Jean-Pierre Chevènement à Tizi-Ouzou : « Je suis impressionné par les réalisations du pôle de Oued-Falli

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Jean-Pierre Chevènement, considéré comme l’un des hommes les plus influents du monde politique français et même jugé par certains comme étant de la trempe de Georges Clemenceau et Charles de Gaules, était en visite à Tizi-Ouzou hier dans l’après-midi, la seconde en trois ans. C’est en sa qualité de président de l’association France-Algérie que l’homme qui a démissionné de son poste de ministre de la défense en I99I suite à son incapacité d’empêcher la France de participer à la guerre contre l’Irak était venu saluer les Tizi-Ouziens et leur transmettre « le message d’amitié et de fraternité des Français ».

Accompagné de Raoul Weexsteen et Jean-Yves Autexier, qui sont respectivement vice-président et secrétaire général de France-Algérie, Jean-Pierre Chevènement était reçu à Oued-Falli par le comité d’accueil composé par les autorités civiles et militaires, à leur tête, Abdelkader Bouaghzi.

Sur ce site, l’hôte de Tizi-Ouzou a pris connaissance du pôle d’excellence de Oued-Fallu, et ce tant sur sa dimension globale et l’objectif recherché à travers sa réalisation par les autorités. Les explications nécessaires sur ce pôle d’excellence ont été fournies à Jean-Pierre Chevènement par l’architecte, Mohand-Akli Aoudj. Celui-ci aura appris à son interlocuteur que la capitale du Djurdjura qui abrite aujourd’hui une population de I00. 000 habitants passera à 200. 000 dans 5 ans.
Une fois renseigné sur « ce programme de construction colossal », Jean-Pierre Chevènement prendra la direction de Redjaouna, plus exactement le mausolée de Sidi-Bellaoua. Une fois arrivé sur les lieux, l’hôte français sera reçu en grande pompe. En effet, en sus des figues sèches, du petit lait et de la galette, les fidèles du mausolée de Sidi-Bellaoua offriront un burnous de couleur blanche au président de l’association France-Algérie.
Et c’est le wali, avec sa grande science de la communication, qui apprendra à Jean-pierre Chevènement toute la symbolique du burnous chez les Algériens, particulièrement chez les Kabyles. Et étant que Sidi-Bellaoua est situé sur un promontoire et, par conséquent, on a à ses pieds la grande ville de Tizi-Ouzou et toute la vallée de Sébaou, Abdelkader Bouaghzi « un petit cours de géographie » à son hôte. Plus exactement, il lui indiquera les lieux dits. C’est ainsi que Jean-Pierre Chevènement découvrira le barrage de Taksebt d’une capacité de I85. 000. 000 M2. Cependant, ce barrage n’apparaît à l’oeil nu à partir de Sidi-Bellaoua que comme un minuscule point d’eau. La prochaine étape sera le Musée de la ville de Tizi-Ouzou. Et après le Musée, ce sera la Chambre de l’Artisanat. Au niveau de celle-ci, Jean-Pierre Chevènement découvrira à souhait l’artisanat kabyle dans toute sa dimension. Il y va de la robe kabyle
jusqu’au bijou d’Ath-Yenni via le mandole, principal instrument de musique kabyle. Delà, jean-Pierre Chevènement prendra la résidence d’Etat où il passera la nuit. Notons enfin que si visite a été une réussite et surtout salué, Il n’an demeure pas moins cependant que Jean-Pierre Chevènement a laissé sur sa faim la presse. En effet, au lieu et place d’une conférence de presse tant attendue et tant souhaité par les nombreux journalistes qui se sont mobilisés pour couvrit cet événement, le président de l’association France-Algérie s’est contenté de faire une simple et brève déclaration. Jean-Pierre Chevènement dira tout simplement, au grand regret des journalistes, que sa visite en Kabylie qualifiée d’« amicale » intervient juste après l’assassinat du « malheureux alpiniste, Hervé Gourdel » et que ce n’est pas cet acte lâche et ignoble « qui empêchera la consolidation de l’amitié et la fraternité
entre les peuples français et algérien ». L’hôte de Kabylie notera également son émerveillement devant le pôle d’excellence de Oued-Falli avant d’insister sur les relations privilégiées entre son pays et l’Algérie. « D’ailleurs, j’ai eu l’occasion de rencontrer le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, juste après la réélection d’Abdelaziz Bouteflika, où je lui ai renouvelé le rôle de l’association que je préside laquelle se situe au niveau des sociétés », note encore Jean-Pierre Chevènement avant de préciser que « l’amitié et la fraternité entre les peuples français et algérien nécessitent aussi un travail au quotidien ».

