Inhumé en France après sa mort, les restes d’Allaoua Zerrouki incinérés

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Allaoua Zerrouki

KABYLIE (Tamurt) – Scandaleux, honteux et blessant. Les mots ne peuvent en aucun cas décrire la hantise qui nous accable après avoir eu vent de cette histoire. Malika Domrane nous apprend, via la presse algérienne, que le rossignol de la chanson kabyle, Allaoua Zerrouki, est privé, par la bêtise humaine d’une paisible mort. Il est certain que dans ce cas de figure, aucun, vraiment aucun de nous, et en premier lieu, les artistes, ne sont exempt de reproches.

Comment se fait-il qu’un artiste kabyle, de la trempe de Zerrouki, soit traité ainsi, alors que la plus grande communauté nord-africaine de France n’est autre que kabyle ? Notre communauté établie en France est plus que jamais blâmée, mais, hélas, mille fois hélas, elle n’en peut plus depuis qu’elle réduite à quémander une survie loin d’un pouvoir infâme, criminel et voyou. Il est infâme parce qu’il n’a aucune notion de la dignité humaine. Il est doublement criminel parce qu’il interdit même la mort aux Kabyles. Tout comme le colonel Amirouche que le clan d’Oujda avait livré aux forces coloniales, les héritiers de Boussouf l’on interdit de mort. Les Kabyles ne cesseront jamais de subir cette double-mort, tant que leur Etat n’est pas mis sur pied.

Au fait, Malika Domrane, à qui on rend un vibrant hommage de nous avoir alerter sur cette bévue et étourderie algérienne, nous apprends qu’elle s’est rendue au cimetière où était enterré Allaoua Zerrouki, à Thiais, non loin d’Orly. « On apprend qu’il se trouve au jardin des souvenirs depuis 2002 », a-t-elle été informée. Le jardin des souvenirs est le lieu où on dissémine, les restes incinérés des cadavres de ceux qui n’ont pas payé leur sépulture à vie. La sépulture est payée à quelques 3500 euros. Donc, Allaoua Zerrouki est interdit de sépulture pour une histoire de 500.000 DA !

1500 milliards pour Tlemcen, capitale de la culture islamique
« Comment en est on arrivé là ? », s’est-elle interrogée. Une interrogation lourde de sens lorsque l’on sait que les autorités culturelles viennent de dépenser 1500 milliards dans les festivités folkloriques de Tlemcen, capitale de la culture islamique. Plusieurs autres milliers de milliards de dinars sont quotidiennement déboursés pour des festivités qui n’ont aucun lien avec la culture algérienne. Il va de soi que tout ce beau monde qui rode autour du département de la culture n’est autre que les rapaces sans foi ni loi. La course à l’indignité nationale enclenchée par le tandem de la honte Toufik-Bouteflika, n’en finira pas puisqu’elle à humilie même nos morts. Quelques artistes kabyles, se sont allé jusqu’à créer une Association des artistes kabyles, juste, tenez-vous bien, participer à l’Année de l’Algérie en France. Elle avait intervenue, un an après le massacre des Kabyles par les forces de répression algérienne en 2001, où 128 jeunes ont trouvé la mort sous les balles explosives du régime de Bouteflika.

Cette histoire doit mobiliser toute la communauté kabyle autour de ses artistes, et ensuite autour d’elle-même. Elle doit faire aussi son autocritique. Privé ainsi une grande figure de la chanson kabyle des années 60 est une tache indélébile dans l’histoire de l’immigration kabyle.
Son auto-organisation doit impérativement prendre en charge ces questions, du moment où les autorités culturelles algériennes en font, au contraire, un moyen d’offense et de rabaissement de notre peuple.
Reste à savoir si les services concernés par cette action d’incinération des restes ont-ils pris contact avec la famille du défunt, ont-ils saisi les autorités algériennes sur la question ? Ou ont-ils agit sans pour autant informer la famille de l’artiste.

Dans tous les cas de figure, la responsabilité des autorités algériennes et celle de la communauté kabyle, à moindre échelle, sont engagées.

Amnay Ait Ifilkou