de fait les autres appartenances identitaires et civilisationnelles qu’on leur impose. Cette date-référence dans la tumultueuse et agitée histoire des Berbères à travers les âges confère, on ne peut plus satisfaisant, un repère qui les différencie de bien d’autres peuples. Elle les distingue des autres et lui trace son chemin vers son avenir. Les peuples amazighs, dont le peuple kabyle surtout, serait le plus en vue, en matière de sauvegarde de ce patrimoine civilisationnel.

Yennayer, journée fériée ?

Yennayer est consacré désormais comme fête nationale par les peuples amazighs d’Afrique du Nord, n’en déplaise aux tenants de l’arabo-islamisme. Nul besoin d’un décret pour faire de la journée du 12 janvier une journée de fête. D’ailleurs, deux grandioses marches sont programmées dans les deux capitales de la Kabylie, à savoir Bougie et Tizi-Ouzou par le Mouvement pour l’autonomie de la Kabyliepoursouligner cette importante pour les Kabyles.

Pour Dda Muhend « Yennayer n’a pas besoin que les pouvoirs arabistes de Tamazgha le décrètent fête nationale, même s’il est important comme le 1er Mouharram chez les musulmans, mais cela n’empêche pas que nous le fêtions et nous sommes fiers d’être Amazighs ».

Yennayer renseigne sur la persistance d’un fait historique malgré le matraquage idéologique que nous subissons depuis plusieurs décennies. Alors qu’ils ont misé sur la disparition de la culture amazighe, force et de constater qu’ils sombrent dans le nihilisme, Tamazgha réapprend à respirer en berbère.

Amnay Ait Ifilkou