Addenda : la visite de Jean-Pierre Chevènement à Tizi-Ouzou suscite bien des interrogations. Si officiellement, elle est reconnue comme une visite d’amitié, il n’en demeure pas moins qu’en réalité, il n’en est rien. La véritable feuille de route du président de l’association France-Algérie n’est pas connue par les Tizi-Ouziens. En effet, avant d’arriver à Tizi-Ouzou, Jean-Pierre Chevènement a d’abord rencontré certains membres du gouvernement algérien dont le ministre des affaires étrangères, Ramtane Lamamra. Par ailleurs, en arrivant à la capitale du Djurdjura, Jean-Pierre Chevènement, dont la visite a été tenue secrète jusqu’à la dernière minute, n’a pas fait bain de foule comme le veut l’usage d’une visite d’amitié et de fraternité. La cellule de communication de la wilaya a simplement informé la presse d’un événement « très important » et de l’arrivée d « une très haute personnalité ».
Sur les lieux du Pôle d’excellence, les journalistes ont été empêchés de s’approcher de Jean-Pierre Chevènement. Jamais une personnalité quelconque n’a bénéficié autant de mesures de sécurité que Jean-Pierre Chevènement. Même le président de la république, Abdelaziz Bouteflika, lors de ses visites à Tizi-Ouzou n’a pas eu autant de « gorilles » pour sa protection. En effet, à Oued-Falli, les agents de sécurité en civile étaient beaucoup plus nombreux que les journalistes et les membres du comité d’accueil. En ville, toute la police de Tizi-Ouzou a été mobilisée et mise sur en état d’alerte maximale. A la sortie de la ville, soit sur l’itinéraire Tizi-Ouzou-ville – Oued-Fallu, ce sont les gendarmes qui ont été mis en faction. Et ce sont pas de simples gendarmes mais des super-gendarmes, c’est-à-dire des tireurs d’élite. Avant d’entrer au site, la fouille a été systématique. Même les sacoches où
les journalistes mettent leurs calepin et stylos ont été fouillés. Une fois ce barrage passé, la consigne fut donnée : « Les journalistes ne doivent pas s’approcher de Jean-Pierre Chevènement ! ». D’ailleurs, tout a été calculé à l’avance. Le comité d’accueil précéda de longtemps cet « hôte de Kabylie », et ce pour permettre aux gens de la presse de relever toutes les informations dont ils pouvaient en avoir besoin concernant ce pôle d’excellence, et de là ne pas trouver le prétexte ensuite de s’approcher de l’homme. Une fois celui-ci arrivé, sa garde rapprochée, nombreuse et plus zélée que les autres l’entoura de sorte à ce que même une mouche ne pouvait l’approcher. Sans blague, les gardes du corps de Jean-Pierre Chevènement se sont montrés beaucoup plus vigilants que de raison. Et lors du déplacement de Oued-Falli en direction de Sidi-Bellaoua, le spectacle est encore plus horrible et plus humiliant.
En effet, tout au long du tronçon Tizi-Ouzou-Ville jusqu’à Sidi-Belloua (Redjaouna), soit une distance de 7 km, l’intervalle entre deux gendarmes en faction ne dépasse guère les 20 mètres. Entre un intervalle de I00 mètres, une automitrailleuse prend position. Même en état de guerre, on n’arrête pas de telles mesures de sécurité pour n’importe quelle personnalité. Et ç’en n’est pas fini. En effet, de retour à Tizi-Ouzou où il devait visiter le Musée de la ville et la Chambre de l’Artisanat lesquels sont séparés par une distance d’à peine une vingtaine de mètres, tout le périmètre a été fermé à la circulation et aux piétons à l’aide de barrières en acier. A l’intérieur du périmètre, seuls agents de sécurité en civil, l’oeil vigilant et prêts à dégainer leur « artillerie » sont placés en faction. Derrière les barrières, quelques citoyens, curieux de découvrir l’origine cette alerte « à
la bombe nucléaire » s’interrogent du regard. D’autres, en revanche, ont tout simplement le regard hagard. Plus encore, devant le Musée de la ville, c’est-à-dire sur la place de l’ex-Mairie, en sus des barrières en acier, les policiers de la section BRI (brigade de la recherche et d’investigations) assurent la garde. Et naturellement, la garde rapprochée, plus que jamais sur le qui-vive ne laisse même pas une mouche se rapprocher de son Jean-Pierre Chevènement. Après la visite du Musée de la ville et de la Chambre de l’Artisanat où Jean-Pierre Chevènement ne manifesta aucun intérêt véritable à tous les objets qu’on lui présenta, la moitié du cortège se divisa en deux. L’une, où figura « l’hôte de Tizi-Ouzou » prit la direction de la Résidence d’Etat et l’autre où figura les journalistes et les simples gendarmes et policiers la direction de l’hôtel Lalla-Kheddidja. Il était déjà un peu plus de I8
heures. Donc, le moment de dîner. Ce passage est important : la nourriture qu’on servit pour à l’hôtel Lalla-Kheddija, c’est-à-dire pour les journalistes, les simples policiers et gendarmes est infecte. Le service est aussi indigent. Le menu est non seulement faible qualitativement mais aussi quantitativement. Même un enfant de dix ans n’aurait pas assouvi son appétit avec un tel menu. C’est un vrai désastre. Cependant, au-delà de ce constat, quelle lecture à faire de cette visite d’« amitié » de Jean-Pierre Chevènement à Tizi-Ouzou ? Tout d’abord, à travers ce dispositif sécuritaire plus qu’impressionnant, tout laisse à croire qu’on veut « démontrer » que le terrorisme est bel et réel à Tizi-Ouzou. Ensuite tenter de tromper les Kabyles de cette « amitié franco-algérienne ». Car, les véritables discussions, Jean-Pierre Chevènement les a eues à Alger. Il est toutefois légitime de soupçonner que le
président de l’association France-Algérie a rappelé également le wali sur certaines mesures à prendre une fois entre 4 murs, c’est-à-dire une fois les deux hommes retrouvés seuls à la résidence d’Etat. Une chose est sûre : la visite de Jean-Pierre Chevènement à Tizi-Ouzou n’est pas un témoignage d’amitié de la France envers la Kabylie mais bel et bien une insulte envers l’Algérie entière et particulièrement la Kabylie. Une visite qui démontre, une fois de plus, la dépendance étroite d’Alger de Paris. Il nous semble qu’il n’est pas superfétatoire de mentionner qu’un membre de l’association France-Algérie ayant accompagné « tonton Jean-Pierre » nous a soufflé à Oued-Falli sous forme de plaisanterie qu’il faut chasser les Chinois lorsqu’il a appris que l’un des chantiers a été pris en charge par une entreprise chinoise. Une plaisanterie certes, mais une plaisanterie qui renseigne assez sur la pensée
de la France concernant la présence chinoise en Algérie. D’ailleurs, notre interlocuteur n’a pas mis beaucoup de temps à constater sa « bourde » puisqu’il s’est vite éloigné de nous. Bien entendu, nous ne dévoilons pas l’identité de notre interlocuteur par souci de lui éviter des sanctions de la part de Paris. Ainsi, la France est dérangée par la présence des Chinois en Algérie. Malédiction donc aux Algériens qui venaient à oublier que Pékin a ouvert grands ses bras au FLN durant la guerre d’indépendance du pays.